Jésus est en route pour Jérusalem. Il sait que ce chemin le conduit à la mort. On l’attend là-bas, dans la ville où l’on tue les prophètes, pour l’arrêter, le juger et, finalement, le condamner à mourir.
Jésus avance résolument évoquant, avec gravité, le profil du disciple. Pourtant, nous dit l’Évangile, de grandes foules faisaient route avec lui. Un peu comme des disciples, ces foules le suivent et l’écoutent, fascinées qu’elles sont, par Sa Parole de liberté. «Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple.»
Les propos de Jésus pourraient nous choquer et nous sembler inaccessibles si nous ne percevions pas d’abord, dans cette radicalité vertigineuse, sa propre trajectoire comme Messie, totalement surprenante, qu’il aura à accomplir pour aller jusqu’au bout de sa mission. C’est de lui dont il s’agit. Lui qui a tout quitté et qui, en nous préférant à lui-même, nous donnera pleinement sa vie dans un amour sans conditions.
Ainsi, les deux petites paraboles que Jésus adresse à celles et à ceux qui chercheront à le suivre mettent en lumière le chemin proposé pour tenter de devenir, nous aussi, disciples de ce Maître. Un jour ou l’autre, nous nous sommes tous assis pour discerner, évaluer, jauger peut-être avant de prendre un engagement véritable. Tenez, les fiancés par exemple, un changement professionnel, un appel à vivre un engagement humanitaire, ecclésial, social…
"Suivre Jésus, comme disciple, ne nécessite aucun calcul. Le suivre, c’est se savoir trouvé par l’Infini de sa grâce."
Nous avons toutes et tous vécu ce temps de réflexion nécessaire avant la décision finale. Et puis, il y a eu le déclic, indéfinissable, qui ne s’appuie ni sur un raisonnement, ni sur une logique toute faite, ni sur une analyse approfondie de la situation, mais tout simplement une sorte de souffle intérieur qui nous fait renoncer à nous adosser exclusivement sur nos propres forces.
Demandez à de vieux mariés ce qu’ils savaient l’un de l’autre au moment de leurs épousailles. Ou à un prêtre ce qu’il savait au moment de son ordination. Ni les époux, ni le prêtre ne savaient grand-chose d’eux-mêmes et du nouveau conjoint. Ils ont découvert, dans leur histoire d’amour, cette part invisible, agissante qui suscite la confiance leur donnant de croire en l’autre et en eux-mêmes pour aller le plus loin dans la liberté du don de soi.
Suivre Jésus, comme disciple, ne nécessite aucun calcul. Le suivre, c’est se savoir trouvé par l’Infini de sa grâce. C’est oser s’en remettre tels que nous sommes à Sa fidèle tendresse. D’ailleurs, nous le savons: c’est lui qui porte notre croix. C’est lui encore qui nous espère et nous tient debout dans sa miséricorde. Seulement, pour suivre ce Maître-là jusqu’au bout, il n’y a qu’un risque à prendre. Celui de tout quitter, même jusqu’à l’idée de ne compter que sur nous-mêmes, car le Christ est notre unique force.
Bernard Miserez | Vendredi 2 septembre 2022
Lc 14, 25-33
En ce temps-là,
de grandes foules faisaient route avec Jésus ;
il se retourna et leur dit :
« Si quelqu’un vient à moi
sans me préférer à son père, sa mère, sa femme,
ses enfants, ses frères et sœurs,
et même à sa propre vie,
il ne peut pas être mon disciple.
Celui qui ne porte pas sa croix
pour marcher à ma suite
ne peut pas être mon disciple.
Quel est celui d’entre vous
qui, voulant bâtir une tour,
ne commence par s’asseoir
pour calculer la dépense
et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ?
Car, si jamais il pose les fondations et n’est pas capable d’achever,
tous ceux qui le verront vont se moquer de lui :
‘Voilà un homme qui a commencé à bâtir
et n’a pas été capable d’achever !’
Et quel est le roi
qui, partant en guerre contre un autre roi,
ne commence par s’asseoir
pour voir s’il peut, avec dix mille hommes,
affronter l’autre qui marche contre lui avec vingt mille ?
S’il ne le peut pas,
il envoie, pendant que l’autre est encore loin,
une délégation pour demander les conditions de paix.
Ainsi donc, celui d’entre vous qui ne renonce pas
à tout ce qui lui appartient
ne peut pas être mon disciple. »