«A certains moments, j’ai tellement l’impression d’étouffer dans l’atmosphère ‘catholique’, je sens si lourdement peser sur mon esprit le poids du corps ecclésiastique, que je me sens traversé par des désirs de révolte. La glorieuse joie de la révolte contre ce qui étouffe: il me semble que j’en fais de mon mieux le total sacrifice à N.S.1; mais c’est un sacrifice senti.»Le signature de cette douloureuse «confession» n’étonnera guère les «anciens», qu’ils soient prêtres, religieuses, religieux ou laïcs, voués au combat pour la justice, contre la faim, ou religieux confrontés aux multiples interpellations de la science, de l’athéisme ou dialogue œcuménique. J’ai nommé Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955), célébrité mondiale «étouffée» par la Curie romaine. De son vivant, il ne pourra rien publier de la spiritualité qui l’animait. Ces lignes sont adressées à son confesseur, le Père Auguste Valensin. Envoyées de Tientsin, en Chine, le 31 décembre 1926, elles sont empreintes malgré tout d’une indéfectible fidélité à l’Eglise, comme en témoigne, quelques lignes plus loin, ce souhait pathétique: «Oh! comme j’aimerais à avoir rencontré le saint Ignace ou le saint François d’assise dont notre âge a tant besoin. Suivre un homme de Dieu sur une voie libre et fraîche, poussé par la plénitude de la sève religieuse de son temps, quel rêve!»Aujourd’hui, je découvre le rêve d’A.V, qui m’écrit: «Je suis effroyablement en colère contre mon Eglise… Je ne lui pardonne pas ses rigidités et les souffrances qu’elle continue d’infliger à trop de monde… Je suis catholique romaine avec rage, colère et immense espérance. Le Vatican n’arrivera pas à m’enlever ma foi en un Jésus sauveur du monde.» Et que penser du constat de cette militante du MRJC (Mouvement Rural de Jeunesse Chrétienne/ France), après quatre ans de permanence dans son mouvement?: «J’ai passé des nuits à pleurer sur une Eglise bien trop centrée sur elle-même, se reposant sur des acquis, incapables de laisser la place à l’innovation, à la créativité des jeunes et à leurs envies».Qui nous laissera enfin retrouver Jésus sur nos chemins, au-delà des raideurs cléricales qui étouffent notre foi? Et le problème ne concerne pas la seule Eglise romaine. Le protestantisme est entré dans la tourmente. Qui donc invitera les chrétiens à la joie de la révolte?Albert Longchamp sj