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  • Dieu a élevé puis exalté son Fils, afin que
    Dieu a élevé puis exalté son Fils, afin que "tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle" - Flickr/Lawrence OP/CC BY-NC-ND 2.0

    Évangile du dimanche Evangile de dimanche: Que nous veux-tu Jésus?

    «Que nous veux-tu…?» ou plus littéralement«Quoi entre nous et toi, Jésus de Nazareth?»A qui donc appartient cette voix singulière qui parle en «nous»? A l’homme ou à l’esprit impur? Comme si l’un et l’autre agglutinés ne formaient plus qu’un, tout en n’étant personne.

    Voilà bien le tragique de cet homme, dépossédé de lui-même, habité par une voix qui s’exprime en son nom, sort de sa bouche et pourtant n’est pas la sienne. Etrange parole qui sait si bien: «tu es le Saint de Dieu» et qui comprend si mal: «tu es venu pour nous perdre.»

    L’homme à l’esprit impur n’erre pas dans les taudis, il pratique à la synagogue comme il faut, le jour du sabbat. Il connaît ses prières, mais la pluie de la Parole n’entre pas dans ce cœur obstrué par les ronces. Un perroquet dirait le pape François. Une parole hostile vocifère en lui, à moitié juste, complètement fausse, comme toutes ces sentences à l’emporte-pièce qui détruisent, dénaturent, confisquent jusqu'à la pensée de Dieu. «Tu es venu pour nous perdre» est l’antonyme parfait du prénom de Jésus «celui qui vient pour nous sauver.»

    "Etrange parole qui sait si bien: 'tu es le Saint de Dieu' et qui comprend si mal: 'tu es venu pour nous perdre.'"

    Voilà donc l’impur qui pervertit les mots, leur donne un sens à rebrousse-poil, interdit la pensée ou l’impose, ce qui revient au même. L’esprit impur n’a pas de nom. Il braille en «nous», crie plus fort que les autres, s’installe en eux, les manipule, leur dit quoi dire ou parle pour eux. Une même langue, des mêmes mots, lobotomisation, Babel! Malheur au prophète qui parle au nom des autres, prévenait déjà Moïse!

    Et voilà que Jésus entre à Capharnaüm, ce melting-pot culturel et religieux où les langues s’entremêlent: l’araméen du peuple, le grec de l’administration, le latin des soldats, sans compter les innombrables dialectes des colporteurs de passage. Capharnaüm n’a d’autre choix que de cultiver la tolérance pour survivre.

    Les lois religieuses de stricte séparation entre le juif et les autres pour maintenir la pureté, comme dans les beaux quartiers du Temple, s’avèrent ici impraticables. Tous se mêlent et se côtoient: chalands, manants, voyageurs, indigènes, sages et révolutionnaires, zélés ou nonchalants. Des rôles ailleurs si bien définis, se nuancent dans cette cité frontière: des militaires, fidèles à l’ennemi romain, sympathisent et contribuent aux frais de la synagogue, des juifs honnêtes collaborent et perçoivent les impôts impériaux, des étrangers prient comme les juifs…

    Il y a même des prostituées et des publicains qui précèdent des BCBG dans le royaume nouveau. Capharnaüm regorge d’inclassables. Elle est impétueuse comme les eaux de son lac, imprévisible et parfois dangereuse, mais la vie y surabonde.

    "Ne cherchez pas de diablotins à l’intérieur de cet homme tourmenté, le mal qui le ronge traduit seulement son incapacité à s’ouvrir."

    Est- ce par hasard si Jésus adopte comme lieu de résidence cet échantillon si riche d’humanité? Capharnaüm chante les mêmes refrains que le monde d’aujourd'hui: tout semble possible. Les repères si confortables éclatent en lambeaux. Pas étonnant dès lors que certains s’arriment aux acquis.

    La synagogue a ceci de rassurant qu’elle sait ce que chacun doit faire et ne pas faire, dire et ne pas dire, penser et ne pas penser. Paroles en forme de coussin qui permettent de dormir et de haïr tranquille. Ne cherchez pas de diablotins à l’intérieur de cet homme tourmenté, le mal qui le ronge traduit seulement son incapacité à s’ouvrir.

    «Que me veux-tu Jésus?»

    L’évangile commence par là. Une parole qui vient rendre l’homme à lui-même en le menant ailleurs. Une parole d’autorité. Marc insiste sur ce mot. Au sens étymologique: Jésus appelle à grandir, à s’élever, à croître, à augmenter la vie. Une parole d’autorité. Au sens du grec «exousia»: ce qui pousse dehors, ce qui mène plus loin. Comme ces disciples partis à sa suite dans l’incertitude confiante d’un lendemain à inventer.

    Didier Berret | Vendredi 29 janvier 2021

    Mc 1, 21-28

    Jésus et ses disciples entrèrent à Capharnaüm.
    Aussitôt, le jour du sabbat,
    il se rendit à la synagogue, et là, il enseignait.
    On était frappé par son enseignement,
    car il enseignait en homme qui a autorité,
    et non pas comme les scribes.
    Or, il y avait dans leur synagogue
    un homme tourmenté par un esprit impur,
    qui se mit à crier :
    « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ?
    Es-tu venu pour nous perdre ?
    Je sais qui tu es :
    tu es le Saint de Dieu. »
    Jésus l’interpella vivement :
    « Tais-toi ! Sors de cet homme. »
    L’esprit impur le fit entrer en convulsions,
    puis, poussant un grand cri, sortit de lui.
    Ils furent tous frappés de stupeur
    et se demandaient entre eux :
    « Qu’est-ce que cela veut dire ?
    Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité !
    Il commande même aux esprits impurs,
    et ils lui obéissent. »
    Sa renommée se répandit aussitôt partout,
    dans toute la région de la Galilée.

     « Mes brebis écoutent ma voix ;
moi, je les connais,
et elles me suivent.

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