«Conflits oubliés»
Alors que la guerre en Ukraine mobilise les regards, de nombreuses autres tragédies se déroulent dans le monde, plus loin de l’attention médiatique. Le pape François a appelé à plusieurs reprises les journalistes à ne pas oublier les conflits qui suscitent moins d’intérêt en Occident. C’est ce à quo...
«Conflits oubliés»
Guerre, sécheresse, pauvreté…l’Ethiopie en souffrance
Syrie: entre misère et combats, une population prise au piège
L’Erythrée, un Etat saigné de ses forces vives
Loin des yeux, le Yémen continue de dépérir
Le Soudan, un pays à haut potentiel, gâché par la guerre
Dans un Soudan du Sud meurtri, les Églises construisent l’unité
Pays aux multiples fractures, le Myanmar menace de s’écrouler
«À Haïti, il faut un dialogue social, également avec les gangs»
Mgr Medhin: Au Tigré, "il faut employer ce terme de 'génocide'"
«Conflits oubliés»
Alors que la guerre en Ukraine mobilise les regards, de nombreuses autres tragédies se déroulent dans le monde, plus loin de l’attention médiatique. Le pape François a appelé à plusieurs reprises les journalistes à ne pas oublier les conflits qui suscitent moins d’intérêt en Occident. C’est ce à quo...
«Conflits oubliés»
Alors que la guerre en Ukraine mobilise les regards, de nombreuses autres tragédies se déroulent dans le monde, plus loin de l’attention médiatique. Le pape François a appelé à plusieurs reprises les journalistes à ne pas oublier les conflits qui suscitent moins d’intérêt en Occident. C’est ce à quo...
Guerre, sécheresse, pauvreté…l’Ethiopie en souffrance
Bien que les violences aient diminué au Tigré, au nord de l’Ethiopie, la situation humanitaire y est toujours extrêmement préoccupante.
Syrie: entre misère et combats, une population prise au piège
Alors que les violences armées ont globalement diminué en Syrie, ces dernières années, la situation humanitaire y est toujours catastrophique.
L’Erythrée, un Etat saigné de ses forces vives
L’Erythrée est un pays en complète déliquescence, marqué par une pauvreté endémique et une crise économique qui ne fait que s’aggraver.
Loin des yeux, le Yémen continue de dépérir
«Au Yémen, des millions d'enfants souffrent de la faim, dans l'angle mort de l'opinion publique mondiale», déplore Leonie Lüscher, responsable des programmes internationaux à l’UNICEF Suisse et Liechtenstein.
Le Soudan, un pays à haut potentiel, gâché par la guerre
Après plus de dix mois de guerre civile au Soudan, le pays compte plus de huit millions de déplacés, et un million de personnes pourraient mourir de faim dans les prochains mois.
Dans un Soudan du Sud meurtri, les Églises construisent l’unité
Le Soudan du Sud s’efforce d’établir une paix durable, après un conflit civil qui a fait près de 400'000 morts (de 2013 à 2018). Dans ce pays où les tensions ethno-politiques sont encore vivaces, les Églises jouent un rôle essentiel d’unification.
Pays aux multiples fractures, le Myanmar menace de s’écrouler
Le conflit civil qui ravage le Myanmar (ex-Birmanie) depuis 2021 n’est ni religieux, ni politique, ni ethnique, il est tout cela à la fois.
«À Haïti, il faut un dialogue social, également avec les gangs»
Une grande partie d’Haïti est sous l’emprise des gangs qui sèment le chaos. Jean-Claude François, responsable d’une ONG de développement sur place, estime que la solution doit passer par un dialogue social incluant les groupes armés.
Mgr Medhin: Au Tigré, "il faut employer ce terme de 'génocide'"
«Un massacre? Pire un génocide!» Mgr Tesfaselassie Medhin décrit le massacre d’un million de personnes, entre 2020 et 2022, en déplorant qu'on en ait peu parlé. L’évêque d’Adigrat est resté dans la région du Tigré, auprès des siens, durant la guerre qui a fait rage entre le pouvoir éthiopien et les...
«Conflits oubliés»
Alors que la guerre en Ukraine mobilise les regards, de nombreuses autres tragédies se déroulent dans le monde, plus loin de l’attention médiatique. Le pape François a appelé à plusieurs reprises les journalistes à ne pas oublier les conflits qui suscitent moins d’intérêt en Occident.
C’est ce à quoi cath.ch veut en partie remédier avec la série «Conflits oubliés», qui relatera des situations dans plusieurs endroits du monde, où l’humanité est en détresse.
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
23/04/2026 - 19:00
Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir
La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir...
Guerre, sécheresse, pauvreté…l’Ethiopie en souffrance
Bien que les violences aient diminué au Tigré, au nord de l’Ethiopie, la situation humanitaire y est toujours extrêmement préoccupante. Le pays entier souffre des tensions politico-ethniques, des conséquences du réchauffement climatique et de l’inflation.
«La situation est très grave dans le nord de l’Ethiopie», assure à cath.ch le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) à Addis Abeba. L’agence onusienne est totalement mobilisée pour apporter une aide urgente aux populations des provinces septentrionales du Tigré, de l’Ahmara et de l’Afar. Plus de 9 millions de personnes y sont en besoin d’assistance alimentaire, relève la responsable du Bureau jointe par visio-conférence. Un chiffre confirmé dans le dernier rapport de l’OCHA paru le 11 juin 2022.
Des populations qui manquent également gravement d’eau, de soins médicaux et de produits de base. Les acteurs humanitaires craignent que la malnutrition n’y entraîne rapidement son lot de maladies et de mortalité, notamment infantile. Selon le dernier rapport de l’OCHA, plus de 450'000 enfants seraient malnutris dans le Tigré. Alors que la saison chaude a commencé, les températures en augmentation vont mettre encore davantage en danger les plus faibles.
Difficultés d’accès
Des inquiétudes qui surviennent alors que les violences ont pourtant largement diminué dans le nord de l’Ethiopie. La région a été durement touchée par une guerre civile qui oppose le gouvernement central éthiopien et ses alliés au Front de libération du peuple du Tigré (FLPT) depuis novembre 2020. Fin mars, Addis Abeba a décrété une «trêve humanitaire», suivie par les forces armées tigréennes.
«La situation au nord de l’Ethiopie est généralement calme, même si elle reste imprévisible, note l’OCHA. Depuis le mois d’avril (2022), la situation s’est améliorée et l’aide humanitaire continue d’arriver dans le Tigré».
Mais une certaine partie de la population ne peut toujours pas être atteinte. Le relief montagneux du Tigré et la précarité des voies de communication ne facilitent pas les choses. La logistique et le transport de l’aide sont compliquées par de nombreux facteurs, notamment la pénurie d’essence en cours en Ethiopie.
Une autre difficulté vient du mouvement des populations sur place. «Une grande partie des personnes dans le besoin sont des 'déplacés internes’ suite au conflit», souligne la responsable onusienne. Ils seraient environ deux millions dans le nord. Ils sont difficiles à repérer et à tracer, car souvent en mouvement. Ils rentrent chez eux quand la situation semble plus sûre, mais repartent dès que des menaces se font sentir.
Une quantité significative d’aide humanitaire a tout de même pu être transportée par avion jusqu’à Mekelle, la capitale du Tigré, et distribuée. «Malgré ces progrès, de larges lacunes subsistent dans le dispositif d’assistance», note toutefois l’OCHA.
Négociations de paix évoquées
L’agence onusienne ne se positionne pas, pour des motifs compréhensibles de neutralité, sur l’aspect politique de la crise dans le nord éthiopien. Mais certains observateurs associent les difficultés d’acheminement de l’aide internationale dans le Tigré à une action délibérée du gouvernement central. Les autorités tigréennes se plaignent du trop petit nombre de camions d’assistance entrant dans la province à travers le corridor humanitaire mis en place, alors que le FLPT affirme avoir rempli sa part de l’accord consistant à se retirer des zones de l’Amhara et de l’Afar qu’il occupait.
Les acteurs humanitaires appellent évidemment de leur vœux un règlement définitif du conflit entre les belligérants, qui pourrait leur permettre de délivrer de façon optimale leur aide aux populations touchées. Quelques progrès ont été enregistrés sur ce plan ces derniers temps. Le 14 juin 2022, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a pour la première fois évoqué de possibles négociations de paix avec les représentants tigréens. Il a révélé la mise en place d'un "comité" sur le sujet.
Les parties devront principalement tomber d’accord sur le degré d’autonomie accordé à la province septentrionale, une question au cœur de ce conflit qui a sans doute déjà coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes (voire encadré).
Quatre ans sans pluie
De timides espoirs existent donc pour le nord de l’Ethiopie, en tout cas sur le plan politique. Mais les perspectives humanitaires y restent sombres. «Le nombre de personnes ayant besoin d’aide (dans le nord de l’Ethiopie) est en augmentation», avertit l’OCHA.
Une météorologie humanitaire qui ne va pas vers le beau et qui concerne bien d’autres zones du pays. L’agence onusienne rappelle que des conflits armés sont toujours en cours dans d’autres régions, notamment dans la province d’Oromia (sud), qui entravent grandement les opérations de secours aux populations.
Dans les parties les plus pauvres et excentrées de l’Ethiopie, l’urgence est aussi de mise. La principale préoccupation, particulièrement au sud, est la sécheresse. Dans beaucoup de zones, il n’est pas tombé une goutte d’eau depuis quatre ans. Une situation pas vue depuis des décennies.
Les populations pastorales souffrent particulièrement. Elles ne peuvent plus abreuver leur bétail. Les cultures dépérissent et de nombreuses familles sont forcées à l’exil. 8 millions de personnes sont affectées en Ethiopie selon l’OCHA. Dans d’autres parties de l’Ethiopie, ce sont des pluies torrentielles qui inondent les cultures, détruisent les maisons et poussent les habitants à fuir. Des épisodes climatiques extrêmes que l’on sait également provoqués par le réchauffement.
Besoin d’attention internationale
La situation sécuritaire ou climatique perturbe aussi l’éducation. Les écoles ne pouvant plus fournir ni eau ni nourriture, les parents n’y envoient plus les enfants. Des millions d’élèves à travers le pays (1,4 million rien qu’au Tigré) seraient ainsi privés d’enseignement, prétéritant le développement du pays à long-terme.
Alors que l’économie éthiopienne a déjà été affaiblie par la pandémie de Covid-19, l’inflation en cours pourrait jeter encore plus de personnes dans la pauvreté extrême. Les prix du gaz, de l’essence et des denrées alimentaires ont fortement augmenté ces derniers mois, en grande partie à cause de la guerre en Ukraine. L’Ethiopie importe une bonne partie de ses céréales de ce dernier pays et de Russie, comme beaucoup d’Etats africains.
L’inflation galopante touche aussi l’aide humanitaire, souligne la responsable de l’OCHA. «Les organisations d’assistance doivent acheter des denrées qui sont devenues plus chères, mais elles doivent aussi les acheminer aux endroits voulus, qui peuvent être très éloignés dans un pays aussi vaste que l’Ethiopie. Les coûts supplémentaires engendrés compliquent les opérations.»
Ainsi, même si un horizon s’ouvre sur le plan de la paix, l’Ethiopie fait face à des défis vertigineux. Le pays a plus que jamais besoin de l’aide et de l’attention internationales pour espérer un avenir meilleur. (cath.ch/rz)
Un conflit complexe et cruel
«Ils ont tué les personnes âgées dans leurs maisons et d’autres personnes qui tentaient de s’enfuir (…) Ils ont aussi violé des femmes». Le témoignage est celui de Tahir Hassen, maire du village d’Abala, au média allemand Deutsche Welle (DW).
