La fusillade de Toulouse nous laisse pantois, sans voix. L’horreur absolue. Et ce n’est point la première. Un «massacre» d’enfants n’est-il pas déjà mentionné dans l’Evangile selon Matthieu (2,16-18) Il n’a jamais été identifié. Peut-être parce qu’il se référait à plusieurs épisodes. Mais tout récemment, et peut-être encore aujourd’hui, on tue des enfants en Syrie. Sans trop nous émouvoir. Et tous ces petits qui meurent de malnutrition, ces mères qui manquent de tout pour les sauver? Nous sommes au courant. C’est tout. L’homme est terrible dans ses oublis.Et Dieu dans tout ça? Les théologiens ont l’art d’esquiver la réponse. Ils n’osent pas l’affronter. Et pour cause. Le mal, tant physique que moral, aussi bien personnel que collectif, est un scandale. Au sens propre: ce qui nous fait trébucher. Or Dieu, s’Il est ce que nous croyons, ne peut ni vouloir ni faire le mal. Sur ce point, tout le monde est d’accord. Mais il y a un «si», une condition, un obstacle infranchissable. Dieu ne se connaît que dans la foi. Nul ne l’a jamais vu. Ce que nous croyons peut être juste ou faux.«Je crois, mais c’est de nuit»: parole tellement émouvante et vraie de saint Jean de la Croix. Les vrais mystiques «perdent» la foi. Jésus lui-même s’est senti «abandonné» par le Père. Mère Teresa a été plongée pendant quarante ans dans les «ténèbres intérieures», elle s’est sentie délaissée et même rejetée par Celui qui comptait le plus dans sa vie. Elle avouait un jour: «Si jamais je deviens sainte – je serai certainement une sainte des ‘ténèbres’.»La foi peut aussi se dévitaliser, devenir un simple «système d’assurance contre l’inconnu», déplorait le Père Pierre Ganne, en ajoutant dans son style inimitable: «L’athéisme contemporain est une injonction magistrale à purifier notre foi, à ne pas confondre dépôt révélé et dépotoir»(1).
Il nous reste le courage de l’espérance. Puissions-nous le partager aussi avec les parents qui pleurent leurs enfants et leurs proches morts à Sierre, la semaine dernière. Notre douloureux silence ne peut pas laisser notre Père insensible. La révolte nous menace. Préservons notre foi dans le silence…
Albert Longchamp
(1) Cf. Pierre Ganne, «l’Alliance», Le Centurion, 1986, p. 46.