Les dirigeants des diverses confessions religieuses du Zimbabwe, en Afrique australe, se sont joints, le 15 octobre 2019, à un appel pour la levée des sanctions internationales imposées au pays depuis près de 20 ans, suite à la réforme agraire du président Robert Mugabe.
Robert Mugabe, décédé le 6 septembre dernier, avait lancé en l'an 2000 une
réforme dans le secteur agricole, marquée par l’expulsion de fermiers blancs de
leurs terres. Certains de ces fermiers ont été expropriés par la force.
D’autres aussi ont été tués par des milices d'anciens combattants. La
communauté internationale avait condamné cette politique et son caractère
raciste anti-blanc. Elle avait décrété, des sanctions contre le régime de
Mugabe. Les Etats-Unis furent les premiers à imposer ces sanctions, en ciblant
141 personnalités dont le président. Une dizaine de sociétés appartenant à
l’Etat du Zimbabwe étaient également concernées. Les sanctions interdisent toujours
toute relation commerciale avec des sociétés américaines.
Sanctions maintenues après la chute de Mugabe
Malgré le changement de régime, en 2017, avec la chute de Mugabe, après 30
ans de règne, les Etats-Unis ont reconduit pour un an, les sanctions, en mars
dernier. Elles s’appliquent en premier, au chef de l’Etat Emmerson Mnangagwa,
et à son vice-président Constantino Chiwenga. L’administration américaine les a
justifiées par le fait que le gouvernement du Zimbabwe ne fait assez pour la liberté
de presse et de manifestation.
L’union africaine, l’Afrique du Sud et les dirigeants du pays ont appelé à
lever les sanctions. La Communauté de développement d'Afrique australe (SADC)
prévoit de faire du 25 octobre prochain, une journée de protestation contre
l'embargo ou les sanctions économiques sur le Zimbabwe.
Une guerre sournoise
Un groupe de responsables religieux sous la bannière du National Elders
Forum (NEF) (Forum national des aînés) s'est associé aux appels en faveur de la
levée des sanctions. Lors d'une conférence de presse le 15 octobre à Harare, la
capitale, ils l’ont considéré comme un acte de solidarité avec leur pays. Le
révérend Felix Mukonowengwe, président de la NEF, a évoqué de nombreux malades
qui ont perdu la vie dans les structures de santé, à cause du manque de
médicaments. D’autres sont décédés en raison de l’absence de moyens
d’évacuation sanitaire. Selon lui, la réforme agraire, n'a pas volé les terres aux
fermiers blancs, car celles-ci étaient 'les nôtres'. "Ils sont venus au
Zimbabwe en tant que touristes, puis ils nous ont conquis. Nous les avons
combattus, et reconquis notre terre"
Le Père Emmanuel Ribeiro de l’Eglise catholique a qualifié d’illégales les
sanctions imposées à son pays, estimant que c’était une guerre sournoise contre
lui. "Elles nous étouffent, freinent nos activités, et nous affament",
a-t-il fait remarquer.
De son côté, Cheikh Ismail Duwa, président du Conseil suprême des affaires
islamistes au Zimbabwe, a dénoncé les conséquences religieuses des sanctions,
car elles empêchent les Zimbabwéens de remplir correctement leurs obligations
d’obéissance à Dieu. (cath.ch/ibc/mp)