Verdict sans appel, les «sans religions» représentent désormais un cinquième de la population résidente de notre pays. Dire «Dieu» ne s’impose plus. Il ne va pas de soi. Il se mérite. Les Eglises ont perdu leur statut d’institutions dotées du pouvoir de «contraindre» la société civile. Les chiffres issus d’un échantillon comptant au moins 200'000 personnes, sont éloquents. Grâce au recensement fédéral, nous le savons de source irréfutable: à fin 2010, le pourcentage des personnes sans appartenance religieuse avait diminué de 3,7%. Par rapport à l’an 2000. Le cap des 20,1% de «sans religions» est franchi. Il fera date.Les grincheux vont accuser les Eglises ou une époque en pleine décadence morale. Peine perdue. Un «prophète» de notre époque, Frère Roger, de Taizé, avait déjà perçu le mouvement en 1965 (donc avant les bouleversements de 1968), dans un ouvrage justement intitulé «La dynamique du provisoire». Oui, le contact est rompu entre les attentes d’une société plurielle et l’autorité religieuse. Et le fossé se creuse. Exemples: ces jeunes qui jouissent avec ravissement des vacances de Pâques sans savoir ce que le mot signifie, ou du «pont de l’Ascension»… en croyant qu’il s’agit d’une course particulièrement difficile! Nous devons réapprendre à nous parler. Et non pas condamner. Les Eglises sont sommées de redonner confiance aux fidèles. Pour cela, elles ont besoin d’une humilité qui, aujourd’hui, leur fait défaut. Il ne suffit pas de décompter les fidèles. Il importe d’abord de les aimer. Tels qu’ils sont.Albert Longchamp