Abala est une localité à la frontière des provinces de l’Afar et du Tigré, au nord de l’Ethiopie. En décembre 2021, le village, qui a une population ethnique mixte de Tigréens et d’Afars, a été pris d’assaut par les soldats du Front de libération du peuple du Tigré (FLPT). Les combattants ont commis, selon plusieurs sources, de graves exactions contre la population afar de la localité. Les dirigeants de ce groupe ethnique se sont en effet rangés du côté du gouvernement d’Abiy Ahmed contre les «rebelles» tigréens. Ceux-ci se sont vengés de manière féroce contre la population de cette province voisine. Des viols de masse se seraient notamment produits.
Exactions dans les deux camps
Le conflit du Tigré, gelé depuis mars 2022, a déjà connu son lot de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, commis par les deux camps. Des exactions des troupes gouvernementales et de leurs alliés sont en effet également bien documentés, notamment par une enquête de l’ONU publiée en novembre 2021. Des actions de nettoyage ethnique auraient notamment été dirigées contre les Tigréens, dans plusieurs régions. Des citoyens d’ethnie tigréenne ont également subi dans toute l’Ethiopie des arrestations arbitraires et des persécutions.
Des données qui restent toutefois sujettes à interrogations, alors que le conflit est particulièrement complexe et obscur, peu de sources réellement fiables ayant pu encore enquêter sur le terrain. Le nombre de victimes n’est pas non plus connu, on l’estime à quelques dizaines de milliers. RZ
Une guerre «politico-ethnique»
«(…) cette guerre [du Tigré, ndlr], comme les précédentes, plonge ses racines dans la nature de l’Etat éthiopien», affirme Mehari Taddele Maru, dans un article publié sur le site ForeignPolicy, en mars 2022. Pour le professeur à l’European University Institute’s School of Transnational Governance, basée en Italie, l’Ethiopie a fait face, dès sa création, à une «guerre de visions» par rapport à son avenir. Son fonctionnement en tant qu’Etat fédéral ou nation centralisée est depuis longtemps au cœur des conflits qui ont émaillé son histoire.
La guerre du Tigré en est une illustration parfaite. Elle a débuté comme souvent par la contestation de la main mise (réelle ou fantasmée) d’un groupe ethnique sur le pouvoir central.
Les Tigréens, à travers le FLPT, ont occupé, de 1991 à 2020, une place prépondérante dans les affaires du gouvernement, alors qu’ils ne représentent que de 6% à 7% de la population. Cela venait principalement du fait qu’ils avaient été la cheville ouvrière du renversement du dictateur Mengistu.
Prix Nobel de la Paix?
Une situation qui ne convenait pas aux ethnies majoritaires du pays, notamment les Oromos. Ces derniers ont réussi à placé un des leurs, Abiy Ahmed, à la présidence en 2018. Son engagement dans le processus de normalisation avec l’Erythrée lui a valu le Prix Nobel de la Paix en 2019. Beaucoup d’observateurs estiment qu’il ne s’agissait que d’une manœuvre pour se retourner contre l’ennemi «numéro un» incarné par l’élite tigréenne. Une fois au pouvoir, Abiy Ahmed a en effet évincé progressivement les ministres tigréens. Le FLPT s’est alors regroupé dans son bastion du nord, où il a entrepris des actions visant à obtenir l’indépendance de la province du Tigré.
Flotte de drones
Le président Ahmed a lancé en novembre 2020 des opérations militaires pour reprendre la main dans la région. Il s’est pour cela enjoint l’appui de milices des groupes ethniques majoritaires Amhara et Oromo, ainsi que des Afars et des forces érythréennes, anciennement ennemies de l’Ethiopie.
L’affrontement a, à un certain moment, clairement tourné en faveur des Tigréens, dont les dirigeants étaient pour beaucoup des officiers de l’armée fédérale. En novembre 2021, le FLPT s’est rapproché à moins de 200 km d’Addis Abeba, menaçant la capitale. Le gouvernement a dû son salut à un recrutement d’urgence parmi la population et à l’utilisation d’une flotte de drones acquis à l’étranger.
Le fédéralisme comme pomme de discorde
Les Tigréens se sont repliés des centaines de km plus au nord, occupant encore des territoires des provinces de l’Amhara et de l’Afar. A l’occasion d’une trêve humanitaire acceptée par les deux parties en mars 2022, les combats ont en grande partie cessé. Le 14 juin 2022, Abiy Ahmed a évoqué la possibilité de négociations de paix, ce qui signalerait l’existence d’une «impasse» militaire dans le conflit.
La question du fédéralisme devrait être au cœur des discussions, alors que la Constitution éthiopienne admet un «droit inconditionnel d’autodétermination, y compris de sécession» pour les «communauté culturelles» du pays. Selon le New York Times, une résolution appropriée du conflit nécessiterait l’implication d’autres groupes armés d’Ethiopie dans le processus de paix, ainsi que des organisations internationales telles que l’Union africaine. RZ
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
23/04/2026 - 19:00
Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir
La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir...
Syrie: entre misère et combats, une population prise au piège
Alors que les violences armées ont globalement diminué en Syrie, ces dernières années, la situation humanitaire y est toujours catastrophique. Le sort des populations pourrait encore empirer avec la reprise des combats entre les Kurdes et la Turquie, dans le nord.
«Les Syriens veulent juste avoir une vie normale», souligne le Père Georges Aboud. Le religieux libanais, curé de la paroisse grecque-catholique melkite de Damas de 2001 à 2019, vit actuellement en Allemagne, mais revient environ tous les six mois en Syrie.
Son expérience lui fait sérieusement douter que la vie des Syriens puisse, à court ou moyen terme, redevenir telle qu’avant. Les derniers développements n’incitent en effet pas à l’optimisme. Alors que les violences armées ont fortement diminué depuis quelques années, certaines populations du nord du pays recommencent à entendre le sifflement des bombes.
Le 23 novembre 2022, l’armée turque a annoncé avoir frappé près de 500 cibles kurdes en Irak et en Syrie. Ankara a lancé depuis quelques jours l’opération «Griffe-épée», en représailles à l’attentat qui a fait six morts le 13 novembre à Istanbul, imputé au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Le président Recep Erdogan entend neutraliser l’organisation qui mène une insurrection contre l’Etat turc depuis les années 1980. Il a menacé le 22 novembre de lancer une opération terrestre en Syrie, en dépit des pressions internationales pour l’en dissuader.
La menace du froid
Pour le Père Aboud, ce n’est qu’une nouvelle phase du jeu mortifère auquel se livrent les grandes puissances depuis plus d’une décennie en Syrie. Ce conflit, qui a détruit les infrastructures, l’économie et les rapports sociaux, a laissé la population exsangue, dénonce-t-il. S’il souligne la difficulté d’avoir des informations précises sur ce qui se passe dans les différentes régions du pays, il sait que la situation est particulièrement préoccupante dans de nombreux endroits. Alors que l’hiver arrive, beaucoup d’habitants redoutent notamment de ne pouvoir se chauffer.
Le réseau électrique est fortement perturbé et le courant régulièrement coupé. L’essence, qui alimente les générateurs, manque, alors même que le pays est producteur. Mais les zones pétrolières sont sous contrôle des milices kurdes, soutenues par les Américains. Ces derniers écoulent leur pétrole via leur propre réseau, affirme le Père Aboud. Le carburant est rationné et si l’on en trouve au marché noir, c’est à des prix très élevés.
80% de la population sous le seuil de pauvreté
Un phénomène aggravé par l’inflation galopante. «Depuis 2020, la situation économique dégénère et la monnaie a été fortement dévaluée», explique le religieux. En bonne partie l’effet des sanctions internationales imposées au régime de Bachar el Assad, dont la loi «César» (Caesar Syria Civilian Protection Act), promue par le gouvernement Trump en juin 2020. Des sanctions qui manquent toutefois leur cible en atteignant de plein fouet le peuple et non la classe dirigeante. Cette dernière en profite au contraire pour s’enrichir.
"La situation dans les camps est un terreau fertile pour le mal"
La corruption est en effet un problème majeur en Syrie, confirme le Frère Jihad Youssef, du monastère de Mar Moussa, à l’ouest du pays, joint par téléphone. Un fléau en partie compréhensible, au vu des salaires misérables. «Les personnes qui se laissent corrompre veulent souvent juste donner une chance d’avenir à leurs enfants, alors que l’éducation coûte très cher», souligne le religieux syrien.
Selon les données internationales, 80% des Syriens seraient sous le seuil de pauvreté. Le Père Aboud note que le kilo de tomates, qui coûtait 15 livres syriennes avant la guerre, se monnaye maintenant à plus de 5'000 livres. Viennent s’ajouter à cela le réchauffement climatique, qui provoque une désertification et une baisse notable de rendement agricole.
«Tout le monde veut partir»
Dans la région de Damas, où vit le Frère Jihad, les violences ont cessé depuis quelques années. Même si des combats surgissent encore de manière sporadique dans certaines zones, notamment près d’Idlib (nord-ouest), la situation est stable dans la majeure partie du pays [si l’on excepte la récente offensive turque, ndlr.]. En tout cas dans le secteur de Damas, il estime que les djihadistes ne représentent plus un danger immédiat, même si des cellules dormantes existent certainement encore.
«Aujourd’hui, les gens ne sont plus tellement préoccupés par la sécurité, ils sont complètement pris par les problèmes de la vie quotidienne», remarque Youssef Jihad. Beaucoup de gens déplacés dans les années de guerre sont rentrés chez eux. Ils ont cependant perdu leur travail et ne savent que faire. «Tout le monde voudrait partir à l’étranger», assure le religieux de Mar Moussa.
L’enfer des camps
Le système sanitaire dévasté est une préoccupation majeure. Beaucoup de personnes n’arrivent plus à payer leurs médicaments ou les opérations chirurgicales. Une grande part du personnel de soins qualifié a quitté le pays, alors qu’une autre a été tuée dans le conflit. Seule une moitié des infrastructures médicales auraient été laissées intactes par les attaques principalement imputées à l’armée syrienne et à la Russie.
L’état de santé précaire de la population est encore aggravé par une malnutrition endémique. En septembre 2022, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a signalé une réapparition inquiétante des cas de choléra dans six gouvernorats.
Mais même si les conditions de vie dans les localités sont très dures, le religieux souligne la situation humanitaire «terrible» dans les camps de réfugiés. Il en existe encore dans quelques zones, notamment près de la frontière jordanienne. Ces populations, qui vivent pour beaucoup sous des tentes de plastique, sont évidemment spécialement vulnérables au froid.
Youssef Jihad souligne à quel point cette situation est «un terreau fertile pour le mal. La génération qui grandit dans les camps est marquée par la misère, la violence, l’envie, l’injustice. Ils sont entraînés vers un dangereux esprit de revanche sur la vie».
Bien sûr le monastère de Mar Moussa fait ce qu’il peut pour aider les populations dans sa zone. «Mais les besoins sont tellement grands, il n’y a jamais assez d’argent», note le Frère Jihad.
