Une plaque commémorative à la mémoire des enfants et adolescents victimes d’abus sexuels par des hommes d’Eglise en Valais a été posée, sur demande d'une victime, le 22 février 2020 à Monthey. L’émotion a été palpable.
David Cherix, pour cath.ch
La chapelle du Closillon à Monthey abrite, depuis le 22
février, une plaque commémorative à la mémoire des personnes abusées
sexuellement par des prêtres en Valais. Un acte fort, pour ne pas oublier et
pour dire "plus jamais ça!".
La manifestation s’est voulue publique, comme une sorte
de contrepoids à ces actes restés cachés pour ne pas risquer de porter
préjudice à l’image de l’Eglise catholique. "Cela a permis à des personnes
perverses de commettre leurs crimes des années durant sans être inquiétées
véritablement, sans être présentées à la justice civile et sans jamais être
punies", s'est désolé Jean-Marie Fürbringer, vice-président du groupe de
soutien aux personnes abusées dans une relation d’autorité religieuse (SAPEC).
Cette plaque veut être le témoin des actes passés, de la souffrance de ceux qui
les ont subis. Elle veut rappeler également la nécessité de rester vigilant
pour éviter que de tels faits se reproduisent.
La plaque a été installé à l’intérieur de la chapelle du
Closillon. La cérémonie a réuni une centaine de personnes, en ce samedi de
carnaval.
Le droit à la justice
En 2016, une démarche spirituelle de pardon s’était déroulée à la basilique de Valère, à Sion. "Cette première démarche avait permis à certaines victimes de sortir du silence", explique Mgr Jean-Marie Lovey, évêque de Sion. A Monthey, la cérémonie s’est voulue ouverte au public.
Pour Jean-Marie Fürbringer, "il est capital de
comprendre l’histoire des abus sexuels et de faire un travail de mémoire pour
en témoigner". Il estime que "les victimes ont le droit de savoir, le
droit de justice, le droit à des réparations et le droit à des garanties que
tout soit entrepris pour que de tels crimes ne se reproduisent pas".
Le lieu n'a pas été choisi au hasard. Le déroulement de cette cérémonie à Monthey correspondait au vœu d’un homme, victime de divers abus sexuels par un ancien enseignant de la ville, religieux de la communauté des marianistes et entraîneur de football. La date était également symbolique. Elle était liée à la visite pastorale de l’évêque de Sion dans la région. La communauté toute proche de l’abbaye de Saint-Maurice a également participé à la cérémonie. "Cette démarche doit permettre de rendre possible un avenir de libération", a estimé Mgr Lovey. L'évêque a demandé pardon au nom de l’Eglise. Le Père-Abbé de l'abbaye de Saint-Maurice, Jean Scarcella, a fait de même.
Tolérance zéro
"L’évêché de Sion applique une tolérance zéro en matière d’abus sexuels", a rappelé pour sa part Richard Lehner, vicaire général de la partie germanophone du diocèse. Une charte a ainsi vu le jour. "Elle devra être signée par tous les agents pastoraux. Ils devront aussi remettre un extrait de leur casier judiciaire au vicaire général". L’évêché s’est engagé à prendre toutes les mesures possibles afin d’éviter des abus et à fournir une assistance professionnelle en la matière.
En février 2019, l’évêque de Sion avait choisi d’imposer
à tous ses agents pastoraux francophones, prêtres, diacres et laïcs, un atelier
de prévention en matière d’abus sexuels. "Le 100% de ceux-ci l’ont suivi",
précise Pierre-Yves Maillard, vicaire général pour la partie francophone du
diocèse.
Au moins quinze cas
Selon le diocèse de Sion, une quinzaine de prêtres
pédophiles ont sévi dans le canton entre 1958 et 1992. Quatre d’entre eux sont
encore vivants, bien que plus en activité. Tous les cas sont prescrits. Une
nouvelle situation, datant de 1962, a été révélée en 2019. Au total, le nombre
de victimes se compte par dizaines. Des chiffres confirmés par Mgr Lovey.
"Tous les cas sont annoncés à la justice civile, même ceux qui sont
prescrits", rappelle-t-il.
Fin 2018, 317 cas avaient été recensés en Suisse. Les victimes étaient des enfants (filles et garçons) âgés jusqu'à 12 ans, ainsi que des garçons âgés entre 12 et 16 ans. (cath.ch/dc/rz)
Le témoignage de Stéphane: "Ces souffrances m'ont suivi jusqu’à ce qu’elles explosent!"
"Pour moi, les faits remontent à 46 ans. Ils se sont d’abord déroulés à l’école, puis à la cure et enfin dans un appartement de Monthey. Mais je veux vous dire que ces souffrances m’ont suivi quotidiennement, jusqu’à ce qu’elles explosent au grand jour." A la fois très digne et ému, Stéphane (nom connu de la rédaction) a choisi de témoigner à visage découvert de ce qu’il a subi alors qu'il était enfant, au milieu des années 1970. "Il y a trois ans, j’ai écouté un témoignage à la radio, puis lu un article dans Le Nouvelliste. Cela a provoqué un déclic en moi. Jusque-là, je vivais avec un sentiment de culpabilité, alors que je n’avais rien fait (…) En ce moment, j’ai une pensée toute particulière pour mes compagnons d’infortunes de l’époque, je les exhorte à nous rejoindre", a-t-il poursuivi.
Stéphane a également plaidé pour davantage de prévention au niveau de la famille, des écoles et des clubs sportifs.
Le Père Roland Gruber, directeur des marianistes, s’est dit "doublement choqué et attristé pour les victimes et pour tous les marianistes qui auront œuvré à Monthey durant près de 80 ans". Il a rappelé que l’abuseur de Stéphane avait été jugé et condamné pour des faits similaires et qu’il était décédé voici quarante ans. "Il a détruit la confiance et assombri le chemin de ces jeunes", a-t-il lâché, un gros trémolo dans la voix. Le Père Gruber a terminé sa prise de parole en demandant pardon au nom de sa communauté. DC