Alors que l’épidémie de coronavirus frappe depuis quelques jours avec force la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, le chef de l’Eglise catholique a souhaité s’adresser aux chrétiens du monde anglo-saxon. L’entretien donné à l’hebdomadaire The Tablet est le premier que le pape accorde à un média britannique.
«Je vis cette période comme une période de grande incertitude», confie le pontife argentin. Mais si les difficultés traversées sont importantes, a-t-il souligné, c’est pour chacun l’occasion de faire de ce moment «un temps pour l’invention, la créativité».
Interrogé sur la façon dont lui et la Curie romaine vivent cette période de confinement, le pape François se veut rassurant, déclarant que chacun s’efforce de poursuivre son travail et de vivre normalement, en se tenant aux mesures ordonnées par les autorités sanitaires.
Cela vaut pour les repas à la Résidence Sainte-Marthe, distribués en deux services au lieu d’un, explique le chef de l’Eglise catholique, mais aussi pour le travail, que chacun effectue seul dans son bureau ou sa chambre: «Tout le monde travaille; il n’y a pas de fainéants ici !»
Le pape consacre plus de temps pour prier pendant cette période parce qu’il sent qu’il en a le devoir: «Je pense aux gens. C’est ce qui me préoccupe, les gens». Pour rester proche du peuple de Dieu, le pontife a souhaité maintenir la retransmission de sa messe à la Résidence Sainte-Marthe chaque matin, mais aussi que soient intensifiées les actions charitables de l’Aumônerie apostolique. Aujourd’hui «les sans-abri continuent à être des sans-abri», a-t-il déploré.
Le pape François se dit aussi préoccupé par les conséquences «tragiques et douloureuses» de l’épidémie. «Nous nous rendons compte que toute notre réflexion, que cela plaise ou non, a été façonnée autour de l’économie», a-t-il analysé, soulignant que cela avait encouragé la «culture du déchet» qui sacrifie les personnes. «Nous traitons souvent les pauvres comme des animaux sauvés».
«Il est très rare aujourd’hui de rencontrer des trisomiques dans la rue» parce qu’ils sont mis «à la poubelle» avant même la naissance, a par ailleurs déploré le 266e pape pour illustrer son propos sur le «néo-malthusianisme» ambiant. Il en va de même selon lui de la «culture de l’euthanasie» pour les personnes âgées.
Interrogé sur les conséquences politiques et écologiques de la crise actuelle, le pape François a appelé à une «conversion par le souvenir». «Nous avons la mémoire sélective», a-t-il déclaré, soulignant que les grands fléaux du XXe siècle, notamment la guerre et le populisme, sont de retour.
«Il n’est que trop facile de se souvenir des discours d’Hitler en 1933, qui n’étaient pas si différents de ceux prononcés par des hommes politiques européens aujourd’hui».
Pour le pape François, cette crise est l’occasion d’abandonner «l’hypocrisie de certaines personnalités politiques qui parlent de faire face à la crise, au problème de la faim dans le monde, mais qui, entre-temps, fabriquent des armes». «Soit nous sommes cohérents avec nos convictions, soit nous perdons tout», a-t-il ajouté.
«Je pense en ce moment aux saints qui vivent à côté», a-t-il déclaré, citant parmi ces «héros» les médecins, bénévoles, religieuses, prêtres, commerçants. «Ils accomplissent leur devoir pour que la société puisse continuer à fonctionner», a-t-il souligné, et ce au péril de leur vie.
Cette période est aussi importante pour l’Eglise, selon lui, trop souvent confrontée aux oppositions internes. «Nous devons apprendre à vivre dans une Eglise qui existe dans la tension entre l’harmonie et le désordre provoqué par l’Esprit saint».
Le chef de l’Eglise catholique a renouvelé son appel pour faire de chaque foyer «une église domestique». Face à l’enfermement vécu, «nous pouvons soit être déprimés et aliénés – grâce à des médias qui peuvent nous sortir de notre réalité – soit être créatifs», a-t-il dit, s’adressant aux familles. (cath.ch/imedia/cd/be)
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