Prédication du 15 mars 2026
Bannière Prix média catholiques du 12/03
Homélie du 8 mars 2026 (Jn 4, 5-42)
Abbé Daniel Agbeti – église Saint-Laurent, Villaraboud, FR
Chers frères et sœurs,
Chers auditeurs et auditrices de la RTS,
Notre méditation, en ce troisième dimanche de Carême, nous conduit au cœur d’une des rencontres les plus profondes de l’Évangile : celle de Jésus avec la Samaritaine, au bord du puits, lieu symbolique de la rencontre entre Dieu et l’homme. C’est là que Jésus rencontre la Samaritaine et révèle le mystère d’un Dieu qui vient chercher l’humanité.
Lorsque la femme arrive, Jésus est déjà présent. Ce détail nous rappelle une vérité essentielle de la vie spirituelle : Dieu prend toujours l’initiative de la rencontre. Avant même que nous le cherchions, il nous cherche. Avant que nous l’invoquions, il est déjà présent. Toute rencontre avec Dieu commence par cette initiative silencieuse de sa grâce. Son amour précède notre prière et accompagne notre histoire.
Dieu choisit de se révéler dans le quotidien le plus ordinaire
La Samaritaine vient simplement puiser de l’eau, comme chaque jour. Mais c’est dans le quotidien le plus ordinaire que Dieu choisit souvent de se révéler. L’Évangile nous enseigne que la rencontre avec Dieu n’est pas réservée aux moments exceptionnels de la vie.
Lorsque Jésus dit : « Donne-moi à boire », sa parole dépasse la soif physique. Elle révèle le désir de Dieu de rejoindre l’homme dans sa fragilité et dans son histoire.
Peu à peu, Jésus conduit la Samaritaine vers l’« eau vive », symbole de la vie divine et du don de l’Esprit Saint. Le cœur humain porte des désirs profonds que les réalités matérielles ne peuvent pleinement combler, car il est fait pour l’infini de Dieu.
Dieu est celui qui donne et celui qui est donné
Le sommet du dialogue se trouve dans cette parole : « Si tu savais le don de Dieu… » Le don de Dieu n’est pas d’abord une chose, mais une personne : le Christ lui-même, qui se donne à l’humanité pour nous conduire à la communion avec lui. En lui, Dieu est à la fois celui qui donne et celui qui est donné : le Don et le Donateur.
La rencontre transforme la Samaritaine. Elle découvre qu’elle est connue et aimée sans condition. Elle laisse alors sa cruche : elle était venue chercher de l’eau, et elle repart ayant trouvé une source plus profonde. La rencontre authentique avec le Christ libère le cœur et oriente la vie vers l’essentiel.
Ce témoignage de la samaritaine prend aujourd’hui une résonance particulière avec la Journée internationale des droits des femmes. L’Évangile nous rappelle que la dignité de chaque femme et de chaque homme trouve son fondement dans le regard du Christ, qui appelle chacun à la liberté, à la vérité et à la mission.
Un coeur qui désire la présence de Dieu
Frères et sœurs, en ce temps de Carême, posons-nous cette question : de quoi notre cœur a-t-il vraiment soif ? Nous avons soif d’amour, de paix et de sens… Cette soif n’est pas un vide à supprimer, mais l’espace intérieur où Dieu veut se révéler.
Dieu n’attend pas un homme parfait ; il attend un cœur qui désire sa présence. Puissions-nous rencontrer le Christ au puits de notre vie quotidienne, afin que jaillisse en nous l’eau vive de son Esprit. Car la plus belle vérité de notre foi demeure celle-ci : Dieu a soif que nous ayons soif de lui. Amen.