Pour une vision universelle
Le Père Aboud reconnaît les efforts remarquables des Eglises, des ONG et des agences internationales sur le terrain. Il relève que cela ne répond toutefois souvent qu’aux situations d’urgence, alors qu’un travail de reconstruction global serait nécessaire. Même s’il est conscient de la complexité des problèmes, il espère qu’une action internationale puisse amener un règlement politique en Syrie. Un premier pas serait notamment la fin des sanctions, qui n’ont rien changé à la situation politique sur place.
Le Frère Jihad estime lui aussi qu’une amélioration ne pourrait venir que d’une action constructive des puissances impliquées. «La communauté internationale n’en fait pas assez», note le religieux. Il déplore le fait que la Syrie soit passablement sortie du viseur médiatique en Occident. «Ce qu’il faut, autant pour les populations des pays du Nord que pour leurs dirigeants, c’est adopter une vision universelle. Nous devons nous rendre compte que ce qui se passe dans une partie peut-être lointaine du monde aura tôt ou tard un impact sur nous". (cath.ch/arch/rz)
Le conflit syrien, tourbillon infernal
En 2011, le Printemps arabe syrien s'est mué en une atroce et interminable guerre civile. Le conflit, qui a fait des centaines de milliers de morts, a dévasté le pays et entraîné dans son tourbillon de chaos et de violence de nombreux autres Etats.
Les manifestations pro-démocratie lancées dans le sud du pays contre le régime autoritaire de Bachar el-Assad étaient inspirées par les soulèvements dans les pays voisins contre des dirigeants répressifs. Elles étaient initialement menées pacifiquement.
Mais les troubles se sont étendus et la répression s'est intensifiée. Les partisans de l'opposition ont pris les armes, d'abord pour se défendre, puis pour débarrasser leurs zones des forces de sécurité. Les événements ont rapidement dégénéré et le pays a sombré dans une guerre civile généralisée.
Complexification
Après quelques mois, le conflit s’est complexifié en fonction des intérêts et des objectifs très divers poursuivis par les désormais nombreux groupes belligérants. Des puissances étrangères ont commencé à prendre parti, envoyant de l'argent, des armes et des combattants. Des organisations djihadistes extrémistes, tels que le groupe État islamique (EI) et Al-Qaïda, ont renforcé leur implication. Cela a soulevé l’inquiétude des pays occidentaux, à mesure qu’ils ont commencé à prendre l’ascendant, à occuper de plus en plus de territoire et à lancer des actions terroristes dans les pays occidentaux.
L’entrée en scène des Kurdes de Syrie, revendiquant leur droit à l'autonomie, mais ne combattant pas les forces de Bachar el-Assad, a ajouté une autre dimension au conflit.
Ingérences étrangères
Les principaux soutiens du gouvernement sont toujours actuellement la Russie et l'Iran, tandis que la Turquie, les puissances occidentales et plusieurs États arabes du Golfe ont soutenu l'opposition à des degrés divers au cours du conflit. La Russie a lancé en 2015 une campagne aérienne en soutien à Bachar el-Assad qui a été cruciale pour faire basculer la guerre en faveur du gouvernement. L'Arabie saoudite, tenant à contrer l'influence iranienne, a armé et financé les rebelles au début de la guerre, tout comme le Qatar, rival du royaume dans le Golfe.
Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France ont initialement apporté leur soutien à ce qu'ils considéraient comme des groupes rebelles "modérés". Mais ont changé de priorité à mesure que les extrémistes sont devenus la force dominante de l'opposition armée. La coalition dirigée par les États-Unis a également mené des frappes aériennes et déployé des forces spéciales en Syrie depuis 2014 pour aider l’alliance de milices kurdes et arabes appelée les Forces démocratiques syriennes (FDS). Elles ont aidé à s'emparer de territoires tenus par l'EI dans le nord-est. Les derniers bastions du groupe djihadiste en Syrie ont été repris en mars 2019.
La Turquie s'est surtout attachée à utiliser les factions rebelles pour contenir les milices kurdes. Les troupes d’Ankara et leurs alliés se sont emparés de pans entiers de territoire le long de la frontière nord de la Syrie. Elles ont lancé en novembre 2022 une campagne de bombardements contre les territoires tenus par les Kurdes en Syrie et en Irak.
Israël a été principalement préoccupé par le "retranchement militaire" de l'Iran en Syrie et les livraisons d'armes iraniennes au Hezbollah et à d'autres milices chiites. Tsahal a ainsi mené des frappes aériennes sporadiques pour tenter de les contrecarrer.
Violations «odieuses» des droits humains
Onze années de guerre ont infligé d'immenses souffrances au peuple syrien. Des quartiers entiers et des infrastructures vitales à travers le pays sont encore actuellement en ruines. Plus de la moitié des 22 millions d'habitants que comptait la Syrie avant la guerre ont fui leur foyer. Plus de six millions de personnes seraient encore déplacées à l'intérieur du pays, dont plus de deux millions vivent dans des camps de tentes avec un accès limité aux services de base.
Le nombre de victimes du conflit oscillent, selon les sources, entre 240'000 et plus de 600'000.
Les enquêteurs des Nations unies sur les crimes de guerre ont accusé toutes les parties de perpétrer "les violations les plus odieuses" des droits humains. Selon un rapport publié en février 2021, outre des arrestations arbitraires et des tortures, les Syriens ont subi de vastes bombardements aériens de zones densément peuplées, enduré des attaques aux armes chimiques et des sièges au cours desquels les auteurs ont délibérément affamé la population. RZ (source: BBC)
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
23/04/2026 - 19:00
Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir
La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir...
L’Erythrée, un Etat saigné de ses forces vives
L’Erythrée est un pays en complète déliquescence, marqué par une pauvreté endémique et une crise économique qui ne fait que s’aggraver. Une situation principalement due à un régime dictatorial militaire qui, pour se maintenir, détruit les forces vives de la nation.
Raphaël Zbinden
«Mon frère a fait 20 ans de service militaire», souligne Mussie Zerai. Le prêtre catholique érythréen vit depuis longtemps en Europe, mais a encore une grande partie de sa famille sur place. Il est très bien renseigné sur la situation qui prévaut dans ce petit pays d’Afrique de l’Est.
C’est pour une bonne raison qu’il aborde avec cath.ch le sujet du service militaire. Il s’agit en effet de l’un des principaux fléaux qui touchent le pays. Le prêtre, engagé depuis plus de 20 ans dans l’aide aux migrants, avec des activités également en Suisse, explique que son frère n’a jamais réellement pu subvenir aux besoins de sa famille. A cause de son enrôlement à durée indéterminée dans l’armée, il n’a pas pu poursuivre d’études, ni apprendre un métier. Le salaire ridicule que perçoivent les soldats ne permet pas non plus de faire vivre une famille.
"Un soldat érythréen est en état d'esclavage total"
Loin d’être un cas isolé, son sort est partagé par une grande partie de la population. Le service militaire obligatoire, qui touche les jeunes hommes et les jeunes femmes, à partir de 16 ans, a des effets destructeurs sur le tissu social et économique.
Climat de guerre
Mussie Zerai explique que la situation est spécialement tendue dans le sud de l’Erythrée, proche de l’Ethiopie. La région a longtemps été le théâtre d’âpres affrontements entre les deux Etats. Ils ont pris fin avec un accord de paix signé en 2018. Mais les deux pays se sont ensuite alliés pour contrer le mouvement séparatiste au Tigré (province du nord de l’Ethiopie), à partir de 2020. L’implication des troupes érythréennes a attisé la conscription forcée, encore plus durement au sud du pays, proche des zones de combat.
Aujourd’hui, à la faveur d’un accord de cessation des hostilités (novembre 2022), les violences se sont effectivement grandement réduites. Le président érythréen Isaias Afwerki, au pouvoir depuis 1991, a assuré que ses troupes s’étaient retirées du nord de l’Ethiopie. Une affirmation dont doute Mussie Zerai. «Il est possible que le président joue sur les mots et que des troupes soient toujours stationnées dans les zones frontières, dans des territoires que le régime considère comme lui appartenant.»
Recrutement brutal
Quoiqu’il en soit, le prêtre estime que l’accalmie ne va pas faire baisser les activités de recrutement forcé. Le régime en a en effet besoin pour maintenir le contrôle sur la catégorie de la population (les jeunes adultes) la plus potentiellement capable de se révolter. D’autant plus que le service dans l’armée fait la part belle à l’endoctrinement et au bridage de la personnalité. «Un soldat de l’armée érythréenne n’a aucun droit, aucune voix, il est dans une situation d’esclavage complète», relève Mussie Zerai.
"Les campagnes de recrutement privent l’économie de ses principales forces vives"
Les méthodes de recrutement sont, de plus, particulièrement brutales. «Ils vont chercher les jeunes partout, dans leurs maisons, à l’école, à l’église…». Lorsqu’un jeune est introuvable, les officiers ont l’habitude de confisquer les biens des familles, notamment les maisons, desquelles ils expulsent les résidents. Ils font ainsi pression pour que les parents livrent leurs enfants à l’armée. «Mais, il arrive que ceux-ci soient adultes, vivent ailleurs, et leur parents n’ont pas d’influence sur eux. Ou même ils sont partis à l’étranger.»
Les familles ainsi traitées tombent dans une pauvreté extrême. Elles n’ont plus pour vivre que l’aide de leurs proches ou des Eglises. C’est aussi une façon pour le régime de montrer sa capacité de nuisance et de terroriser la population pour mieux la maîtriser.
Le cauchemar du service militaire
Les campagnes de recrutement ont également l’effet pervers de priver l’économie de ses principales forces vives. «Alors qu’une grande partie de la population vit encore de l’agriculture, il ne reste que des personnes âgées pour travailler aux champs. Souvent, elles n’en ont pas la force. De larges pans de terre cultivable sont ainsi laissés à l’abandon», note le prêtre.
Les jeunes enrôlés vivent un cauchemar. Outre la possibilité de laisser sa vie dans des combats, ils sont constamment mis sous pression et humiliés. Des cas de violences, notamment sexuelles ont été relevés par l’ONG Human Rights Watch, surtout contre les conscrites.
"Le pouvoir erythréen a été très efficace à se maintenir"
Si l’on ajoute à cela que le service militaire les prive de toute perspective d’avenir, les jeunes font évidemment tout pour éviter d’être intégrés dans l’armée. L’émigration est donc massive, vers les pays voisins, ainsi que l’Europe et les Etats-Unis. Ce qui aggrave encore le manque de main d’œuvre dans le pays et la crise économique. Selon Mussie Zerai, 99% de la population en Erythrée ne vit que grâce à l’argent envoyé par des proches de l’étranger.
Un évêque en prison
Des lueurs d’espoir dans ces ténèbres? Mussie Zerai en voit très peu. La seule voie d’amélioration serait un changement de régime. Mais le président Afwerki ne paraît pas prêt à laisser la place. Lui et sa clique de militaires ont réussi à poser un carcan de fer sur la population. «Le pouvoir a été très efficace à se maintenir. Il a notamment réussi à écraser toute opposition intérieure, en emprisonnant les responsables des mouvements d’opposition, ils ont très bien su appliquer la devise 'diviser pour mieux régner’. Aujourd’hui, toute l’opposition est à l’étranger, et elle aussi est divisée. Le régime investit des sommes énormes dans ce but.»
