Administration centrale du Saint-Siège, la secrétairerie d’État est au cœur de ce procès qui examine l’utilisation inappropriée des ressources financières qui étaient à sa disposition, notamment dans l’acquisition d’un bien immobilier à Londres en 2014. L’ancien numéro deux de cette entité, le cardinal Becciu, ainsi que plusieurs employés ou collaborateurs de longue date, notamment Mgr Mauro Carlino, Fabrizio Tirabassi ou encore Enrico Crasso, se retrouvent sur le banc des accusés.
L’avocate de la secrétairerie d’État, Me Paola Severino – une ancienne ministre de la justice en Italie – a souligné les «graves préjudices à l’image de l’institution» que représentait cette affaire. Afin de les évaluer, elle a demandé à une agence tierce d’estimer le coût d’une campagne qui permettrait de restaurer la réputation de la secrétairerie d’État.
L’étude a recensé plus de 50’000 articles de presse et articles web dans 130 pays différents, ainsi que près de 2 millions d’engagements – clics, partages ou commentaires – évoquant l’affaire. Dans ces articles, note Me Paola Severino, on évoque la «pourriture du Vatican», la «dilapidation de centaines de milliers d’euros destinés aux pauvres» ou encore des comparaisons avec l’affaire de la banque Ambrosiano, le grand scandale financier du Vatican dans les années 1980.
L’agence tierce estime dès lors que le préjudice peut être quantifié à une somme située entre 98 millions et 178 millions d’euros. La secrétairerie d’État réclame pour sa part le maximum, soit 178 millions d’euros, avec une provision immédiate du minimum, soit 98 millions d’euros, en cas de condamnation.
Dans sa plaidoirie, Me Severino a en particulier pointé du doigt le rôle des deux hommes d’affaires accusés, Gianluigi Torzi et Raffaele Mincione, ce dernier utilisant même l’argent du Vatican dans la reprise d’une banque italienne. Cependant, elle a considéré que c’est le cardinal Becciu, en proposant en 2012 un investissement pétrolier en Angola, inhabituel pour la secrétairerie d’État, qui a «largement» permis «l’entrée des marchands dans le ›Temple’».
L’investissement angolais avait finalement été réorienté en 2014 vers l’acquisition d’un immeuble d’un beau quartier de Londres. L’avocate et son équipe ont ensuite détaillé tous les chefs d’accusation du procès, notant, outre leur gravité, que «toutes les lettres de l’alphabet ne suffisent pas pour les énumérer».
La secrétairerie d’État s’étant vu retirer toute gestion économique par le pape en décembre 2020, ne réclame pas de dommages patrimoniaux, laissant cette tâche à l’Administration du patrimoine du siège apostolique (APSA). Cette dernière, «banque centrale du Vatican», contrôle l’ensemble des flux financiers du Saint-Siège qu’elle confie à l’IOR, banque privée vaticane. L’avocat de cette dernière, Me Roberto Lipari, a confié à I.Media avoir demandé, en plus des dédommagents réputationnels réclamés la veille la restitution «au Saint-Père» de 206 millions d’euros qu’elle avait donnés à la secrétairerie d’État pour sa mission.
Dans la journée du 29 septembre, le tribunal du Vatican entendra les plaidoiries des dernières parties civiles: l’APSA et l’Autorité pour l’information et la surveillance financière (ASIF). Le témoin Mgr Alberto Perlasca, lui aussi partie civile, sera aussi peut-être entendu. (cath.ch/imedia/ic/cd/gr)
I.MEDIA
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