3e Dimanche de Carême
Lectures bibliques : Exode 17, 3-7 ; Psaume 94 ; Romains 5, 1-8 ; Jean 4, 5-42
Assemblée générale 2026 de Cath-Info
L’assemblée aura lieu mardi 5 mai à 16h00 à Lausanne
Dans les locaux de Cath-Info, rue de Genève 88bis, 3e étage
Voici les documents disponibles en lien avec l’assemblée :
- Rapport annuel de Cath-Info 2025 (pas encore disponible)
- Comptes 2025 (pas encore disponible)
- Bilan 2025 (pas encore disponible)
- Annexe 1 : cath.ch
- Annexe 2 : Messes Radio & TV
- Annexe 3 : Hautes Fréquences
- Annexe 4 : Babel
- Annexe 5 : Chronique de RTSreligion
- Annexe 6 : RTSreligion Digital
- Procès-verbal de l’assemblée 2026 (pas encore disponible)
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Homélie du 1er mars 2026 (Mt 17, 1-9)
Abbé Valentin Roduit – Eglise Saint-Didier, Collombey, VS
Nous voici sur la montagne avec Jésus. Un temps à l’écart, comme le carême qui nous invite à prendre du recul.
Et cela pour nous préparer à quelque chose. Quitter le connu ; pour aller vers là où Dieu nous indique.
Quitter sa parenté ; pour devenir une bénédiction pour toutes les familles de la terre. Telle était l’invitation que Dieu adresse à Abraham et à nous tous, croyants à sa suite. Nous mettre en route avec le Seigneur, c’est renoncer, pour devenir une bénédiction.
En ce dimanche des malades, l’Écriture nous parle de ce renoncement de la souffrance.
« Prends ta part des souffrances à l’annonce de l’Évangile » disait Paul à Timothée,
parce que Dieu a un projet : le salut.
Pas facile d’annoncer l’Évangile, surtout quand on risque de donner un contre-témoignage.
Et pourtant, cette parole nous met véritablement en route à la suite du Seigneur,
pour devenir une bénédiction.
La vie chrétienne est un rayonnement, une bénédiction pour ceux qui nous entourent.
La question de ce dimanche des malades est : Est-ce possible de le vivre même dans la souffrance ?
Spécialement dans la souffrance, nous dit saint Paul. Nos souffrances sont vaines si elles ne sont pas offertes.
Nos souffrances sont nocives si elles nous rendent aigri. Nos souffrances sont salutaires si elles nous relient à celui qui a souffert pour nous, à ceux qui souffrent autour de nous, et à l’essentiel en nous : la souffrance d’être éloigné de Dieu. Oui, nous avons besoin d’un SAUVEUR.
« La grâce de Dieu est devenue visible en Jésus-Christ »
« La grâce de Dieu est devenue visible en Jésus-Christ » disait Paul. Le Christ s’est incarné, la foi est concrète.
Elle se vit dans une relation, avec un modèle, Jésus vrai Dieu & vrai homme. Et c’est ce que Jésus montre dans la Transfiguration.
« Brillant comme le soleil, blanc comme la lumière. » Homme véritable dans lequel rayonne la divinité.
La Loi ancienne et les prophètes sont convoquées pour le désigner comme le Sauveur.
Moïse et Elie, ces 2 montagnards spécialistes de la présence de Dieu indiquent qu’Il est là.
Aujourd’hui, le cœur nous le crie, l’intelligence nous le répète en entendant sa parole : c’est Lui, le Sauveur.
N’en attendons pas un autre, tournons-nous vers Jésus-Christ.
En ce début du carême, nous sommes allés au désert avec Jésus. Restons avec Lui aujourd’hui.
La réaction de Pierre est spontanée : on est bien avec Jésus, restons ici, dressons 3 tentes.
Mais Jésus est encore plus concret que son apôtre : il s’approche des trois apôtres privilégiés, les touche et leur dit :
« Relevez-vous et soyez sans crainte. »
Le carême, condensé de vie chrétienne, c’est :
- reconnaître son humilité des cendres au vendredi saint,
- se laisser toucher par Jésus
- persévérer dans la confiance, sans crainte,
- et se relever à chaque pas, jusqu’au relèvement de la nuit de Pâques.
Jésus l’annonce aux trois disciples pour les fortifier avant l’épreuve :
« Relevez-vous… mais ne parlez pas avant que le Fils de l’homme soit relevé (ἐγείρω) d’entre les morts. »
La Résurrection se vit déjà ce jour pour eux.
C’est bien le motif de cette révélation lumineuse de la Transfiguration : affermir les Apôtres.
