Dieu est tout-puissant? Bizarre. «Il a donc créé l’athéisme? Et la souffrance?» Ce genre de provocation vous tombe dessus sans crier gare.«Monsieur l’abbé, pourquoi Dieu il a tué mon papa?» Au travail, Messieurs les théologiens, les prêtres, les docteurs de la Loi, qui avez réponse à tout. Moi, je m’écroule.Dire qu’on vient de me traiter de «terroriste pastoral». Faut le faire! Je suis terrassé par «l’absence» de Dieu. C’est à peine si j’ose prononcer son nom devant des femmes et des hommes auxquels le «bon Dieu», par exemple, a «volé» la vie de leur enfant. Citons un fait précis et récent, découvert dans un quotidien du matin. Une mère raconte: un jeune chauffard, pris d’alcool, a fauché la vie de son fils de 24 ans sur l’autoroute le 16 novembre dernier. Comme chaque matin, elle avait demandé à Dieu de protéger ce fils unique. Aujourd’hui elle avoue: «Je suis révoltée contre Dieu. Pourquoi a-t-il permis cela?» Qui osera dire à cette maman: «Ne vous inquiétez pas, votre fils est au Ciel»?Le problème de Dieu, c’est qu’Il est fragile devant notre souffrance. Michel Bavaud, à 80 ans, vient de le congédier. Son livre, «Dieu, ce beau mirage», est le témoignage d’un croyant fervent qui s’est senti peu à peu trahi par l’Eglise, son langage, son dogmatisme. En fait, avoue-t-il, «j’ai voulu innocenter le Dieu que j’ai aimé». Un Dieu qu’il ne trouve plus. Cet «athéisme» tardif est peut-être la plus sincère des prières. Merci Michel, pour celles et ceux qui cachent dans les larmes la douleur de perdre et la joie de vivre et la foi qui la portait.
Albert Longchamp
Michel Bavaud, Dieu, ce beau mirage, Ed. de l'Aire, 2011. ISBN: 9782940478132