"Les catholiques sont depuis longtemps l’une des principales cibles des forces de sécurité"
Les seules voix discordantes encore entendues sont parfois celles des chrétiens. Ils représentent 45% des 3,6 millions d’habitants, majoritairement musulmans. Des Eglises et des dignitaires, notamment catholiques, ont fait les frais de leurs interventions. Mgr Fikremariam Hagos Tsalim, évêque de Segeneiti, au sud du pays, a ainsi été arrêté par le régime le 15 octobre 2022. Détenu dans la prison d'Adi Abeito, dans la banlieue de la capitale Asmara, connue pour ces conditions de vie atroces, il a été libéré après Noël. Deux autres prêtres catholiques arrêtés en même temps que l’évêque seraient toujours sous les verrous. «Ces personnes n’avaient en fait même pas attaqué le régime. Ils ont juste défendu la dignité humaine, la paix, la liberté», s’insurge le Père Zerai.
Les chrétiens ciblés
Les trois ecclésiastiques catholiques, comme c’est toujours le cas en Erythrée, ont été détenus sans aucune procédure légale ni contrôle judiciaire. Les autres confessions sont aussi touchées. Début 2022, le religieux orthodoxe Abune Antonios, est mort en prison à l’âge de 94 ans après avoir été maintenu à l'isolement pendant 16 ans. A l’instar de Mgr Tsalim, il était considéré comme un ennemi de l'État pour ses critiques du régime Afwerki. Bien que les chiffres précis soient difficiles à obtenir, on estime qu'entre 2’000 et 3’000 chrétiens croupissent actuellement dans les prisons érythréennes en rapport à leurs croyances religieuses. L'Érythrée est considérée comme l'un des pires pays en termes de violations de la liberté de religion.
Ne pas oublier les Erythréens
Bien que les catholiques soient une petite minorité, ils sont depuis longtemps l’une des principales cibles des forces de sécurité. En 2019, le gouvernement a d'abord fermé tous les hôpitaux catholiques d'Érythrée, exigeant que la propriété soit transférée à l'État, puis a également confisqué les écoles catholiques. La mesure est arrivée après que les évêques du pays, dont Mgr Tsalim, ont publié une lettre pastorale appelant à davantage de droits humains et de liberté religieuse. L’évêque de Segeneiti avait également critiqué le rôle de l'Érythrée dans le conflit au Tigré.
Un régime donc particulièrement implacable, dont Mussie Zerai ne voit pas une chute prochaine. Le combat pour l’Erythrée serait-il donc vain? Peut-être pas. La libération de Mgr Tsalim montre tout de même que le gouvernement d’Asmara veut quelque peu soigner son image. En 2006, il avait consenti à la remise en liberté d’une chanteuse de gospel évangélique, après une intense campagne internationale. Le régime compte sur le fait que le pays est petit, sans grand intérêt stratégique ou économique, pour tenter de «passer inaperçu» au regard de la communauté internationale. «Parler de la situation sur place peut certainement aider la population, assure Mussie Zerai. Le pire serait que le ‘l’affaire érythréenne’ soit oubliée face à des problèmes considérés comme ‘plus graves’». (cath.ch/ag/rz)
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
23/04/2026 - 19:00
Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir
La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir...
Loin des yeux, le Yémen continue de dépérir
«Au Yémen, des millions d'enfants souffrent de la faim, dans l'angle mort de l'opinion publique mondiale», déplore Leonie Lüscher, responsable des programmes internationaux à l’UNICEF Suisse et Liechtenstein. Le pays de la Péninsule arabique est l’un des endroits du monde où l’insécurité alimentaire est la plus importante.
Ghoson, à deux ans, ne pesait que trois kilos. “Elle était en bonne santé et allait bien, mais elle a soudain eu de la fièvre et je l'ai emmenée au centre de santé”, raconte la mère de la petite fille, habitant Al-Hudaydah, sur la côte ouest du Yémen. Après qu’une sévère malnutrition lui ait été diagnostiquée, Ghoson a pu être hospitalisée assez rapidement et son état stabilisé. Le cas de la petite fille, relaté par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), qui soutient le centre d’Al-Hudaydah, est malheureusement banal dans cette partie du monde. Et l’issue n’est de loin pas toujours aussi positive. On estime qu’au Yémen, un enfant meurt encore toutes les dix minutes de causes évitables.
Huit ans de conflit
La nette diminution des violences au Yémen, depuis avril 2022, n’a pas sorti le pays de la déliquescence. La guerre, qui a fait en huit ans, selon les estimations, plus de 370'000 morts, a totalement dévasté le pays.
Le conflit civil oppose depuis 2014, principalement, les rebelles chiites Houthis au gouvernement central yéménite. En septembre 2014, les Houthis se sont emparés de la capitale, Sanaa, et ont évincé le gouvernement officiel. Une coalition dirigée par l'Arabie saoudite et soutenue par le Royaume-Uni et les États-Unis a réagi, avec l’objectif d’éliminer la rébellion des Houtis, soutenus par l’Iran. Mais malgré les milliers de frappes aériennes, les rebelles contrôlent toujours la capitale et de larges portions de territoire.
La diminution de la violence est en partie due à une trêve de six mois (entre avril et octobre 2022) négociée par les Nations unies. Bien que celle-ci ait expiré depuis un an, les violences n’ont pas repris à large échelle.
Hausse des prix et cyclone
Le recul des combats n’a cependant pas beaucoup soulagé la souffrance des habitants. En plus de la destruction des infrastructures, les prix élevés des denrées alimentaires et du carburant font que les besoins d'aide humanitaire sont énormes, note Leonie Lüscher. 21,6 millions de personnes, soit un tiers de la population, dont 11 millions d'enfants, dépendent toujours de cette aide. Avec plus de 3,1 millions de déplacés internes depuis 2015, le Yémen connaît en outre l'une des plus grandes crises de réfugiés au monde.
En outre, le pays est de plus en plus touché par les changements climatiques. Le dernier coup dur a eu lieu fin octobre 2023, lorsque le cyclone tropical Tej a frappé la côte est du Yémen. Plus de 18'000 familles ont été affectées et les infrastructures publiques, y compris les services de santé et les réseaux d'approvisionnement en eau, ont été gravement endommagées.
Les conditions météorologiques extrêmes, accompagnées de pluies abondantes et d'inondations, créent un environnement propice à l'apparition de maladies transmissibles. Le pays connaît ainsi des épidémies récurrentes de choléra, de rougeole, de diphtérie et d'autres maladies évitables par la vaccination. 21,3 millions de personnes n'ont pas un accès adéquat aux services de santé. Plus de 7,8 millions d'enfants n'ont simplement pas accès à l'eau potable.
Accès aux personnes limité
L'UNICEF s'attend à ce que la crise alimentaire s’aggrave encore, notamment à cause de l’inflation toujours galopante, en particulier sur les carburants. L'UNICEF et ses partenaires humanitaires aident en moyenne 9 millions de personnes par mois, note Leonie Lüscher. “Toutefois, le travail est de plus en plus difficile, puisqu'à ce jour, seul un cinquième environ des fonds nécessaires pour 2023 a été reçu”, relève la coopérante, qui déplore la sous-médiatisation de la situation.
L’accès des ONG aux différentes zones dans le pays demeure l’un des obstacles majeurs à la fourniture d'une aide humanitaire globale, remarque Leonie Lüscher. Malgré le ralentissement des violences, le Yémen est en effet toujours pratiquement en état de guerre. Les déplacements doivent être constamment négociés entre les diverses factions contrôlant les parties du pays. L’infrastructure routière, dans un état déplorable, complique l’acheminement de l’aide. Et il arrive même souvent que les humanitaires ne sachent simplement pas dans quelles zones des personnes ont besoin de cette aide. (cath.ch/com/ag/arch/rz)
Les causes d’une guerre fratricide
L’État yéménite est faible de longue date, note le journal Le Monde dans une analyse des causes du conflit. Le pays est historiquement divisé entre le nord et le sud, deux régions qui ne se sont unifiées qu'en 1990. De la chute de l'Empire ottoman à 1962, le nord a été dominé par une dynastie zaïdiste (environ 40% de la population), la confession des houthistes, une branche minoritaire du chiisme. En 1962, la proclamation d'une république est suivie d'une guerre civile qui oppose les monarchistes, aidés par l'Arabie saoudite voisine, aux républicains, soutenus par l’Égypte de Nasser.
Ces derniers finirent par l'emporter. C'est alors que naît, dans les montagnes du nord, le mouvement Ansar Allah, dit «houthiste», autour de Hussein Badreddine Al-Houthi, un ancien parlementaire entré en dissidence.
Dans le Sud, le port d'Aden et son arrière-pays sont demeurés sous protectorat britannique jusqu'en 1967. Aden est alors devenue une république d'inspiration communiste, sous influence soviétique. La guerre froide a maintenu la division entre nord et sud.
Depuis l'unification, en 1990, le président Saleh avait su se maintenir en jouant de la corruption, des rivalités tribales et du radicalisme religieux. Jusqu'à ce qu'il soit chassé par une révolution en 2011, dans la foulée du «printemps arabe». Son successeur, Abd Rabbu Mansour Hadi, essayera de négocier un accord qui ne satisfera pas les factions opposées, en premier lieu les Houthis. Ces derniers gagneront progressivement du terrain, jusqu’à ce qu’en 2015, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ne lancent une campagne de raids aériens pour neutraliser la rébellion.
Des violences qui ont détruit une grande partie du pays sans faire reculer décisivement les Houthis. Des négociations ont été tentées entre les parties belligérantes depuis 2018, sans que la paix ne puisse être installée. Suite à un dernier cessez-le-feu décrété en avril 2022, le conflit a nettement baissé d’intensité. Mais les pourparlers seraient au point mort et aucune perspective de paix n’est à l’horizon.
La guerre s’est dirigée depuis un certain temps vers l’extérieur. Dans le cadre du conflit entre Israël et le Hamas, déclenché le 7 octobre 2023, les Houthis mènent des actions en soutien au groupe palestinien auquel ils sont alliés. Ils ont notamment tiré des missiles de longue portée sur Israël, qui auraient été interceptés. Le 19 novembre, les rebelles houthis ont affirmé s’être emparés en mer Rouge d’un navire commercial prétendument israélien. Ce que les autorités de Jérusalem ont démenti. RZ
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
23/04/2026 - 19:00
Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir
La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir...
Le Soudan, un pays à haut potentiel, gâché par la guerre
Après plus de dix mois de guerre civile au Soudan, le pays compte plus de huit millions de déplacés, et un million de personnes pourraient mourir de faim dans les prochains mois. Alors que deux chefs de guerre se battent pour le pouvoir, les espoirs d’une transition pacifique sont minces.
La vidéo montre des soldats soudanais brandissant les têtes décapitées de plusieurs étudiants, sans doute tués à cause de leur appartenance ethnique. La séquence, jugée crédible par l’ONU, a circulé en février 2024 sur les réseaux sociaux. Elle est le signe que le Soudan n’est pas épargné par les atrocités qui peuvent surgir dans d’autres conflits mondiaux. Un indice également de l’état inquiétant dans lequel se trouve le pays.
Une guerre au développement rapide
«Le Soudan est dans un chaos total, personne ne peut dire comment tout cela va finir, je ne sais pas quand je pourrai y retourner», confirme Luc*. Ce résident suisse dont la famille est originaire du Proche-Orient connaît très bien le pays, puisqu’il y a vécu près de 30 ans. Forcé de partir au début des années 1970, il y est cependant retourné ensuite chaque année, totalisant des dizaines de voyages. Désirant rester anonyme, l’homme exprime à cath.ch sa déception de voir le pays de son enfance sombrer dans la violence et la misère. «A chaque changement de régime, la situation est descendue d’un cran», assure-t-il. Depuis quelques semaines, il n’a plus de nouvelles des connaissances qu’il a gardées sur place. Signe que le délitement des infrastructures a atteint un point critique.