Jésus révèle sa divinité pour les affermir dans les souffrances présentes et à venir.
Et pourtant, on peut légitimement se demander : Est-ce que ça a marché ?
Les trois Apôtres ont-ils effectivement été affermis avant la Passion ?
Non, ils s’enfuiront tous au moment de l’arrestation de Jésus. Ils n’ont pas compris, ou pas la force.
Et pourtant, Dieu est toujours ainsi avec nous : même quand nous sommes faibles, il propose sans cesse son amour.
Même quand il y a un goût d’échec, Dieu sème, largement. Comme dans la parabole du semeur : il est fou ce semeur qui sème dans les ronces, qui sème au bord du chemin…
C’est la générosité de Dieu, qui donne sa Parole et son Amour à répétition. Parfois nous ne comprenons pas à la première fois ; parfois pas à la deuxième…
C’est bien pour ça qu’il y a un carême chaque année. L’occasion chaque année de repartir au combat.
C’est pour ça que Dieu invite à prier chaque jour, à aller à la messe chaque dimanche : il multiplie les occasions pour donner son amour, qu’enfin nous puissions en rayonner.
Un appel au rayonnement
La transfiguration, c’est un appel au rayonnement, même lorsque nous quittons le connu, même dans la souffrance.
Un beau modèle de cela est la bienheureuse Chiara Luce. Chiara Badano, qui a reçu ce nom de « Luce » parce qu’elle rayonnait tellement, depuis son lit d’hôpital. Imaginons bien, elle pourrait être votre fille ou petit-fille. 17 ans, clouée au lit par un cancer des os, elle a su garder un sourire et une joie hors norme, alors qu’elle savait qu’elle allait mourir. Les membres des Focolaris venaient la voir pour recevoir de l’énergie.
Ses derniers mots à sa maman : « Maman, au revoir. Sois heureuse, parce que moi je le suis » (Angélus Benoît XVI, 26.09.2010).
Elle est restée préoccupée du bonheur des autres jusqu’au bout. Décédée à 18 ans, l’Église l’a déclarée bienheureuse. Comme de nombreux autres saints, elle indique la source de la joie véritable. Celui qui peut combler notre cœur de l’amour, même au cœur de la souffrance. Celui qui rayonne et nous fait rayonner.
« Seigneur, ton amour soit sur nous, comme notre espoir est en toi »
Seigneur, en ce carême tu nous invites sur la montagne,
à renoncer pour devenir une bénédiction.
Tu nous révèles sans cesse ton amour, tu nous relèves.
Seigneur, que ton amour soit sur nous, nous mettons notre espoir en Toi. Amen.
2e dimanche de Carême
Lectures bibliques : Gn 12, 1-4a ; Ps 32 ; 2 Tm 1, 8b-10 ; Mt 17, 1-9 (Transfiguration)
Appel décisif de 27 catéchumènes à Porrentruy
Homélie du 22 février 2026 (Mt 4, 1-11)
Abbé Simon Liot de Nortbécourt – Eglise Saint-Didier, Collombey, VS
Frères et sœurs,
À travers l’épisode des tentations au désert, l’évangéliste Matthieu nous donne de contempler comme en résumé le mystère de Jésus – son être et son agir – mais à travers un miroir déformant. Cela signifie, d’une part, que les trois tentations nous disent indirectement qui est Jésus et quel est le sens de sa mission, et que, d’autre part, elles nous interrogent sur notre propre manière d’approcher Jésus : ou bien à la manière du tentateur (c’est la compréhension démoniaque du Christ et de son Corps qu’est l’Église), ou bien à la manière des saints anges (c’est le service du Christ et de son Église). « Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient. »
Jésus est celui qui transforme notre coeur de pierre en coeur de chair
D’une certaine façon, les trois tentations nous disent qui est Jésus. Cette révélation est particulièrement frappante si nous mettons en connexion ce passage avec d’autres textes de l’évangile selon saint Matthieu qui lui font écho.
1) « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » C’est la compréhension démoniaque de la toute-puissance de Dieu, qui n’est plus associée ni à sa sagesse ni à sa bonté. Elle caricature Dieu qui crée librement et par amour en un despote jouant arbitrairement avec la nature des choses. Pourtant, le Fils de Dieu fait homme va bien transformer des pierres, non pas pour en faire des pains, mais pour en faire des fils ! C’est ce qu’avait prophétisé Jean-Baptiste aux pharisiens venus se faire baptiser par lui : « N’allez pas dire en vous-mêmes : “Nous avons Abraham pour père” ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham » (Mt 3,9). Oui, Jésus est celui qui transforme notre cœur de pierre en cœur de chair, celui par qui nous devenons enfants de Dieu, celui qui nous fait vivre parce qu’il est en vérité la Parole sortie de la bouche de Dieu, le Verbe fait chair.
Par son incarnation le Verbe de Dieu s’est déjà jeté en bas
2) « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Voilà l’interprétation démoniaque des Écritures qui aboutit à un fondamentalisme monstrueux. Elle tape à côté, en trafiquant la parole de Dieu. Non, la Ville sainte ne sera pas le lieu d’une chute spectaculaire depuis le sommet du Temple. Comme le mentionne saint Matthieu lors de la Pâque de Jésus, elle sera au contraire le lieu du relèvement de beaucoup !
Et voici que le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent. Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la Ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens (Mt 27,51-53).
Par son incarnation, le Verbe de Dieu s’est déjà jeté en bas ! Il s’est abaissé en prenant chair de notre chair pour nous relever, pour que nous ressuscitions par lui, avec lui, et en lui.
Celui devant qui on se prosterne, c’est Jésus ressuscité
3) « Tout cela [tous les royaumes du monde et leur gloire], je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. » Enfin ! le tentateur révèle sa haine de l’humanité. Cet homme, qui est bien le Fils de Dieu, il le rejette. Il méprise sa mission qui lui échappe. Il méconnaît son mystère pascal à venir : d’abord sa passion – et l’injonction de Jésus : « Arrière Satan » anticipe la correction qu’il adressera à Pierre (cf. Mt 16,23 : « Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ») ; ensuite sa résurrection. Car celui qui devant qui on se prosterne, à ses pieds, ce n’est pas Satan, c’est Jésus ressuscité, ainsi que le rapporte Matthieu, lorsque les femmes s’en reviennent du tombeau vide : « Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : “Je vous salue.” Elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui » (Mt 28,9).
Ainsi, derrière la caricature qu’elles en donnent, ces trois tentations expriment l’identité profonde de Jésus, vrai Dieu et vrai homme, Fils de Dieu et Fils de l’homme. En son humanité sainte, Jésus est le prophète annoncé, celui qui nourrit tous les hommes par sa parole. Il est le grand prêtre qu’il nous fallait, élevé sur la colline du Golgotha, offrant sa vie pour le salut du monde. Il est le roi des rois, venu non pour être servi mais pour servir.
Pour nous qui sommes disciples du Christ, ces trois tentations peuvent nous guetter. Déjà dans notre manière de recevoir la parole de Jésus, ou bien parce que nous l’ignorons, ou bien parce que nous lui faisons dire ce qu’elle ne dit pas. Par exemple, est-ce que prendre la croix du Christ signifie s’enfermer dans un mutisme quand nous sommes témoins de vexations, d’injustices ou de souffrances ? Certainement pas. Alors il est bon de relire régulièrement les évangiles en entier pour qu’ils nous vivifient en profondeur.
Ensuite, dans notre manière d’approcher la prêtrise. Elle n’est pas une option, encore moins un obstacle, pour la vie de l’Église. Les prêtres, ou les futurs prêtres, ne sont pas des objets que l’on pourrait soumettre à des tests psychologiques intrusifs. Il est bon, au contraire, de prier pour eux, de développer des liens d’amitié avec eux, pour mieux les accompagner dans leur cheminement et leur mission.
Enfin, dans notre manière d’articuler le culte et le service dans nos paroisses. Une paroisse où manque l’adoration réduira sa diaconie à un pur service social, et finira par mourir. Il est bon de mettre l’adoration eucharistique au cœur de la vie paroissiale pour que celle-ci soit vraiment conduite par l’Esprit de Jésus.
