Sa voix n'est qu'un murmure, ses jambes sont faibles aussi. Mais les yeux et l'esprit du pape émérite restent éveillés. Benoît XVI est en paix avec lui-même. Et son confident Georg Gänswein s'occupe de lui.
Ingo-Michael Feth, CIC / traduction Maurice Page
Si vous voulez rendre visite à l'ancien pape bavarois, vous
devez grimper haut. Derrière Saint-Pierre, les jardins du Vatican s'élèvent en
terrasses. La route étroite serpente jusqu'à la colline qui a donné son nom au
Vatican. Peu avant le point le plus haut, le chemin étroit se termine devant une
lourde porte en fer.
Maison de retraite au monastère
Ici commence le petit royaume qui est devenu la retraite de
l'ancien pontife de l'Église catholique: le monastère " Mater Ecclesiae
", un petit palais de style romain avec une annexe moderne en briques et
une chapelle. Devant, il y a un jardin d'ornement avec des tonnelles, des
fontaines, des haies de buis bien entretenues et des parterres de fleurs.
A l'entrée, l'archevêque Georg Gänswein, dans sa double fonction de Préfet de la Maison pontificale du pape François et fidèle secrétaire particulier de Benoît XVI, vous attend. Il est aussi chez lui ici. L'accès au "papa emeritus" se fait uniquement par 'Don Georg', comme on l'appelle au Vatican. Mgr Gänswein est, chaque fois que ses fonctions de préfet le lui permettent, aux côtés de son mentor de longue date, qui est devenu pour lui un second père.
Serment d'allégeance de Georg Gänswein
Le 19 avril 2005, le jour où Ratzinger a été élu pape, il
lui a prêté serment d'allégeance. "Bien sûr, cela est valable pour
toujours, jusqu'au dernier moment", précise Gänswein, quand on fait des
spéculations sur sa carrière personnelle.
Dans l'entrée de la maison, le regard tombe sur un cœur en
pain d'épices richement décoré de l'Oktoberfest de Munich. Des visiteurs
l'avaient apporté avec eux. "En fait, il aurait dû aller quelque part dans
la cuisine ", explique l'archevêque, qui vient de la Forêt-Noire.
"Mais nos soeurs ont pensé qu'il devait être visible pour tout le monde.
Parce que là où un coeur accueille des invités, on doit se sentir en
sécurité."
Quand il parle des sœurs, il entend les religieuses italiennes
qui dirigent la maison pontificale depuis que Benoît s'est installé au Palais apostolique
en 2005, et qui l'ont également suivi dans sa maison de retraite. De la
cuisine, l'odeur des pâtisseries sucrées se répand dans la maison. " Au
début, les sœurs ont dû apprendre à cuisiner à la mode bavaroise ", révèle
Don Georg.
Souvenirs de la patrie bavaroise
La maison est pleine de souvenirs de la patrie bavaroise.
Des photos de famille, une copie de la Vierge 'Patrona Bavariae', une photo de
la maison familiale à Marktl am Inn, un palmier du Chiemgau à Herrgottswinkel.
Le monde d'un homme qui, en tout état de cause, ne reverra plus jamais sa
patrie et ne peut que retourner en pensée aux endroits où il a vécu.
"Je suis un vieil homme à la fin de ma vie."
"Je suis un vieil homme à la fin de ma vie", répond
Benoît XVI à la question sur sa santé. Ses mots ne sont qu'un murmure, sa voix
est faible et fragile. Il est assis, la tête et les épaules légèrement
fléchies, dans un fauteuil gris. Mais ses yeux sont vifs et bien éveillés. Il
n'a pas non plus perdu son sens de l'auto-dérision: " Autrefois, j'avais
une grande bouche, maintenant ça ne marche plus ", il respire presque en
s'excusant et sourit.
Les jours du pape émérite suivent toujours une séquence
ordonnée. La matinée commence par la sainte messe dans la chapelle du
monastère, avec la communauté de la maison. Il n'est plus capable de prêcher,
comme il l'a fait jusqu'à il y a quelque temps encore.
Dans la bibliothèque
Benoît passe beaucoup de temps dans son bureau, dont les murs
sont tapissés de bibliothèques surchargées de livres. Parmi eux, bien sûr, les
œuvres complètes du théologien Josef Ratzinger. "Toutes les étapes de ma
vie sont contenues dans ces livres", explique Benoît. "Si je travaille
encore ici tous les jours? Oui, oui, c'est normal." Même s'il ne peut plus
écrire de longs textes.
Malgré ses maux, il a presque 93 ans, il reste aussi
discipliné qu'il l'a été tout au long de sa vie sacerdotale. Une petite
promenade dans les jardins du Vatican avec la prière du chapelet font partie de
sa vie quotidienne. En fin d'après-midi, le pape émérite, accompagné de Mgr Gänswein,
se fait conduire à la Grotte de Lourdes avec une voiturette de golf. De là,
vous pouvez profiter d'une vue panoramique sur la basilique Saint-Pierre, la
Ville éternelle et les Monts Sabins.
Regarder la télévision
Benoît s'enfonce dans la prière: pour son successeur
François, pour l'Église, pour le monde avec tous ses points chauds. Le pape émérite
est toujours bien informé. Le soir, il voit d'abord le "Rundschau" à
la télévision bavaroise, suivie en général par l'émission "Heute" sur
la ZDF. Plus tard, le "Telegiornale", le principal programme
d'information de la RAI 1 italienne.
Recevoir les vieux amis allemands
Les groupes plus importants ne sont plus admis chez le pape
âgé. Trop de gens le gênent, car il entend mal. Il préfère recevoir ses invités
individuellement, surtout les vieux amis d'Allemagne. Quatre fois par an, son frère
Georg de Ratisbonne vient lui rendre visite. Sinon, ils se téléphonent chaque
jour.
A-t-il jamais regretté sa démission? La réponse est donnée par Mgr Gänswein, qui a vécu ces jours de février 2013 à ses côtés: " Non. La démission a été une longue prière et une décision qu'il n'a jamais regrettée. Il est complètement en paix avec lui-même." (cath.ch/cic/imf/mp)
Documentaire TV sur Benoît XVI
La télévision bavaroise ARD 1 a consacré le 2 janvier 2020 un documentaire d'une trentaine de minutes au pape émérite Benoît XVI mêlant des images actuelles de sa retraite au monastère Mater Ecclesiae au Vatican à de nombreux document d'archives et témoignages de ses proches.