Le pape François a préféré un message de compassion et d’espérance à une liste de recommandations pastorales dans son exhortation Querida Amazonia parue le 12 février 2020.
Arthur Herlin, I.MEDIA
Point particulièrement frappant après des semaines de
polémiques depuis le Synode sur l’Amazonie, aucune mention n’est faite des
mesures réclamées par le Document final du synode, comme l’ordination de
diacres permanents mariés pour pallier le manque de prêtres. Et pour cause,
“aucune déclaration d'amour n'a la forme d'un contrat ou d'un livre de
recettes“, commente le cardinal Michael Czerny, secrétaire spécial du Synode
pour l’Amazonie et sous-secrétaire de la Section des migrants du Dicastère pour
le service du développement humain intégral.
En comparaison des précédentes exhortations, Querida Amazonia comporte en effet nettement moins de suggestions concrètes. Le pontife y dresse au contraire un Etat des lieux de la situation en Amazonie, étayé par de nombreux exemples soutenus par autant de morceaux choisis de poésies qui manifestent chacune l’attachement incontestable du pape à cette région. En d’autres termes, le successeur de Pierre préfère partager ses “rêves“ pour l’Amazonie – quatre exactement – que se lancer dans des axes de réflexions arides. Un langage “biblique“, assure le théologien brésilien Adelson Araújo dos Santo. Le rêve étant en effet “un instrument de Dieu utilisé dans la Parole pour exprimer Sa volonté“.
“Une certaine autorité morale“
S’il est attaché à toute la richesse écologique, culturelle
et humaine que renferme l’Amazonie, le pape reconnaît aussi ne pas la connaître
aussi bien que ceux qui y vivent, y compris les évêques d’Amazonie, auteurs du
Document final. C’est pourquoi il a souhaité, dès les premières lignes de son
texte, dans une partie intitulée “le sens de cette exhortation“, “présenter
officiellement“ le document de conclusion du synode d'octobre et inviter à le
lire intégralement (N. 3). Une formule qui pouvait dès lors nourrir le doute
quant à l’éventuel enterrement définitif des mesures qui y sont proposées.
Présentant le document devant les journalistes, le cardinal
Czerny a consacré une large partie de son intervention à ce point: “outre
l'autorité magistrale formelle, la présentation et l'encouragement officiels
confèrent au document de clôture une certaine autorité morale“. “L'ignorer
serait un manque d'obéissance à l'autorité légitime du Saint-Père, a-t-il
insisté, tandis que trouver certains points difficiles ne serait pas considéré
comme un manque de foi“.
Il n’en fallait pas moins pour redonner vie au débat
concernant l’ordination d’hommes mariés. Et si le pape François avait alors un
cinquième rêve, celui de voir les propositions du Document final prendre vie?
Le cardinal Czerny, pour sa part, estime que la question de l'ordination
d'hommes mariés – comme celle du diaconat féminin – n’ont pas été
"résolues" par le pape François. Les sujets restent "ouverts“ et
vont même faire l’objet de “discussions afin de donner plus tard des décisions
mûres“, a-t-il promis.
“Dieu veuille que toute l’Eglise se laisse enrichir“
Le document final est précieux et fort de "l’autorité
des évêques", reconnaît le pape, mais "il ne devient pas magisterium
pour autant“, a clarifié pour sa part Matteo Bruni, lisant soigneusement ses
notes préparées par le Dicastère pour la communication. L’exhortation fait
office de “lunettes à travers lesquelles regarder le Document final“, a-t-il
tranché.
Une précision qui ne clôt pas pour autant la question car le
fait que le Document final du synode soit ou non magistériel n’indique pas s’il
sera suivi point par point ni s’il doit être appliqué ou non, comme le suggère
finalement le pape dans son exhortation (N. 4) : “Dieu veuille que toute l’Eglise
se laisse enrichir et interpeller par ce travail [le Document final]; que les
pasteurs, les personnes consacrées et les fidèles laïcs de l’Amazonie
s’engagent pour son application“.
Dans tous les cas, le pape a bel et bien retenu une seule
solution pour dispenser les sacrements aux populations isolées en Amazonie :
orienter les missionnaires sud-américains vers la forêt amazonienne plutôt que
vers les Etats-Unis ou l’Europe. Loin d’être improvisée, elle avait maintes
fois été évoquée par des participants pendant le synode. (cath.ch/imedia/ah/rz)