Frères et sœurs, vivons ce Carême en vérité. Cultivons le désir de toujours mieux connaître Jésus, de toujours mieux l’aimer en nous associant à sa mort et à sa résurrection. Il est le Pain vivant descendu du ciel, celui que nous recevons et que nous adorons dans son Eucharistie.
1er Dimanche de Carême
Lectures bibliques : Genèse 2, 7-9 : 3, 1-7 ; Psaume 50 ; Romains 5, 12-19 ; Matthieu 4, 1-11
Homélie du 15 février 2026 (Mt 5, 17-37)
Abbé Vincent Lafargue – Chapelle de Glace, Leysin, VD
Chers Amis,
Vous qui êtes ici dans cette chapelle de glace, vous qui êtes chez vous, qui nous écoutez par la radio, j’aimerais commencer par vous poser une question : si vous êtes au volant et que vous voyez devant vous un feu rouge, qu’est-ce que vous faites ?
On s’arrête.
…Eh bien on s’arrête, j’espère bien ! Ah oui, ça peut coûter cher de passer au rouge ! Bon. Et si le feu est vert, que faites-vous ?
On passe.
…ah… on passe… mais c’est moins clair ! Si le feu est vert, normalement vous avez le droit de passer, la loi vous en donne le droit. Mais si, au même moment, un groupe d’enfants s’élance sur la chaussée à la poursuite d’un ballon, qu’est-ce que vous faites ?
On s’arrête !
Eh bien oui, j’espère bien ! Pourtant le feu est vert, vous avez le DROIT de passer, en théorie… EN THEORIE…
J’aime bien cette phrase qu’on trouve ici et là sur internet et qui dit : « Un jour je m’en irai vivre en théorie, parce qu’en théorie tout est tellement plus simple ! » Mais en pratique, c’est autre chose. Parfois c’est théoriquement parfait mais c’est parfaitement théorique !
Et alors quand le feu clignote au jaune, alors là c’est carrément l’angoisse !
Faites l’expérience, Chers Amis, si vous êtes piéton et que vous passez devant un carrefour où les feux clignotent au jaune, observez les automobilistes, ça vaut le détour ! Les conducteurs ne savent plus du tout ce qu’ils doivent faire (alors que c’est indiqué, hein, il y a un panneau au-dessus de chaque feu, normalement, qui indique ce qu’on doit faire si le feu ne fonctionne pas).
Mais on n’y pense plus du tout ! Quand le feu clignote au jaune, on est là : « Qu’est-ce que je dois faire, est-ce que je dois passer ? Est-ce que c’est celui qui à droite qui doit passer, non, c’est celui qui est gauche, je ne sais plus… » Et puis ça klaxonne derrière, en plus ! Donc on dit : « Oui, oui, c’est bon, c’est bon, j’y vais ! »
C’est l’angoisse, quand les feux clignotent au jaune… Eh bien avec Jésus, Chers Amis, les feux sont TOUJOURS au jaune clignotant.
Alors je sais, je sais bien que les feux de la circulation étaient plutôt rares à l’époque de Jésus, on est bien d’accord…
Il y avait un empereur romain qui s’appelait Septimus Severus – ça veut dire Septime Sévère – et on raconte que c’est l’inventeur des feux de la circulation puisqu’un esclave, en le voyant arriver avec son char lui a dit : « Tu peux passer Septime… sévère ! »
…je vous laisse une minute…
C’est pas vrai du tout, hein !
Non, il y avait peu de feux de la circulation à l’époque de Jésus… mais pourtant, quand on demande à Jésus si c’est permis ou interdit, si c’est rouge, si c’est vert, en général il répond : « Et toi, qu’est-ce que tu en penses ? »
Le feu clignote au jaune.
A toi de savoir si tu peux passer ou pas, à toi de regarder, d’observer la situation, à toi de devenir ADULTE face à la loi.
Jésus est venu donner un sens à la loi
Jésus n’est pas venu abolir l’ancienne loi – il le disait dans l’Evangile que nous avons réentendu. Il n’est pas venu non plus, d’ailleurs, pour la faire appliquer au pied de la lettre. Il est venu l’ACCOMPLIR, c’est à dire lui donner du sens.
