Plus de dix personnes ont été tuées dans ces troubles disséminés à travers le territoire nationale. Un nombre indéterminé d’infrastructures publiques ou privées (bureaux de poste, banques, écoles, stations-services, supermarchés…), mais aussi des domiciles de personnalités politiques, ont été pillés ou incendiés. Plus de 500 personnes, âgées de 16 à 25 ans et encadrées par des «meneurs», ont été interpellées en divers endroits.
L’armée a été appelée en renfort des Forces de défense et de sécurité (gendarmerie et police), et déployée dans des points stratégiques et quartiers populaires de Dakar. La connexion aux réseaux sociaux (Facebook, WhatsApp, Twitter, YouTube, etc.) a été suspendue pour «un temps limité», a souligné le ministre de l’Intérieur Félix-Antoine Diome.
Ousmane Sonko, l’opposant incriminé, est maire de Ziguinchor, en Casamance. Il a été acquitté du délit de viol répété, mais a été reconnu coupable de «corruption de la jeunesse» pour des actes commis entre 2020 et 2021 dans un «salon de massage» non agréé comme tel par les services compétents. Ne s’étant pas présenté au tribunal, il a été jugé par contumace à deux ans de prison ferme. Il doit aussi verser 20 millions de francs CFA (plus de 29’000 de francs suisses) à la plaignante Adji Raby Sarr, âgée de moins de 20 ans au moment des faits.
Selon la loi sénégalaise, un condamné par contumace ne peut faire appel de son jugement que s’il s’est constitué prisonnier ou s’il est arrêté et envoyé en prison. Ousmane Sonko pourrait aussi perdre son mandat de maire et son droit d’électeur, et être frappé d’éligibilité pendant 20 ans.
Ancien inspecteur des impôts, radié de la fonction publique, Ousmane Sonko est entré en politique en 2017, avec la création des Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF), un parti nationaliste et souverainiste. Son discours radical panafricaniste et anti-occidental l’a rendu très populaire dans le pays.
L’une de ses attaques particulièrement virulentes contre la France reste mémorable: «Il est temps que la France lève son genou de notre cou et fasse comme ses pairs européens (Allemagne, Italie, Espagne, Grande-Bretagne, Suède, etc.).» Il est aussi accusé d’accointance avec la Russie et des extrémistes religieux internationaux, tels que les frères musulmans d’Égypte.
L’un des dirigeants du PASTEF, l’avocat Ngagne Demba Touré, a révélé en avril dernier, à la stupéfaction générale, que l’élection d’Ousmane Sonko à la tête du Sénégal n’était qu’une étape d’un plus vaste projet: celui «de mettre fin à la vénération de l’Homme pour la vénération exclusive de Dieu». Ce qui semble viser la pratique confrérique de l’islam au Sénégal. Les confréries Tidjane, Mouride, Khadrya y sont dirigées par des marabouts respectés, voire vénérés parfois par leurs fidèles.
Dans leur déclaration du 2 juin, prononcée à l’occasion de leur seconde session annuelle tenue à Dakar, les évêques du Sénégal ont déploré les nombreuses pertes en vies humaines et les destructions de biens publics et privés. Ils ont souligné «les dangers de la division et de la violence» et du «contexte d’insécurité».
Invitant leurs compatriotes «à la raison, à la retenue et à la responsabilité», ils ont rappelé «le devoir de construire et de développer ensemble le pays, dans la paix, la loyauté et le respect mutuel». «Non à la violence, mais Oui à la paix!» ont-ils lancé aux «acteurs politiques, économiques, sociaux et aux guides religieux». Ils leur ont recommandé de mettre en avant l’intérêt général, tant dans leurs propos que dans leurs actes. Cela passe par la promotion de la justice, la vérité, la paix et l’équité social, ont rappelé les évêques. Ils ont évoqué à ce sujet la Constitution du pays qui garantit la liberté d’expression.
Les évêques du Sénégal ont voulu aussi adresser un «message d’espoir» aux jeunes et «aux forces vives de la nation», pour qu’ils ne cèdent ni au découragement ni à la manipulation. Ils les ont invités à revenir «aux valeurs, notamment au respect de la vie humaine, à la promotion du bien commun et de la paix, ainsi qu’au respect des lois, des règlements et des institutions de la République qui garantissent notre vivre ensemble». Une allusion aux propos virulents tenus par Ousmane Sonko contre le président de la République, la justice, l’armée, la gendarmerie et la police. (cath.ch/ic/lb)
Ibrahima Cisse
Portail catholique suisse
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