Sous la voûte moderne de la salle Paul VI, protégés de la pluie romaine mais habités par la solennité de l’histoire, 28 nouveaux gardes suisses ont prêté serment ce 6 mai 2026 devant le pape Léon XIV, qui confirme ainsi son attachement particulier à sa garde rapprochée.
Les noirs nuages qui se sont accumulés au-dessus de Rome n’ont pas laissé le choix aux organisateurs: ils ont été forcés d’organiser la cérémonie traditionnelle d’assermentation dans la salle Paul VI, édifice moderne du Vatican en forme d’arche inversée. La cérémonie ne s’est donc pas déroulée dans le cadre plus officiel de la célèbre cour Saint-Damase, située au pied du Palais apostolique, mais dans cette salle dominée par une statue monumentale d’un Christ ressuscité, émergeant du chaos des enfers.
Une tradition séculaire
La date du 6 mai n’est pas choisie au hasard: il s’agit de l’anniversaire du sac de Rome par les lansquenets de Charles Quint, en 1527. À l’époque, 147 soldats suisses avaient perdu la vie pour défendre le pape Clément VII. Pour les soldats du souverain pontife, c’est l’occasion de revêtir la tenue de «Grand Gala». Hormis pour cette cérémonie, ce célèbre uniforme bariolé surmonté d’une cuirasse n’est porté que pour les bénédictions spéciales du pape, à Noël et à Pâques. La Garde suisse pontificale compte actuellement 134 hommes.
Lors de la précédente édition de la cérémonie, le 4 octobre dernier, Léon XIV était devenu le premier pontife à assister à cette cérémonie depuis Paul VI, en 1968. Souhaitant à nouveau se joindre à l’événement, le pape est arrivé sous les applaudissements juste avant son lancement, puis il s’est installé au premier rang, devant plusieurs milliers de Suisses, ainsi que des cardinaux, évêques et employés du Vatican présents. Dans l’assemblée se trouvaient aussi une dizaine de Marines de l’armée américaine.
Le pape natif de Chicago avait déjà assisté plusieurs fois à l’assermentation des gardes, notamment quand il était préfet du dicastère pour les Évêques. Signe de la confiance qu’il a dans son armée, il a récemment décidé de choisir un ancien garde suisse, Anton Kappler, pour lui servir de majordome.
Le serment de 28 jeunes gardes
Alors qu’une fine bruine commençait à tomber au-dehors de la salle, un trio de trompettes de la Garde a sonné le début des festivités. Les soldats ont alors fait leur entrée, au son guerrier des roulements de tambours et des ordres criés en allemand, exposant de leurs pas lents à la foule leurs uniformes rutilants. Les couleurs des 26 cantons de la Confédération helvétique pavoisaient sur les parois. En rang, les recrues ont fait face au pontife et écouté la lecture du serment, dans lequel elles jurent défendre le pape jusqu’au plus grand sacrifice, si nécessaire.
Puis, appelés un par un par leur nom, les 28 jeunes gardes se sont avancés d’un pas saccadé et sûr au milieu de l’espace, ont posé leur main gauche sur le drapeau, levant en même temps au ciel les traditionnels trois doigts du serment suisse. Et chacun, dans sa langue, s’est écrié: «Moi, hallebardier [nom du garde], je jure d’observer loyalement et de bonne foi tout ce qui vient de m’être lu, aussi vrai que Dieu et nos saints patrons m’assistent!»
Léon XIV remercie les nouveaux gardes
Après ce moment chargé de gravité, le pape américain a brièvement pris la parole pour saluer l’organisation de cette «belle et émouvante cérémonie» et saluer les familles des gardes ainsi que le président de la Confédération suisse, Guy Parmelin, qu’il a rencontré en privé dans la matinée. «À vous, chers jeunes qui avez prêté serment, j’exprime mon estime et ma gratitude», a-t-il ensuite déclaré aux recrues.
Le pape a décrit le geste du jurement comme «un engagement de fidélité, animé par l’enthousiasme de la jeunesse et fondé sur la foi en Dieu et l’amour pour l’Église». Il a placé les nouveaux hallebardiers sous la protection de la Vierge, insistant sur le «précieux service» que rend la Garde suisse pontificale avant de les remercier en italien, en allemand et en français. Pour conclure, l’orchestre de la Garde suisse a interprété plusieurs morceaux traditionnels et modernes sous le regard souriant du pape. (cath.ch/imedia/cd/lb)