Il porte un nom polonais, donc imprononçable: Wresinski, mais un magnifique prénom biblique, Joseph. Je ne connais pas de saint plus insupportable que lui. L’ayant découvert en 1960 à Noisy-le-Grand, avec quelques copains de collège, nous avons souffert de ses colères. Helvètes, nous étions forcément des privilégiés, des gamins gavés, des enfants gâtés. Alors que lui, dès l’âge de 5 ans, pour obtenir un bol de lait le matin, devait servir la messe à l’aube dans un couvent de religieuses pas tellement «bonnes» sœurs, nous ignorions «forcément» la pauvreté humiliée. Venus de familles ouvrières, la vérité était différente, mais impossible de contredire «Jojo»!Qu’importe d’ailleurs. Le Père Joseph, devenu apôtre du Quart-Monde, emportait notre adolescence dans sa passion. Je l’entends me dicter ses ordres, dès notre première rencontre: «Albert, demain tu seras à La Campa, ça te fera les pieds»! La Campa était un immense bidonville près de Saint-Denis. Insalubre, violent, sans eau courante ni électricité, l’un des lieux les plus sinistres d’Ile-de-France. Dure école. Mais impossible de résister aux combats du Père Joseph, qui ont rendu leur dignité aux exclus de la société. Inflexible dans ses colères, inlassable dans la lutte contre l’injustice sociale, le personnage était incommode comme tous les prophètes ! Mais pour moi, c’est clair, il est «Saint Joseph de La Campa, patron des indignés».
Albert Longchamp
A voir le soir du 18 octobre, France 3, le téléfilm Joseph l’Insoumis, un film de fiction situé au début des années 1960. Dans le rôle du Père Joseph, le comédien Jacques Weber, très convaincant!