Ce 6 septembre, avec nos Genevois, je jeûne. Etrange la ville qui se tait en pleine semaine, seule au milieu du monde, comme protégée par un voile de silence… Dans cette apparente quiétude, j’ouvre le journal. Par réflexe et une sorte de mystérieuse osmose avec les réalités humaines, la banalité quotidienne ou, trop souvent, la violence l’imprévisible intrusion de la mort dans la douleur et la beauté du monde. Ce matin, précisément, je découvre une photo tragique à la une d’un quotidien romand avec ce titre qui me renverse : «Embardée à Groley – Quatre jeunes tués». Plus loin, c’est le mystère de quatre personnes retrouvées assassinées près d’Annecy. Et puis encore cette chute de pierres qui fauche deux randonneurs en Valais en un lieu où personne ne pouvait prévoir le pire…Quand je lis ces pages, je ne peux pas m’éviter la question elle aussi fracassante: «Et Dieu dans tout ça?» Première réponse, bien sûr: Dieu n’existe pas. Mais – en dépit d’une forte tentation de jeter ma foi au panier – Dieu, si j’ose dire, s’accroche à mon cœur. Ce qui ne m’empêche pas de penser que l’expression du Credo: «Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant» est inadéquate, incompréhensible et incompatible avec la souffrance et la mort, à commencer par celles de Jésus lui-même. Pour nous permettre de croire en Dieu, nous avons besoin d’un Amour divin, d’un Dieu fragile mais d’une espérance solide, d’un Dieu non seulement créateur mais infiniment proche de nous par une tendresse qui soit sensible à notre détresse. La puissance est la compagne de la mort. Nous avons besoin d’un Dieu compatissant qui nous délivre de la peur et du désespoir. Je le dis avec la force du psaume 78: «Pourquoi laisser dire aux païens: ‘Où donc est leur Dieu?’… Ton bras est fort, Seigneur: épargne ceux qui doivent mourir… Alors sans fin nous pourrons te rendre grâce».Albert Longchamp