Un an après l’élection de Léon XIV, le style du nouveau pontificat se précise. Loin des grands projets de réforme de son prédécesseur, il met à profit sa formation de canoniste pour ajuster et corriger les structures existantes. Et le 267e successeur de Pierre agit avec une certaine discrétion et montre du respect pour l’institution curiale.
En 1987, le Père Robert Francis Prevost a obtenu un doctorat en droit canonique au sein de l’Université pontificale Saint-Thomas-d’Aquin, plus connue à Rome comme l’Angelicum. Depuis l’élection de Léon XIV il y a un an, cette connaissance approfondie du droit de l’Église est d’une grande utilité pour le pontife, qui a publié – dans une certaine discrétion – une quinzaine de décrets ces douze derniers mois.
Ces textes, pour la plupart, sont des ajustements ou des corrections de mesures prises par son prédécesseur, à qui l’on doit notamment la publication en 2022 de la Constitution apostolique Praedicate Evangelium, laquelle a revu en profondeur le fonctionnement de la Curie romaine. «François était un législateur hyperactif, il a beaucoup réformé, en particulier au Vatican», souligne le canoniste français Mgr Patrick Valdrini.
Pas de nouveaux grands chantiers
Léon XIV, pour sa part, n’a pas privilégié l’ouverture de nouveaux chantiers, mais s’est attelé à terminer certaines réformes du pontife argentin. Il a ainsi signé six décrets qui corrigent ou reviennent – parfois radicalement – sur diverses mesures adoptées par François dans les dernières années de son pontificat. Il a entres autres supprimé l’organisme qui s’occupait de la Journée mondiale des enfants, mis fin à l’autonomie financière de la basilique Saint-Pierre et rétabli le secteur central du diocèse de Rome, qui avait été supprimé par François.
Pour autant, Léon XIV agit globalement dans la continuité de son prédécesseur. «La ligne est de ne pas changer pour changer: on change si cela apporte des améliorations », assure ainsi un collaborateur du pontife à I.MEDIA. Il donne notamment en exemple l’abrogation «très sage» de la centralisation des investissements au sein de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR) faite au détriment de l’autre institution économique du Saint-Siège, l’Administration du patrimoine du siège apostolique (APSA). Une mesure qui, cependant, ne fait pas l’unanimité, une autre source vaticane confiant qu’elle relève d’«enjeux internes de pouvoir importants».
Un travail discret
Léon XIV œuvre en tout cas avec une grande discrétion: la publication des nouveaux règlements de la Curie romaine, placardés dans la cour Saint-Damase en décembre dernier — et non relayés par la Salle de presse du Saint-Siège — en témoigne. Un exemple encore plus parlant est l’abandon, sans abrogation formelle, du Conseil des cardinaux (C9), ce conseil rapproché du pontife créé formellement par François en 2013, au profit d’une plus grande collégialité voulue par le pape actuel. L’entité est d’ailleurs devenue une coquille vide depuis que son secrétaire, Mgr Marco Mellino, a été nommé sous-secrétaire du dicastère pour les Textes législatifs à l’automne dernier.
«Léon XIV a une sensibilité institutionnelle», note Mgr Valdrini, qui estime que «là où François remettait l’institution en cause, Léon XIV l’assume et s’y adapte parfaitement, on le voit dans son approche de la liturgie comme de la réforme de la Curie romaine». « La réforme, avec Léon XIV, fait moins de bruit », souligne une source vaticane, qui affirme que d’autres chantiers, qui « demandent plus de temps », seraient actuellement à l’étude. (cath.ch/imedia/cd/mp)
Textes législatifs adoptés par Léon XIV
11 août 2025 : Léon XIV approuve la publication d’un rescrit du secrétariat pour l’Économie qui fait passer les congés paternité de trois à cinq jours.
13 septembre 2025 : Léon XIV approuve la publication d’un second rescrit, signé par le secrétaire d’État Pietro Parolin. Il modifie le règlement de la Curie romaine et vise à faciliter l’embauche de personnes handicapées.
29 septembre 2025 : Premier Motu proprio de Léon XIV, Coniuncta cura, qui assouplit la politique d’investissement du Saint-Siège. Le pontife revient sur la centralisation opérée par François au profit de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR) en rendant une partie de ses prérogatives à l’autre grande institution financière du Saint-Siège, l’Administration du patrimoine du siège apostolique (APSA).
29 septembre 2025 : Chirographe de Léon XIV sur la coordination de la collecte de fonds du Saint-Siège qui supprime la Commission pour les dons pour le Saint-Siège instituée par le pape François.
29 septembre 2025 : Motu proprio non rendu public qui abroge deux décrets de François. Le premier concernait l’autonomie de la Fabrique de Saint-Pierre, le second celle du chapitre de la Basilique Sainte-Marie Majeure.
1er novembre 2025 : Chirographe établissant saint Henry Newman comme co-patron de l’Université pontificale urbanienne.
6 novembre 2025 : Chirographe instituant l’Apostolat de la mer comme organe central de coordination de la pastorale auprès des marins.
11 novembre 2025 : Motu proprio « Immota manet » qui rétablit le « secteur centre » du diocèse de Rome que le pape François avait supprimé.
19 novembre 2025 : Motu proprio sur la composition et la présidence de la Commission pontificale pour l’État de la Cité du Vatican, qui affirme qu’un non-cardinal peut diriger la Commission – ce qui était déjà le cas dans les faits.
23 novembre 2025 : Léon XIV promulgue un nouveau Règlement général de la Curie romaine, accompagné d’un Règlement du personnel de la Curie romaine. Les deux textes remplacent le précédent règlement, qui datait de 1999, et applique la nouvelle Constitution apostolique Praedicate evangelium promulguée par François en 2022. Il renforce la place du secrétariat pour l’Économie et est plus restrictif et contraignant pour les employés du Saint-Siège.
3 février 2026 : Décret du dicastère pour le Culte divin et la discipline des sacrements approuvé par Léon XIV qui inscrit saint John Henry Newman au calendrier romain général. 12 février 2026 : Chirographe concernant la Journée mondiale des enfants, dans lequel Léon XIV supprime le Comité pontifical pour la Journée mondiale des enfants instituée par François. La journée des enfants prévue en septembre prochain est annulée quelques semaines plus tard. I.MEDIA