RDC: L’Église catholique condamne la répression d'une manifestation
La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), à travers sa Commission justice et paix, a condamné «avec la dernière énergie, la répression par les forces de l’ordre et leurs complices milices», d’une marche «pacifique», le 20 mai 2023 à Kinshasa.
Cette manifestation était organisée par l’opposition, pour dénoncer la vie chère, l’insécurité généralisée et l’opacité sur les préparatifs des élections de fin d’année. Il s’agit de la présidentielle, couplée aux législatives, ainsi qu’aux choix des députés provinciaux et des conseillers communaux. Le scrutin aura lieu le 20 décembre dans le pays. Dans cette perspective, le pays vit dans une période précampagne électorale tendue. Les partis de l’opposition soupçonnent le pouvoir de manœuvrer en sa faveur pour remporter toutes ces élections.
Après avoir autorisé la marche de l’opposition, les autorités ont également autorisé une contre manifestation des partis alliés du pouvoir, le même jour. Mais, la veille, le 19 mai, elles ont changé «verbalement» l’itinéraire que devait emprunter l’opposition. Pour l’Église catholique qui avait déployé des moniteurs pour suivre les deux marches sur tous les itinéraires prévus, ce changement «frise une provocation», dans la mesure où il a était de nature à perturber la planification des organisateurs.
La CENCO «écœurée»
Dans un communiqué publié lundi 22 mai, sur son site, la CENCO s’est déclarée «écœurée» d’avoir constaté que pendant la marche des alliés du pouvoir, beaucoup de manifestants avaient «des armes blanches: machettes, bâtons, pierres…, au vu et au su de la Police, sans être interpellés». «Pire encore, des éléments de la Police nationale (ont été aperçus) porteurs des mêmes outils de violence qu’ils échangeaient visiblement avec des individus en tenue civile, dont certains portaient le dorsal BSU» (Brigade spéciale de l’UDPS: Union pour la démocratie et le progrès social, parti au pouvoir). «Avec une telle complicité affichée publiquement, on se demande si cette Brigade Spéciale n’est pas une milice officiellement entretenue», s’est interrogée la CENCO.
Pour l’Église congolaise, «le comble», c’est «la répression ignoble et sauvage que les forces de l’ordre et leur milice complice» ont infligée aux manifestants, y compris aux mineurs trouvés sur leur chemin. Dans la réalisation de leur « œuvre macabre, elles n’ont pas hésité de tirer à balle réelle, visant même le véhicule d’un leader politique». Aussi, a-t-elle fustigé «toutes les monstruosités décrites, ainsi que la violence» qui s’en est suivie, d’où qu’elle vienne.
Elle a lancé un appel aux autorités compétentes pour des actions concrètes « d’enquêtes et de justice», en vue de retrouver les auteurs de ces actions, et les mettre hors d’état de nuire, rappelant que les congolais ont «grandement besoin des forces de l’ordre au front pour sécuriser le pays et non pour brimer la population dans les villes».
Enfin, la CENCO a exhorté les congolais à ne pas céder à la peur, face à «la barbarie» organisée pour l’intimider. «Si rien n’est fait pour garantir ses droits fondamentaux, il devra bientôt exercer son pouvoir pour sanctionner tous les incompétents», a-t-il indiqué, en référence aux élections générales de la fin de l’année. (cath.ch/ibc)