"Près d’un million de personnes pourraient mourir de faim d’ici juin 2024"
Car le Soudan traverse l’une des crises mondiales au développement le plus rapide, prévenait le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (UNOCHA) le 18 février 2024. Après l'éclatement de la guerre entre les forces armées soudanaises (SAF) et les forces de soutien rapide (RSF), le 15 avril 2023, des besoins sans précédent sont apparus en un temps très court. Les déplacements de populations ont été très vite importants et incontrôlés.
La plus grande crise de réfugiés au monde
L’UNOCHA estime qu’après plus de dix mois de conflit, 25 millions de personnes - dont plus de 14 millions d'enfants - ont besoin d'une assistance et d'un soutien humanitaires. Plus de 8 millions de personnes, soit environ 15% de la population totale du pays, ont fui leur domicile - dont 5 millions d’enfants - cherchant refuge dans d’autres régions plus calmes ou dans les États voisins. Le Soudan vit ainsi actuellement la plus grande crise de déplacement de personnes au monde. Des épidémies de diverses maladies, dont le choléra, sont attendues dans les zones de rassemblement des réfugiés.
Déjà avant la crise d’avril 2023, le Soudan accueillait d’importantes populations de réfugiés et de déplacés internes. La nouvelle situation d’urgence a créé des besoins supplémentaires importants, affectant la capacité des acteurs humanitaires à répondre de manière adéquate, rapporte le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Alors que la saison des moissons arrive à sa fin, certains scénarios prédisent que près d’un million de personnes pourraient mourir de faim d’ici juin 2024.
Al-Bachir, le syndrome de Frankenstein
Les personnes déplacées à l'intérieur du pays (PDI) sont originaires de 12 États, principalement situés au sud, ainsi que de la région de Khartoum. Lorsque le conflit s'est étendu à Al-Jazirah, au sud de la capitale, en décembre 2023, plus d'un demi-million de personnes ont dû fuir en un mois. Pour beaucoup d'entre elles, il s’agissait d’un second déplacement après avoir fui Khartoum suite au déclenchement du conflit.
"Le renversement du régime islamiste et dictatorial a été initié par des jeunes"
La plus grande ville du pays est le principal théâtre des combats entre les SAF et les RSF, avec le Darfour (ouest). Les forces régulières soudanaises, dirigées par Abdel Fattah al-Burhan, issu d’un parti islamiste, se battent sans discontinuer depuis dix mois contre les Forces de soutien rapides, menées par Mohamed Hamdan Dogolo, dit "Hemedti". Les deux hommes s’étaient pourtant alliés pour éjecter Omar al-Bachir du pouvoir, en 2019. “Ils avaient saisi l’opportunité offerte par un mouvement populaire, commente Luc. Le renversement du régime islamiste et dictatorial a été initié par des jeunes, dans des manifestations pacifiques organisées par les cadres de la classe moyenne supérieure. Ils voulaient tous la démocratie et la séparation de l’État et de la religion”.
Les RSF avaient pourtant été créés par Omar al-Bachir lui-même afin de mater la rébellion dans le Darfour. “Il s’agissait aussi de faire contrepoids à l’armée régulière, dont al-Bachir avait toujours peur qu’elle fomente un coup d’État. Les deux forces se sont finalement unies pour le faire tomber”, explique Luc.
Plus de 14’000 morts
Suite au départ d’al-Bachir, un gouvernement de transition civil avait été mis en place, jusqu’à ce qu’un coup d’État remette les militaires au pouvoir, en 2021. En avril 2023, la rivalité entre les deux forces qui avaient pris le pouvoir (les SAF et les RSF) a tourné en affrontement armé.
"Des observateurs mettent en outre en garde contre un danger de fragmentation du conflit"
Alors que les RSF ont tenu le haut du pavé dans le premiers mois du conflit, l’armée régulière a récemment regagné du terrain. Selon le média This Piece on Middle East Eye, cela est dû au recrutement de civils par les SAF, à de meilleurs approvisionnements en munitions et à une meilleure utilisation de drones de reconnaissance. L’ONU estime que les combats ont déjà fait plus de 14’000 morts depuis avril 2023. Un chiffre probablement largement sous-estimé, avertissent les organismes de surveillance, alors que la situation est trop dangereuse pour que des observateurs puissent se rendre sur place.
Crimes de guerre
Les RSF, également connus sous le nom de “milice Janjaweed”, sont d’ores et déjà accusées de nombreuses exactions, allant des enlèvements aux meurtres de masse en passant par les viols et l’esclavage sexuel. Des allégations qui pesaient déjà contre eux dans le cadre de leurs opérations de répression dans le Darfour. Les SAF seraient également loin d’une conduite irréprochable, souligne un rapport du Bureau des Nations unies pour les droits humains publié le 23 février 2024. Les deux forces armées se seraient rendues coupables d’attaques indiscriminées sur des lieux densément peuplés, provoquant de nombreux morts civils. La vidéo publiée en février montrait d’ailleurs des soldats de l’armée régulière qui auraient décapité les étudiants sous prétexte que leur ethnicité les aurait porté à soutenir les RSF.
Des observateurs mettent en outre en garde contre un danger de fragmentation du conflit, des milices parallèles aux deux forces belligérantes commençant à opérer. Ce qui fait craindre une complication des efforts de négociation.
Efforts de paix dans l’impasse
Des tentatives de médiation ont effectivement été engagées conjointement par l’Arabie saoudite, les États-Unis et l’Union africaine. Mais elles sont actuellement dans l’impasse. Les médiateurs ont suspendu, en décembre 2023, les pourparlers pour une durée indéterminée, dans la ville portuaire saoudienne de Jeddah, après que les deux parties aient manqué à leurs engagements. Le 26 février 2024, les États-Unis ont transféré un envoyé spécial au Soudan pour tenter de débloquer la situation.
“Je n’ai jamais rencontré un peuple aussi hospitalier, poli et cultivé”
Des négociations dans lesquelles Luc ne met cependant pas beaucoup d’espoir. “Les pays qui ont une influence sur la situation soutiennent les RSF ou les SAF suivant leurs intérêts dans la région. Certains veulent éliminer les islamistes, d’autres mettre la main sur les mines d’or, d’autres encore veulent contrôler le Nil... Je ne vois pas de réelle volonté politique de mettre fin au conflit, ni sur place, ni internationalement.”
Le fait que le conflit est largement ignoré par les médias ne facilite pas non plus sa résolution, remarque Luc. Cette indifférence pèse également sur l’aide humanitaire. L’OCHA a requis 2,7 milliards de dollars aux donateurs pour faire face à la crise. Pour l’heure, l’organe onusien n’a obtenu que 3,5% de cette somme. Mais même quand l’aide est fournie, elle fait face à de multiples complications pour être acheminée. Les intervenants sur place font état de chicanes délibérées pour obtenir des laissez-passer et des visas, de la part des deux parties belligérantes.
Un pays riche
Luc se désole que des intérêts de factions aient déchiré et détruit le pays. “Les Soudanais ont une culture démocratique, ils veulent la démocratie. Mais celle-ci est dès le départ partie sur de mauvais rails. Après le renversement du président al-Bachir, en 2019, à peu près 120 partis se sont créés, sur des lignes régionales. Or il ne faudrait pas plus de cinq ou six partis, qui couvrent l’ensemble du territoire soudanais, ainsi qu’une refonte complète de la Constitution.”
Luc voit ainsi dans la situation actuelle un énorme gâchis. Alors que le Soudan de sa jeunesse était un pays plein de promesses, riche autant de ressources naturelles que d’une population multiculturelle et très bien éduquée. “Je n’ai jamais rencontré un peuple aussi hospitalier, poli et cultivé”, assure l’octogénaire qui a pourtant voyagé dans de nombreux pays. (cath.ch/arch/rz)
*prénom fictif
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
23/04/2026 - 19:00
Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir
La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir...
Dans un Soudan du Sud meurtri, les Églises construisent l’unité
Le Soudan du Sud s’efforce d’établir une paix durable, après un conflit civil qui a fait près de 400'000 morts (de 2013 à 2018). Dans ce pays où les tensions ethno-politiques sont encore vivaces, les Églises jouent un rôle essentiel d’unification.
“C’est terrible d’aller se coucher sans être sûr que l’on se réveillera le lendemain”, se souvient Betram Gordon. Le Sud-Soudanais a vécu cette réalité lors des pires moments de la guerre civile qui a suivi l’indépendance du pays, en 2011. Directeur de la Société St-Vincent-de-Paul à Djouba, partenaire de l’Association suisse des Amis de Sœur Emmanuelle (ASASE), il a toujours exclu de partir à l’étranger, même quand les combats faisaient rage dans la capitale de l’État est-africain. Depuis 2009, il coordonne l’aide aux plus démunis dans la plus grande ville sud-soudanaise.
Une tâche plus que nécessaire alors que, dans le plus jeune État du monde, la pauvreté est endémique. Le Soudan du Sud occupe depuis quelques années les toutes dernières places de l’Indice de développement humain (IDH). La faute revient en partie aux régimes en place à Khartoum lorsque le pays n’était encore qu’une partie du Soudan. Le développement de la région sud, peuplée majoritairement de chrétiens, a toujours été négligé par un pouvoir largement aux mains des élites musulmanes. Mais la guerre civile, qui a éclaté peu après l’accès à l’indépendance, a encore fortement aggravé la situation.
Lutte de pouvoir
Le problème est né d’un différend entre les hommes forts quant au partage du pouvoir, sur lequel est venu se greffer une dimension ethnique. Suite à l’indépendance, Salva Kiir, de la tribu majoritaire des Dinkas, est devenu président. La vice-présidence a été occupée par Riek Machar, appartenant au second groupe ethnique des Nuers. En juillet 2013, Salva Kiir a limogé Riek Machar, accusant ce dernier de préparer un coup d’État. Les partisans du vice-président et du président ont commencé à s’affronter par les armes en décembre 2013. De Djouba, les violences se sont propagées à d’autres régions. Elles ont inclus de nombreuses exactions, de la part de tous les belligérants, telles que des pillages, des massacres de civils ou encore des violences sexuelles.
Betram Gordon a vécu une période particulièrement angoissante. “Il y avait d’une part des combats, mais aussi un chaos généralisé. Des personnes entraient dans les maisons, volaient tout ce qu’il y avait, et il n’y avait aucune force de l’ordre pour intervenir”, raconte-t-il à cath.ch. Heureusement, le sexagénaire sud-soudanais et sa famille se sont sortis de cette période sans dommages physiques.
Une paix fragile
Pendant les premières années, les combats ont été de diverses intensités et ont touché différentes régions. En août 2015, un accord de paix a été signé, qui a conduit à un fragile gouvernement de transition. Mais les violences ont repris en juillet 2016. En septembre 2018, un nouvel accord a vu le jour entre Salva Kiir et Riek Machar, prévoyant un gouvernement de transition. Depuis lors, les hostilités ont pratiquement cessé sur tout le territoire. En février 2020, un gouvernement d’unité nationale a été formé, dans lequel Riek Machar a été réintégré en tant que vice-président.
