Le célèbre italien Eugenio Scalfari, ancien fondateur et directeur du quotidien La Republicca, rappelait au Cardinal Carlo Maria Martini, quelques semaines avant la mort de ce dernier (31 août 2012), certains des accords passés par la diplomatie vaticane avec des personnages aussi peu recommandables que Mussolini, Hitler, ou Franco et Pinochet. L’Histoire ne s’arrête pas.En 1976, c’est le putsch de Videla en Argentine. «Trente mille disparus, des dizaines de milliers de torturés, plus cent milles exilés, et la majorité des évêques se tait. Certains imposent le silence. Plusieurs font même l’apologie du régime». Ces lignes préfacent un «Cahier de l’Association internationale contre la torture – Section Suisse» dont je fus à l’époque le premier signataire avec le pasteur Alain Perrot et le journaliste Sylvain de Pury. Titre sans équivoque: «L’honneur perdu des évêques argentins». Il ne fut jamais réfuté : Mais j’ai ressenti des sueurs froides lorsque j’ai entendu le nom de Jorge Maria Bergoglio au soir du 13 mars 2013 « Mon Dieu, pourvu que… ! » Ma crainte remontait à l’époque de la junte, et du souvenir de cet évêque qui… peut-être…Heureusement, notre document ne le citait qu’une fois, dans une allusion difficile à interpréter aujourd’hui, lorsqu’il occupait la fonction de Provincial des Jésuites, où il ne fut pas toujours d’accord avec le Père Général Pedro Arrupe.
Des crimes impunis
D’autres drames, cependant, interrogent notre conscience. L’Eglise de Rome ne montre guère d’empressement à béatifier et canoniser Mgr Oscar Romero, assassiné le 23 mars 1980 en plein sermon dans la Basilique du Sacré-Cœur de San Salvador. Très proche de l’Opus Dei et réputé comme conservateur par la Curie Romaine, il avait été nommé évêque-auxiliaire de la capitale salvadorienne par Paul VI. Romero se sentir littéralement converti après l’assassinat d’un ami personnel, le Père jésuite Rutilio Grande, et deux compagnons, trois ans auparavant, presque jour pour jour. Dans les deux cas, les auteurs, probablement membres des trop célèbres «Escadrons de la mort», ne furent guère inquiétés et jamais condamnés. Quelques années plus tard, dans la nuit du 16 novembre 1989, trente militaires assassinaient à leurs domicile six jésuites de l’Université Centrale de San Salvador (UCA), ainsi que leur cuisinière et sa famille. Crime impuni.Tout lecteur de ces lignes pensera que ces martyrs sont dûment béatifiés ou canonisés « subito ». Erreur. Permettez-moi d’évoquer un événement survenu le 29 avril 2007, en l’église des Jésuites de Lucerne, devant une assistance d’un millier de personnes réunies pour une Messe à l’occasion des Vœux solennels d’un jeune jésuite. Comme il est d’usage dans chaque liturgie eucharistique, je fais mémoire de quelques saints et martyrs et, à la demande de mon confrère, je cite les noms de Romero, Grande, Ellacuria et les autres… Moins de 24 heures plus tard, je suis interpellé par des collègues journalistes, qui ont pris connaissance de ma « faute » dans des dépêches autrichiennes; je suis dénoncé à Rome, puis réprimandé par mon Supérieur général, le Père Kolvenbach, qui craignait une semonce du Pape Benoît XVI! Bref: un tsunami canonique!Une telle Eglise a besoin de retrouver le sens de l’Evangile. L’élection du Pape François me donne de l’espérance, mais je reste prudent. Parviendra-t-il à résister aux assauts des escadrons de la peur qui hantent la bureaucratie vaticane? Nous pourrons en reparler dans six mois, dans un an. Mais ne perdons pas notre temps. Il en va du sort de la Nouvelle Evangélisation, d’une véritable renaissance de l’Eglise de Jésus, Christ et Sauveur du Monde.Albert Longchamp