Mû par un désir de «transparence accrue», le diocèse de Sion a décidé d’élargir l’accès à ses archives et d’assouplir ses conditions de consultation, indique un communiqué de l’évêché le 27 avril 2026.
Face à la demande de transparence et à la nécessité d’une collaboration renforcée avec les autorités civiles, Mgr Jean-Marie Lovey, évêque de Sion, vient d’édicter de nouvelles directives en matière de conservation des archives ecclésiastiques. Un assouplissement de leur accessibilité et consultation est mis en place.
Ces nouvelles dispositions, indique le communiqué, ont été adoptées en partenariat avec les Archives de l’État du Valais et l’Association valaisanne d’études généalogiques (AVEG). Elles reprennent les pratiques en vigueur dans les institutions civiles, aussi bien sur le plan des délais de consultation ou de la protection de la personnalité que sur celui des conditions pratiques de consultation (procédures de demandes et règles déontologiques).
Le diocèse fera parvenir aux paroisses les règles correspondantes relatives à leurs propres archives, accompagnées des rappels concernant leurs conditions d’entreposage et de conservation.
Les affaires d’abus, un déclencheur
Cette volonté de transparence a été annoncée par le diocèse de Sion suite à une interpellation de l’AVEG qui demandait un accès facilité aux registres paroissiaux. Le système d’archivage du diocèse devait en outre gagner en professionnalisme.
En 2023, dans le cadre de leur étude sur les abus sexuels en contexte ecclésial, les historiens de l’Université de Zurich avaient fait un état des lieux de la tenue des archives ordinaires et des archives secrètes de chaque diocèse de Suisse. En ce qui concerne celui de Sion, ils notaient ainsi certains manquements. Le contenu des archives n’était pas inventorié et les documents pas classés. Ils relevaient aussi que les dossiers existants ne couvraient que la période post 1995.
En accord avec le droit canon, les documents des archives secrètes ont été pour leur part régulièrement détruits, et ce dans les formes prescrites, avec, pour chaque destruction, une indication de la date de la suppression, de la date du document détruit et des raisons de l’enquête.
Plus de professionnalisme
Suite à ce rapport, ainsi qu’aux conclusions, la même année, de l’audit conduit par le cabinet indépendant Vicario Consulting, sur mandat du diocèse, sur la gestion des abus sexuels par son diocèse, Mgr Lovey annonçait que des nouveaux moyens allaient être accordés à la préservation de la mémoire, et donc à l’archivage professionnel. Ce règlement appliqué dans tout le diocèse y contribuera certainement.
Responsable de la communication du diocèse de Sion et archiviste du Chapitre de la cathédrale de Sion – dont les archives ont été déposées en 2016 aux Archives de l’État du Valais - Paul Martone a toutefois précisé à kath.ch que cet «accès facilité aux archives du diocèse concerne toutes les recherches, et pas uniquement celles relatives aux cas d’abus».
Des nouveaux délais de consultations
«Les archives secrètes, pour leur part, ne sont pas concernées par cette nouvelle réglementation. Elles restent de la responsabilité de l’évêque», précise Anne Andenmatten, responsable des archives de l’évêché de Sion. Les nouvelles directives, par contre, s’appliquent aux archives ordinaires, qui seront dorénavant accessibles trente ans après leur création, pour peu qu’elles ne contiennent pas de données personnelles sensibles. Auquel cas elle ne pourront être consultées que 10 ans après le décès de la personne concernée.
«Le délai de consultation des registres paroissiaux, très utilisé par des personnes qui font des recherches généalogiques, passera lui de 120 ans à 100 ans», précise encore l’archiviste.
La question de la manipulation des documents
Une autre question clairement réglementée est celle de la manipulation des documents lors de leur consultation. «Avant de les toucher, il faut bien se laver ou se désinfecter les mains par exemple, détaille l’archiviste de l’évêché. Il ne faut pas empiler des registres, ni marquer des pages avec des post-it que l’on risque d’oublier. Boire et manger à proximité des archives est aussi proscrit. Toutes choses qui peuvent sembler évidentes mais qu’il est bon de rappeler.»
Un travail va être effectué en ce sens auprès des différents centres d’archivage, les paroisses par exemple, pour les rendre attentifs à toutes ces normes. Une «nouveauté importante», souligne Anne Andenmatten. La nouvelle réglementation, en effet, concerne tous les centres d’archivages du diocèse - celui de l’évêché et ceux des paroisses – ainsi que toutes leurs archives - qu’elles soient ou pas déposées auprès de l’État du Valais. (com/lb)