"L'indépendance a apporté un sentiment de liberté et d’appartenance"
La paix reste cependant fragile, parce que beaucoup de différends demeurent. “Actuellement, les personnes ne craignent pas forcément pour leur vie, mais tout le monde sait bien que les violences peuvent recommencer à tout moment, et il n’y a pas de sérénité dans le pays, note Betram Gordon. Le gouvernement n’arrive pas à assurer l’ordre. Le danger n’est plus tellement les affrontements entre les milices. Mais les conflits entre communautés qui se réalisent en toute impunité. Il n’y a pas de réel État, tout est encore très chaotique.”
Un conflit sanglant
La guerre a laissé des traces profondes dans la population. Le conflit interne n’a pas reçu beaucoup d’attention des médias, malgré sa dimension particulièrement violente et meurtrière. En 2016, les principaux organismes internationaux estimaient que le conflit avait fait entre 50’000 et 300’000 morts. En 2018, une étude de la London School of Hygiene and Tropical Medicine a conclu qu’environ 383’000 Sud-Soudanais étaient morts du fait de la guerre civile entre décembre 2013 et avril 2018. Environ 190’000 personnes auraient été tuées dans les violences et les autres seraient mortes de faim ou de maladies.
Les affrontements ont en effet entraîné une crise humanitaire majeure, avec le déplacement de millions de personnes à l’intérieur du pays et dans les États voisins. Des millions d’enfants ont été privés d’éducation, des milliers étant enrôlés comme soldats dans les milices.
Espoirs brisés
Ce sont principalement de ces populations que s’occupe la Société St-Vincent-de-Paul au Soudan du Sud. Betram Gordon travaille depuis plus de 30 ans pour l’organisme catholique. Pendant toute cette période, les problèmes dans la région se sont ressemblé. Le Soudan a en effet connu dans son histoire récente deux guerres civiles (1955-1972 et 1983-2005) qui ont jeté à la rue de nombreux enfants. Dans les années 1990, Betram Gordon œuvrait déjà pour St-Vincent-de-Paul dans l’aide aux enfants laissés à l’abandon, à Khartoum. Ingénieur agronome de formation, il enseignait les bases de l’agriculture aux jeunes recueillis dans des fermes aménagées autour de la capitale soudanaise.
“Tout le monde est fatigué des conflits, même les militaires ne savent plus pourquoi ils se battent"
Revenu au Soudan du Sud en 2009, il se souvient de la période de l’indépendance et de l’effervescence qui régnait à ce moment à Djouba. “Tout le monde était très joyeux et enthousiaste. Les gens avaient beaucoup d’espoir, pensaient que les choses allaient changer, que le développement du pays allait enfin démarrer. Mais ces espérances ont vite été déçues.” Malgré la suite tragique des événements, le travailleur humanitaire relève les bonnes choses liées à l’indépendance. “Cela a apporté un sentiment de liberté et d’appartenance, parce qu’avant cela, les Sud-Soudanais n’avaient pas réellement de nationalité. Les libertés civiles se sont aussi améliorées, et cela reste encore solide aujourd’hui, malgré les années de guerre.”
Les Églises, ferments d’unité
Depuis début mai 2024, les divers groupes du pays en désaccord sont réunis à Nairobi, au Kenya, afin de sceller une entente et une administration durables. Le gouvernement et les forces d’opposition ont signé le 9 mai une “déclaration d’engagement” pour la paix, vue comme un premier pas encourageant, rapporte Associated Press (AP). Betram Gordon a effectivement bon espoir dans ces pourparlers. “Tout le monde est fatigué des conflits, même les militaires ne savent plus pourquoi ils se battent.” Des efforts de paix dans lesquels la communauté catholique Sant’Egidio a joué un rôle primordial.
Le principal obstacle réside dans les vieilles rancunes et divisions, principalement ethno-politiques. Pour le collaborateur de la Société St-Vincent-de-Paul, ces clivages sont toutefois surmontables grâce notamment à l’action des institutions religieuses. “Les Églises, et en particulier l’Église catholique, ont beaucoup d’influence dans la société sud-soudanaise. Elles incitent à la paix et œuvrent en faveur de la cohésion.” Cet état de fait n’est pas toujours du goût des politiques, remarque-t-il, surtout quand les évêques pointent du doigt publiquement les manquements du gouvernement. “Mais les personnalités religieuses sont si écoutées et respectées que les hommes politiques ne peuvent rien faire contre elles.”
L’impact du pape
Pour Betram Gordon, les actions du pape François en faveur de la paix au Soudan du Sud, ont eu un impact certain. Le pontife n'a cessé d'appeler à la paix et à la réconciliation dans le pays dans ses discours publics et ses prières.
"La présence du pape a ravivé l’espoir et le sentiment que nous n’étions pas oubliés"
L'une des actions les plus notables a été l'invitation des dirigeants sud-soudanais à une retraite spirituelle au Vatican en avril 2019. Le président Salva Kiir, lui-même catholique, et le chef de l'opposition Riek Machar, de culture presbytérienne, entre autres, ont participé à cette retraite. Le geste spectaculaire du pape, qui s'est agenouillé et a baisé les pieds de ces dirigeants, est resté dans les mémoires. “Le pape leur a montré le chemin de l’humilité, souligne Betram Gordon. Qu’ils devaient être les serviteurs et non les maîtres de leur nation.”
Voyage de paix
Le pape François a travaillé en étroite collaboration avec d'autres dirigeants chrétiens, notamment des Églises d'Écosse (presbytérienne) et d’Angleterre (anglicane), pour promouvoir la paix dans le pays. En compagnie de Justin Welby, archevêque de Canterbury (anglican), et du révérend Iain Greenshields, modérateur de l’Église d’Écosse, le Saint-Père s’est rendu au Soudan du Sud début 2023. La délégation a notamment visité la Société St-Vincent-de-Paul. Cette visite, pour Betram Gordon qui a pu voir le pontife à cette occasion, a changé la face du pays. “Sa présence a vraiment ravivé l’espoir et le sentiment que nous n’étions pas oubliés. Cela a créé sans nul doute une dynamique de paix dont on voit les fruits aujourd’hui.” (cath.ch/arch/rz)
L’indépendance du Soudan du Sud est intervenue en 2011. Elle a fait suite à un conflit interne au Soudan de près de 30 ans (deux millions de morts recensés) centré sur la résistance du sud à majorité chrétienne face à la volonté des régimes de Khartoum apparus après 1983, d’islamiser le pays.
Un cessez-le-feu a été signé entre les protagonistes en 2002, consolidé en 2005, par un accord de paix conclu à Naivasha, au Kenya, qui a accordé au Soudan du Sud une large autonomie.
Le processus de sécession, notamment soutenu par les États-Unis, a abouti à un référendum populaire en janvier 2011, dans lequel 99% des habitants ont soutenu l’indépendance. Le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud déclarait officiellement son indépendance, devenant ainsi le plus jeune État souverain au monde. Ce statut a été reconnu à l'échelle mondiale, avec le soutien significatif d'entités internationales telles que les Nations Unies et l'Union africaine. Avant même son indépendance officielle, le pays était reconnu le 8 juillet par l’Allemagne et le Soudan. RZ
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
23/04/2026 - 19:00
Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir
La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir...
Pays aux multiples fractures, le Myanmar menace de s’écrouler
Le conflit civil qui ravage le Myanmar (ex-Birmanie) depuis 2021 n’est ni religieux, ni politique, ni ethnique, il est tout cela à la fois. La multiplicité de ses divisions complique un éventuel retour de la paix et de la stabilité.
Le 14 février 2025, des villageois de la paroisse de Notre-Dame de Lourdes, dans l’archidiocèse de Mandalay, au centre du Myanmar, ont retrouvé le corps sans vie de leur curé. Le Père Donald Martin Ye Naing Win a été poignardé à plusieurs reprises.
Une victime de plus dans la guerre civile qui aurait fait, selon certaines sources, plus de 75’000 morts et déplacé plus de trois millions de personnes depuis plus de quatre ans. Un conflit largement ignoré par les médias, alors qu’il a été qualifié en février 2025 par Volker Türk de “l'une des pires crises des droits de l'homme au monde”. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, a décrit les conditions qui prévalent au Myanmar comme "une litanie de souffrances humaines".
Un pays mosaïque
On pourrait croire que le conflit birman oppose simplement un régime militaire putschiste à des forces pro-démocratie. Mais le tableau est beaucoup plus complexe, explique à cath.ch l’organisation Aide à l’Église en détresse (ACN/AED), qui consacre au Myanmar une section de son Rapport annuel sur la liberté religieuse.
"Dans l'imbroglio birman, la religion n’est qu’une ligne de fractures parmi d’autres"
Le meurtre du Père Win illustre bien les nombreuses intrications de la situation. L’armée régulière a tout d’abord été pointée du doigt. Les forces du régime sont en effet connues pour cibler les églises et communautés chrétiennes. Mais il apparaît maintenant que le prêtre a plutôt été victime de membres d’un groupe de résistance local.
En fait, le Myanmar a été aux prises depuis des décennies avec des conflits larvés ou ouverts entre une douzaine de groupes. Une situation liée à l’extrême diversité de sa population. L’ancienne Birmanie abrite 54 millions d’habitants, divisés en au moins 135 groupes ethniques, parlant des langues très différentes et appartenant à des religions et traditions culturelles très diverses.
Nationalisme ethnico-religieux
L’ethnie Bamar est majoritaire dans le pays, représentant environ 70% de la population. Aucun autre groupe ethnique n’atteint plus de 6%, un grand nombre comptant pour moins de 1%. Les groupes minoritaires se plaignent que le régime birman manifeste une forme de nationalisme bamar qui les opprime et font d’eux des citoyens de deuxième classe.
Dans cet imbroglio, la religion n’est qu’une ligne de fractures parmi d’autres. Les Birmans sont dans leur grande majorité bouddhistes. Mais, alors que le bouddhisme est connu pour être une religion pacifique, un mouvement bouddhiste ultranationaliste et violent a gagné du terrain ces dernières années, sous la houlette d’un moine radical appelé Wirathu. Or, le régime militaire a embrassé ce mouvement et son message. Il a placé le bouddhisme au centre de sa rhétorique nationaliste, l’associant à l’identité birmane. Dans le même temps cependant, les bouddhistes, dont également des moines, sont aussi nombreux dans les rangs de l’opposition.
Les Rohingyas musulmans font depuis des années les frais de cette politique nationaliste bamar-bouddhiste, même si des massacres ont aussi été perpétrés par cette ethnie également très présente au Bangladesh voisin. À noter que la répression contre ce groupe musulman s’était également déroulée sous le gouvernement d’Aung San Suu Kyi.
Les catholiques également pris pour cible
Les chrétiens ne sont qu’une petite minorité au Myanmar. Ils composent environ 8% de la population. Deux tiers d’entre eux sont protestants. Les catholiques sont en petit nombre, bien que leurs communautés soient plus anciennes.
"Des soldats auraient piétiné des hosties"
Le christianisme est majoritaire dans certains groupes ethniques. Suite à une activité missionnaire ciblée, les Kachins, qui étaient avant surtout bouddhistes et animistes sont aux deux-tiers baptistes. Cette ethnie indépendantiste entretient l’une des guérillas les plus intenses contre le régime. Elle se considère comme discriminée religieusement par le pouvoir à cause de son attachement au christianisme.