Le livre de Ben Sira le Sage, notre première lecture, disait cela à sa manière : « Il n’a commandé à personne d’être impie, il n’a donné à personne la permission de pécher. […] Si tu le VEUX, tu PEUX observer les commandements. Il dépend de TON CHOIX de rester fidèle. »
Nous sommes libres. La loi est là. Mais notre liberté aussi.
Pas un article de l’ancienne loi ne disparaît, Jésus le dit dans l’Evangile. Le feu rouge ne disparaît pas, le carrefour non plus, les priorités non plus, les panneaux non plus, pas même le passage piéton.
Mais tout cela doit prendre sens et il s’agit d’être adulte face à tout cela. Le feu clignote au jaune : à toi de savoir ce que tu dois faire ou non, à toi d’observer, de réfléchir, à toi de te montrer adulte face à la loi. D’user de la loi d’AMOUR.
La loi d’amour, ce n’est pas de passer parce que c’est vert, au risque d’écraser un enfant qui court après son ballon ! La loi d’amour n’est pas non plus de forcer quelqu’un qui file à l’hôpital en urgence à rester devant un feu rouge qui est rouge depuis vingt minutes, ça n’aurait aucun sens ! On met les quatre feux clignotants, on regarde partout, on passe à dix à l’heure s’il le faut mais on passe, dans ce cas-là.
La loi d’amour c’est appliquer la loi avec du sens, avec la liberté responsable et adulte.
Liberté, oui. Mais responsable. Je ne vais pas écraser l’enfant. Pourtant c’est ma liberté, le feu est vert. Mais la liberté de l’enfant est supérieure à la mienne en ce cas. Je ne vais évidemment pas l’écraser. J’agis librement mais de façon responsable.
La vraie liberté, Chers Amis, c’est lorsque la loi existante rend libre celui qui choisit de l’observer en connaissance de cause et en totale liberté. Celui qui devient adulte, responsable face à la loi.
Et cela rend heureux, nous disait le psaume. Qui disait aussi « Montre-moi comment garder ta loi, que je l’observe de tout cœur. »
Observer la loi de tout coeur, et non au pied de la lettre
…Montre-moi comment garder ta loi, que je l’observe de tout cœur… Observer la loi de tout cœur, et non au pied de la lettre, c’est important. Parce qu’observer au pied de la lettre, c’est retomber dans le dilemme feu rouge-feu vert, interdit-permis. Ça n’est pas être adulte, ça ! Alors qu’observer la loi DE TOUT CŒUR, c’est précisément être devant le feu qui clignote au jaune.
Là, il s’agit de mettre tout son cœur à observer ce qui va être bon et juste et ce dont il faut s’abstenir. C’est une forme de sagesse.
Et c’est exactement ce que nous disait Paul dans notre deuxième lecture au sujet de la foi : « c’est bien de sagesse que nous parlons, disait Paul au sujet de celles et ceux qui sont adultes dans la foi. » La foi, tout comme la loi, demande d’être adulte.
Alors, Chers Amis, ne pensez pas forcément à tout cela la prochaine fois que vous vous trouverez devant un feu rouge. Parce que le temps que vous repensiez à cette homélie, que vous vous redemandiez ce que j’ai dit, le feu va passer au vert et les gens vont klaxonner derrière vous… et ils auront raison !
Mais pensons-y face à nos lois, face aux votations, face aux règlements de toutes sortes – et Dieu sait s’il y en a de plus en plus. Devenons adultes. Que notre ‘oui’ soit ‘oui’ lorsque nous le posons. Que notre ‘non’ soit ‘non’ lorsque nous le posons, également. Tâchons d’appliquer ces lois pour le meilleur, mais jamais pour le pire.
Autrement dit : un pour tous, tous pour un, mais jamais chacun pour soi.
6e Dimanche du Temps ordinaire
Lectures bibliques : Ben Sira 15, 15-20; Psaume 118; 1 Corinthiens 2, 6-10; Matthieu 5, 17-37
