Sommes-nous conscients que le Dieu en lequel nous croyons est un Dieu
vivant, mieux, un Dieu qui donne la vie et qui fait vivre? Ne sommes-nous pas
tentés quelquefois de réclamer la vie au lieu de l’accueillir? Celle que nous
réclamons alors est celle dont nous rêvons, une vie sans souffrance, épanouie où
tout se déroulerait selon nos plans les plus secrets, sans dépendance de
quiconque.
Laissons-nous désarçonner par Jésus lorsqu’il répond à certains Juifs
nommés Sadducéens qui, réfractaires à l’idée d’une vie après la mort, lui
tendent un piège: une femme, devenue veuve à sept reprises et qui, à chaque
fois, se remarie, comme le demande la Loi, pour assurer une descendance, et
cela sans succès, «de quel mari sera-t-elle la femme, à la résurrection?»
demandent-ils à Jésus.
“Ne sommes-nous pas tentés quelquefois de réclamer la vie au lieu de
l’accueillir?“
Jésus n’entre pas dans une discussion sur le mariage et ne cherche pas à
exalter un célibat qui garantirait la vie éternelle. Il prend le contrepied en
partant de la résurrection. La vie n’est pas une question de Loi, à savoir si
on a été légitimement marié ou non, combien de fois et à qui. La vie est le
bien le plus précieux donné par Dieu à tout homme.
La vie biologique d’abord: celle qui nous vient de la puissance de la
création, cette vie qui se fraye toujours un chemin, souvent inattendu, cette
vie que nous cherchons à prolonger par toutes sortes de moyens, y compris
parfois les plus inhumains, cette vie que nous croyons maîtriser par de
savantes manipulations, ou que nous refusons tant elle peut être éprouvante.
Pourtant, c’est cette vie qui est vie pour l’éternité. Elle n’est pas
une question de mérite ou de vertu; elle ne résulte pas de la comptabilité
familiale tenue par les Sadducéens. Dieu donne la vie à chacun. Chacun a du
prix aux yeux de Dieu indépendamment des relations que l’individu a, de ce
qu’il fait ou qu’il ne fait pas. Moïse a été saisi devant le buisson ardent par
la transcendance du Dieu trois fois saint qui donne vie et sens à la vie.
“Jésus ne nous invite pas à devenir des anges et à nous déconnecter du réel pour nous réfugier dans une spiritualité du tout positif.“
Jésus affirme que cette vie donnée par Dieu le Vivant ne passera pas car
elle fait de nous des fils de Dieu. Il nous appelle à une vie sans fin. Etre
enfant de Dieu, ce n’est pas pour autant échapper à la mort biologique, ce
n’est pas davantage devenir un ange, car comme l’a admirablement formulé le
philosophe Pascal: «L’homme n’est ni ange ni
bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête.»
Jésus ne nous invite pas à devenir des anges et à nous déconnecter du
réel pour nous réfugier dans une spiritualité du tout positif, de la douceur
sans saveur, du bonheur garanti. Il nous appelle à accepter notre condition
humaine et à la vivre pleinement, autrement dit, à vivre sous le regard de Dieu
en sachant que nous sommes aimés de lui et en essayant d’aimer comme lui. Tel
est le véritable défi qui ouvre les portes de la vie, ici-bas et éternellement.
Chantal Reynier | Vendredi 8 novembre 2019
Lc 20, 27-38
En ce temps-là,
quelques sadducéens
– ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection –
s’approchèrent de Jésus
et l’interrogèrent :
« Maître, Moïse nous a prescrit :
Si un homme a un frère qui meurt
en laissant une épouse mais pas d’enfant,
il doit épouser la veuve
pour susciter une descendance à son frère.
Or, il y avait sept frères :
le premier se maria et mourut sans enfant ;
de même le deuxième,
puis le troisième épousèrent la veuve,
et ainsi tous les sept :
ils moururent sans laisser d’enfants.
Finalement la femme mourut aussi.
Eh bien, à la résurrection,
cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse,
puisque les sept l’ont eue pour épouse ? »
Jésus leur répondit :
« Les enfants de ce monde prennent femme et mari.
Mais ceux qui ont été jugés dignes
d’avoir part au monde à venir
et à la résurrection d’entre les morts
ne prennent ni femme ni mari,
car ils ne peuvent plus mourir :
ils sont semblables aux anges,
ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection.
Que les morts ressuscitent,
Moïse lui-même le fait comprendre
dans le récit du buisson ardent,
quand il appelle le Seigneur
le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob.
Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants.
Tous, en effet, vivent pour lui. »