Les Bayingyi constituent une ethnie majoritairement catholique. Bien qu’historiquement, les régimes successifs ne les aient jamais considérés comme une menace, depuis 2021, plusieurs de leurs villages ont été attaqués par l’armée birmane. Une évolution qui démontre l’agressivité croissante du pouvoir nationaliste.
Le pape n’a pas empêché la guerre
De manière générale, les chrétiens au Myanmar subissent depuis quatre ans diverses formes de persécution. Dans plusieurs régions du pays des églises ont été bombardées, incendiées ou rasées par l’armée. Des cas de profanations ont été enregistrés. Dans l’État Chin (nord-ouest), des soldats auraient notamment piétiné des hosties.
Malgré cela, l’Église catholique a toujours été à l’avant-garde des efforts de paix et de réconciliation, souligne l’ACN/AED. Le cardinal de Yangon Charles Maung Bo, lui-même bayingyi, a à maintes reprises appelé à la fin des combats et au rapprochement entre factions. Lors des manifestations pro-démocratie qui ont suivi les coup d’État de février 2021, une religieuse catholique a été photographiée en train de prier à genoux entre les soldats et les manifestants.
Le pape François était venu en 2017 au Myanmar soutenir les chrétiens locaux et plaider pour la paix. Une démarche qui n’a pas empêché le pire scénario de guerre de se réaliser.
Des élections libres?
Depuis un certain temps, la junte militaire est toutefois en difficulté. En novembre 2023, l'Armée d'Arakan (AA), un groupe de résistance ethnique, a lancé une offensive majeure contre l’armée régulière dans l'État de Rakhine et le sud de l'État Chin, qui a permis à l'AA de prendre le contrôle de plusieurs villes clés.
Ces revers militaires ont sans doute amené le régime de Naypyidaw (depuis 2005 la capitale du Myanmar) à rechercher une nouvelle légitimité. Le gouvernement a ainsi annoncé début mars 2025 que des élections nationales auraient lieu en décembre prochain ou en janvier 2026. Le général Min Aung Hlaing a assuré que le scrutin serait «libre et équitable», rapporte la BBC. Il s'agit du premier scrutin depuis que la junte militaire a pris le pouvoir. Les critiques ont cependant décrit l'annonce comme un simulacre destiné à maintenir le pouvoir de la junte par l'intermédiaire de partis politiques mandataires.
L'ONG Human Rights Watch a déclaré au média britannique: “Avant les élections, elle [la junte, ndlr] doit mettre fin à la violence, libérer toutes les personnes détenues arbitrairement et permettre à tous les partis politiques de s'enregistrer et de participer au lieu de dissoudre les partis d'opposition.”
Le fléau des mines
En attendant, au Myanmar, les combats dans plusieurs régions continuent de tuer et la situation de la population devient de plus en plus précaire. L'ONU a indiqué en janvier 2025 qu'au moins 6’231 civils avaient été tués par l'armée birmane, dont 1’144 femmes et 709 enfants, au cours des quatre dernières années. Les chiffres des pertes humaines varient toutefois selon les sources. D’autres organisations font état d’un nombre beaucoup plus élevé de victimes.
Dans un rapport de février 2025, le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) prévient que le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays a atteint un niveau record de plus de 3,5 millions de personnes.
En plus des conflits généralisés, les civils sont touchés par plusieurs crises simultanées, des catastrophes naturelles, des épidémies, l’insécurité alimentaire, l’inflation, la perte de leurs moyens de subsistance et des perturbations des services publics essentiels. Le Myanmar est en outre le pays comptant le plus grand nombre de victimes de mines terrestres et d’engins explosifs au monde.
La politique américaine aggrave la situation
“En dépit d’un sous-financement grave et d’autres difficultés, les partenaires humanitaires ont pu porter assistance à au moins 4,2 millions de personnes en 2024”, note l’OCHA.
En février 2025, la suspension inattendue de l'aide étrangère américaine par le gouvernement Trump a porté un coup dur aux efforts humanitaires et au mouvement pro-démocratie du Myanmar, affirme le journal britannique Times. Cette suspension a entraîné l'arrêt de services essentiels, notamment les soins médicaux dans les camps de réfugiés, la fermeture d'écoles dans les zones rebelles et la cessation de l'assistance aux militants. Les médias indépendants, essentiels pour contrer la propagande du régime, sont également touchés, compromettant davantage la résistance contre la junte. (cath.ch/aed/ag/arch/rz)
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
23/04/2026 - 19:00
Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir
La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir...
«À Haïti, il faut un dialogue social, également avec les gangs»
Une grande partie d’Haïti est sous l’emprise des gangs qui sèment le chaos. Jean-Claude François, responsable d’une ONG de développement sur place, estime que la solution doit passer par un dialogue social incluant les groupes armés.
Brigitte (prénom d’emprunt) ne voulait pas laisser sa maison de Port-au-Prince aux bandits. Pour avoir résisté à la “réquisition”, les membres du gang l’ont agressée physiquement, ce qui a provoqué une crise cardiaque et son décès. Jean-Claude François raconte ainsi comment sa sœur a été victime de la «guerre des gangs» qui ravage Haïti depuis de nombreuses années.
Chaos total
Ce comptable genevois a quitté le pays des Caraïbes en 1976. Il possède aujourd’hui une société fiduciaire dans la cité du bout du lac et dirige l’ONG Haïti-Cosmos. Il se rend habituellement deux fois par an dans son pays d’origine, pour deux périodes de deux mois chacune. Mais il n’a plus foulé le sol haïtien depuis l’été 2024. Ses séjours en 2025 ont dû être annulés à cause de l’arrêt des liaisons aériennes. «Des membres de gangs ont tiré sur des avions, et plus aucune compagnie ne veut prendre le risque d’atterrir à Port-au-Prince», explique le septuagénaire.
Il qualifie la situation sur place de «chaos total». Une septantaine de gangs font la loi dans la capitale et plus grande ville du pays. Ils font régner la terreur, volant, tuant, kidnappant, rackettant la population. La plupart des entreprises ont fermé et les gens ne peuvent plus travailler. L’État est inopérant, notamment parce que des bâtiments officiels sont occupés par les groupes armés. «Le seul secteur qui fonctionne encore est le fisc», sourit Jean-Claude François. Sans doute parce que les gangs ont avec eux un arrangement, imagine-t-il. Les gangs rackettent également les véhicules, ce qui augmente encore l’inflation et précarise d’autant plus une population déjà exsangue. “Sans l’aide de la diaspora, qui transfère beaucoup d’argent vers Haïti, les gens ne pourraient pas vivre.”
Des milliers de morts
L’Haïtien d’origine énumère le nombre effrayant des victimes de cette guerre civile qui ne dit pas son nom: 4500 personnes assassinées en 2023, 5600 en 2024, et déjà plus de 3000 de janvier à juin 2025. Parallèlement, des milliers de personnes ont été blessées et d’autres kidnappées. Cette dernière activité est l’une des principales sources de revenus des gangs. Alors que leur emprise était au départ limitée à Port-au-Prince, elle s’étend à présent au reste du pays. Les bandes armées ont récemment pris le contrôle de deux provinces adjacentes à celles de la capitale.
L’emprise du grand commerce
Comment en est-on arrivé là? La question est complexe. Jean-Claude François voit parmi les causes profondes la mainmise des milieux économiques sur le pays. À l’origine serait la privatisation des entreprises d’État qui a eu lieu après la présidence autoritaire de Jean-Claude Duvalier (1971-1986). Les sociétés jusque-là étatiques ont alors été rachetées par les grands commerçants locaux qui les ont fermées. Ils ont commencé à importer de l’étranger les produits auparavant fabriqués à Haïti, se partageant les monopoles et imposant les prix. Les élites de la bourgeoisie se sont alliées avec des politiciens et des groupes armés dans le but de préserver ce système qui les a enrichis.
"Haïti ne constitue pas un dossier prioritaire pour les grandes puissances"
Le président Jean-Bertrand Aristide, au pouvoir de façon sporadique entre 1990 et 2004, a été le premier à monter une milice chargée de veiller à sa sécurité, face aux nombreuses menaces dont il faisait l’objet. Mais cette démarche a provoqué une surenchère dans la création de groupes armés aux services de divers intérêts. Ces milices se sont souvent autonomisées, formant des bandes armées vivant d’activités illégales. L’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021 a accéléré le vide du pouvoir et le désordre. La pauvreté endémique fait que les gangs n’ont pas de difficultés à recruter, notamment au sein de la jeunesse désœuvrée.
Des activités de développement en danger
Des jeunes auxquels Haïti-Cosmos tente de donner des perspectives d’avenir, dans la région du Plateau central. L’ONG, financée par l’Association suisse des Amis de Sœur Emmanuelle (ASASE), basée à Genève, gère de nombreuses activités de développement avec 160 collaborateurs à Haïti. Une université, une école primaire, un laboratoire médicinal ou encore un dispensaire améliorent, depuis une vingtaine d’années, le quotidien des habitants de cette zone agricole et pauvre. Les écoles forment des ingénieurs, des agronomes, des infirmières ou encore des avocats. Beaucoup de ces jeunes parviennent à trouver du travail dans le pays et certains partent dans de grandes universités à l’étranger.
Extension des gangs
Mais la menace pèse, alors que les gangs commencent à sévir dans le Département du Centre, qui est également la région d’origine de Jean-Claude François. Pour l’instant, les gangs ne s’en sont pas pris aux biens d’Haïti-Cosmos. «Probablement que des membres de leurs familles profitent des activités de notre ONG», suppute Jean-Claude François. Des terres que possède le Genevois dans le Plateau central ont été accaparées par des bandits. Un état de fait contre lequel il est totalement impuissant. Car aucune force de police ou de justice n’est apte à faire régner l’ordre. Heureusement pour Jean-Claude François, ses activités humanitaires font qu’il est bien vu dans le pays, également par les gangs.
"Ce qu’il nous faut, ce n’est pas forcément beaucoup de gens, mais de bonnes idées!"
Mais le travail sur place est de plus en plus difficile. En juillet 2025, un groupe de réfugiés a pris d’assaut le collège géré par Haïti-Cosmos. Ils fuyaient un massacre perpétré par un gang dans la ville proche de Mirebalais. 150 personnes ont trouvé la mort dans le raid du gang. Les réfugiés ont occupé le collège une semaine jusqu’à ce que le maire local leur installe des tentes. Encore plus récemment, les 11 et 12 septembre derniers, cinquante personnes ont été exécutées à Labodrie, une ville proche du Département du Centre, parce que ses habitants étaient accusés d’être des “informateurs de la police”.
La fausse solution de l’intervention étrangère
Alors que la violence semble aller crescendo et que le pays s’enfonce dans l’abîme, aucune solution n’est à l’horizon. Bien sûr, certains évoquent une intervention extérieure, comme cela a souvent été le cas dans l’histoire d’Haïti. Des soldats kényans sont actuellement sur place. Mais la condition de leur venue était qu’ils n’aient pas à combattre. Ils ne font ainsi qu’assister le gouvernement dans la mise en place d’une force de coercition efficace. Ce qui n’a que peu d’effets. “Le Kenya ne veut pas se mouiller, et aucun pays ne le veut, alors que Haïti ne constitue pas un dossier prioritaire pour les grandes puissances”, estime Jean-Claude François. D’ailleurs, les habitants eux-mêmes ne veulent pas d’une intervention étrangère, du moment que les précédentes n’ont jamais rien apporté de positif.
L’un des problèmes est que le pays n’a pas réellement de direction, personne ne voulant occuper le très dangereux poste de président. Six d’entre eux ont déjà été assassinés. Actuellement, un groupe de neuf politiciens issus de divers partis ont formé un 'Conseil présidentiel de transition’. IIs se sont notamment donnés pour mission de convoquer de nouvelles élections dans les mois à venir. Une perspective qui a, selon le Genevois, peu de chance de se réaliser.
L’espoir est toujours là
L’Église catholique, qui a pu représenter un pouvoir dans le passé, n’est aujourd’hui plus respectée. Des prêtres et des religieuses sont assassinés ou enlevés. Les ecclésiastiques font tout de même ce qu’ils peuvent pour aider la population, mais les moyens sont ténus.
Jean-Claude François pensent que rien ne changera vraiment sans une refonte des structures du pays. “Il nous faut du travail, une vie décente pour tous, une vraie justice”. Pour le responsable d’ONG, le système favorisant uniquement le grand commerce doit être remplacé. “La situation est devenue si insupportable que tout le monde veut vraiment la changer”. Pour y arriver, il prône le dialogue entre toutes les parties. “Il faut se dire: oui, les types des gangs ont commis des crimes, mais ce n’est pas une raison pour ne pas s’asseoir avec eux. Je ne vois pas forcément le recours aux armes comme une solution.”
Le Genevois compte retourner le plus vite possible dans son pays d’origine, peut-être en passant par la République dominicaine, qui possède une frontière terrestre avec Haïti. Même si la situation semble inextricable, il assure que l’espoir existe toujours dans la population. “Après tout, Haïti a été la première nation à se libérer de l’esclavage (1804, ndlr). Un petit nombre de personnes déterminées ont réussi cela. Ce qu’il nous faut donc, ce n’est pas forcément beaucoup de gens, mais de bonnes idées!” (cath.ch/arch/rz)
20/04/2023
Jean Claude François et l’expérience communicative du don
Il est des événements qui influent sur toute une vie. Pour Jean Claude François, fondateur il y a 30 ans de Haïti Cosmos, une ONG de développement, ce furent une jeune enfance passée dans la rue et la conversion de sa belle-mère au christianisme qui lui permit de trouver un foyer stable. «J’ai eu fa...
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
23/04/2026 - 19:00
Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir
La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir...
Mgr Medhin: Au Tigré, "il faut employer ce terme de 'génocide'"
«Un massacre? Pire un génocide!» Mgr Tesfaselassie Medhin décrit le massacre d’un million de personnes, entre 2020 et 2022, en déplorant qu'on en ait peu parlé. L’évêque d’Adigrat est resté dans la région du Tigré, auprès des siens, durant la guerre qui a fait rage entre le pouvoir éthiopien et les combattants du Front de libération du peuple du Tigré (FLPT).
Luc Balbont, pour cath.ch
«Il ne faut pas hésiter à employer ce terme de génocide et dire la vérité au monde entier sans rien cacher de ce qui s’est passé, sinon cette effroyable tuerie recommencera demain», prévient Mgr Tesfaselassie Medhin, 73 ans, l’évêque éthiopien d’Adigrat, au Tigré, pour décrire ces deux années d’enfer.
«Un million* de morts en deux ans, et pas seulement des combattants mais un grand nombre d’innocents, des civils, des femmes et des enfants. Rendez-vous compte!» Si les radios, les chaînes de télévision, les colonnes des journaux et les réseaux sociaux s’étendent sur les guerres en Ukraine, à Gaza et plus récemment en Iran, ils ont peu informé sur cette guerre du Tigré.
Le Tigré, une province éthiopienne de l’extrême nord, frontalière avec l’Erythrée; une région frappée, dès le début du conflit d’un embargo total, décrété par le gouvernement d’Addis-Abeba, où les journalistes et les reporters étaient interdits d’entrer. Peu de traces et de témoignages donc, sauf ceux des locaux restés au pays, qui peinent et souffrent souvent à mettre des mots sur les drames qui ont bouleversé leur vie.
C’est au début du mois de novembre 2020 que débute le drame. Lorsque le FLPT lance une attaque contre une base de l’armée éthiopienne au Tigré. Le nouveau pouvoir éthiopien élu en 2018 réplique aussitôt, et lance une contre-offensive mortelle contre les hommes du FLPT.
«Une guerre qui a surpris les Tigréens. Beaucoup ne s’y attendaient pas», confie Mgr Tesfaselassie. Car même si les tensions entre Tigréens et le nouveau pouvoir d’Addis-Abeba se répétaient après l’élection de 2018 qui avait porté au Pouvoir Abiy Ahmed, les Tigréens n’imaginaient pas un final aussi tragique.
Les membres de l’ethnie Oromo, un des 85 groupes ethniques qui composent l’Ethiopie et qui avait dirigé le pays durant ces trente dernières années, reprochaient au nouveau Premier ministre de les avoir subitement marginalisés en leur enlevant une grande partie de leur pouvoir. Avant ce cataclysme qui allait secouer l’Ethiopie, le pays se portait plutôt bien: économiquement, socialement, culturellement. Une classe moyenne bourgeoise se formait. Le Premier ministre Abiy Ahmed, élu en 2018 venait de recevoir le prix Nobel de la paix en 2019. Nul n’aurait prédit alors une telle atrocité.
«J’ai souffert avec mon peuple durant toute la guerre»
Mgr Tesfaselassie est resté sur le terrain durant toute la guerre, «je ne me voyais pas abandonner les miens, fuir ce Tigré où je suis né. Pour moi, aider ma communauté à vivre, leur apporter une parole d’espérance était une décision personnelle capitale. C’était ma façon de résister. Tenter de guérir les âmes de la haine.»
"Dieu ne nous a pas créés pour nous entretuer mais pour construire»
L’évêque se souvient notamment d’un épisode douloureux, où l’armée érythréenne, le pays frontalier au nord du Tigré, allié de l’armée éthiopienne, l’avait chassé se son église d’Adigrat, et menacé de tuer les fidèles qui l’accompagnaient. «Nous avons eu très peur. C’était effrayant! Dieu ne nous a pas créés pour nous entretuer mais pour construire.»
Durant le conflit, Mgr Tesfaselassie et son équipe réconforte, écoute, héberge. Il fait face au découragement. «Si nos églises ont subi des dégâts énormes, évalués à 37 millions d’euros, les pertes humaines et les conséquences des atrocités ont provoqué un traumatisme humain qui persistera encore longtemps. Comment réagira un enfant en grandissant, qui aura vu ses parents assassinés?»
Des hommes tués devant leur famille
Un spectacle insoutenable. Des hommes torturés, tués devant leur famille. Un grand nombre de femmes avaient subi des violences sexuelles. Les assaillants, de deux côtés, se servant du viol collectif comme d’une arme de guerre. Par honte, beaucoup d’entre-elles ne voulaient même plus revenir dans leurs maisons, de peur d’être rejetées par leur famille, elles finissaient par vivre dans la rue. Les tentatives de suicide se sont multipliées. Des experts de l’ONU ont souligné à plusieurs reprises leur profonde inquiétude face à la violence sexuelle et sexiste généralisée.
Malgré l’accord de paix signé le 2 novembre 2022 à Pretoria, en Afrique du Sud, entre les combattants tigréens et le gouvernement, le climat reste aujourd’hui tendu dans la région. Une grande partie du diocèse de Mgr Medhin est toujours considérée comme zone à risque; et l’évêque ne peut pas encore intervenir dans certains quartiers dont il a pourtant la charge.
Il n’a pas vu certains prêtres de son diocèse depuis la fin du conflit en 2022. Beaucoup d’écoles sont toujours fermées, et les enfants privés d’enseignement. Des milliers de gens sont déplacés, n’ont plus de domicile, d’autres ne peuvent pas rentrer chez eux, d’autant que les routes sont peu sûres, semées de «coupeurs de route» (des bandes armées qui agressent les automobilistes en Afrique subsaharienne, pratiquant vols, viols, meurtres et prises d'otages).
Les privations alimentaires et la violence persistent.«Et dire qu’une grande partie de la planète ne sait rien de ce drame!», se désole l’évêque d’Adigrat.
Les catholiques, une infime minorité indispensable
Avec moins de 1% de fidèles sur les quelques 5 à 6 millions de Tigréens, la communauté catholique joue un rôle capital, au sortir de la guerre, pour la reconstruction de la région. Et si beaucoup d’associations ont quitté le Tigré par mesure de prudence, les prêtres catholiques sont restés malgré des conditions précaires pour se mettre au service de la population, et participer, souvent avec les moyens du bord à la reconstruction du Tigré.
Depuis la signature du cessez-le feu, le diocèse de Mgr Medhin a mis en place des initiatives d’accueil et de guérison pour les personnes mutilées et handicapées atteintes de traumatismes divers, en prenant notamment en compte la dimension spirituelle. «Car beaucoup de ces blessés, qui ont vécu des épisodes dont ils auront un mal fou à se remettre, les souffrances de Jésus, le Vendredi saint, et sa résurrection sont un exemple que nous citons souvent. En Ethiopie, l’Eglise catholique a beau être minoritaire, elle joue un rôle déterminant dans les projets sociaux.»
"Quand de gros problème surgissent, conclut Mgr Medhin, l’humanité doit toujours jouer le premier rôle. Les différences religieuses doivent s’effacer. Pour moi, c’est une leçon essentielle.» (cath.ch/lb/bh)
*Le site britannique du Financial Times avance le chiffre de 600’000 morts; Mgr Tesfaselassie Medhin maintient le sien de 1 million de morts, d’autant que, malgré le cessez-le-feu, des règlements de compte se poursuivent et continuent à faire des victimes.
Mgr Medhin et la communauté catholique en Ethiopie
Il dit lui-même qu’il n’a pas choisi sa confession. Il a suivi celle de son père qui était catholique. Né au Tigré en 1953, il a vécu dans une communauté où la foi se vivait au quotidien. «J’ai vu, dit-il, la pauvreté, les difficultés et la façon dont la foi aidait ceux qui m’entouraient, à surmonter les malheurs et les injustices.» Dieu lui avait-il déjà donné la force pour affronter la guerre entre 2020 et 2022.
La communauté catholique en Ethiopie représente entre 0,4% et 1%, suivant les régions, sur les 135 à 140 millions d’habitants que compte le pays. Largement dépassé en nombre par les orthodoxes (43,5%) les protestants (18,6%) et les musulmans (33,9%).
Les relations entre catholiques et orthodoxes n’ont pas toujours été faciles. Longtemps interdits en Ethiopie même si, dès 1840, ils possédaient des écoles et des petites communautés. Ce n’est qu’en 1961, suite à une réorganisation gouvernementale acceptant une proclamation de l’Union à Rome, que les catholiques ont finalement intégré officiellement l’Eglise éthiopienne.
Aujourd’hui, se réjouit Mgr Tesfaselassie Medhin, fort heureusement nos relations sont fraternelles, elles ne sont plus marquées par la méfiance et les rivalités …» Et les mariages interconfessionnels ne sont plus une exception. LB
15/06/2022
Guerre, sécheresse, pauvreté…l’Ethiopie en souffrance
Bien que les violences aient diminué au Tigré, au nord de l’Ethiopie, la situation humanitaire y est toujours extrêmement préoccupante.
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
23/04/2026 - 19:00
Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir
La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir...