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    Michel Serre: Scène de la peste de 1720 à la Tourette (Marseille), Musée Atger Montpellier

    Quand les papes font face aux épidémies

    En pleine épidémie de coronavirus en Italie, le rhume du pape François et le peu d'informations à disposition sur sa santé peuvent susciter un soupçon d'inquiétude. Si le Saint-Siège considère que l'affection dont souffre le pontife actuellement justifie son activité réduite depuis une semaine désormais, les précédents historiques de Pie VII, Pélage II ou Grégoire XIII montrent que la santé du successeur de Pierre a fait l'objet de niveaux de précautions très fluctuants.

    Camille Dalmas, I.Media

    En 1804, le pape Pie VII est mandé par le Premier

    consul de la République française, Napoléon Bonaparte, afin de célébrer son

    sacre. Il quitte donc Rome et remonte vers Paris où doit avoir lieu le

    couronnement, éternisé par le peintre Jacques-Louis David. Arrivant à Florence,

    il rencontre une situation qui peut faire penser à celle connue par l'Italie

    aujourd'hui: une épidémie 'exotique' vient de frapper le nord du pays, et la

    situation pourrait mettre en péril le voyage du successeur de Pierre.

    A Livourne, quelques semaines auparavant, un navire

    en provenance des Amériques a laissé débarquer dans le port un équipage

    contaminé par la fièvre jaune. Ce fléau a déjà tué un tiers de la population de

    Gibraltar et décimé celle de Saint-Domingue. Le port italien va d'ailleurs

    subir le même sort, et perdre presque la moitié de sa population...

    Pie VII, un pape qui ne craignait pas les fléaux

    Le pontife accepte alors de ne pas passer par la

    côte ligurienne et de faire un détour par le nord et Milan, malgré la perte de

    temps manifeste. Cependant les pouvoirs politiques décident d'établir des

    "cordons sanitaires" afin d'éviter de laisser la maladie gagner le

    reste de la région. Ils demandent même au pape de retarder son périple.

    C'en est trop pour Pie VII, qui voit en cette

    interdiction une manœuvre pour l'empêcher d'aller couronner Bonaparte. A un

    émissaire anglais un peu perfide qui lui demande d'être prudent, il déclare

    qu'une telle attitude est "indigne d'un pontife"! Exaspéré, il fait

    fi de toutes les précautions et rejoint la France. L'Histoire lui donna raison:

    c'est en parfaite santé qu'il célébra le sacre de Napoléon Ier.

    Un pape parmi les pestiférés

    Son prédécesseur Pélage II (590-601) n'eut pas la

    même chance. Lui aussi fut la victime d'une épidémie, en provenance d'Egypte

    cette fois-ci: la peste. La "mort noire", aussi appelée "peste

    de Justinien", ravage le bassin méditerranéen depuis 541. Ce premier

    exemple historique de pandémie de peste semble dépasser totalement les

    standards médicaux de l'époque: de fait, l'épidémie va durer jusqu'en 767.

    L'historien Grégoire de Tours affirme qu'il s'agit d'une peste bubonique. Et en

    recoupant les témoignages de l'époque, on peut estimer qu'un tiers de la

    population touchée par le bacille en a succombé !

    La légende raconte que le pape Pélage II, devant le

    drame de l'épidémie, décida de porter en personne assistance aux pestiférés de

    Rome. Son altruisme et sa dévotion aux malades, si elles sont avérées, méritent

    l'admiration. Les sources de l'époque ne sont guère précises sur le déroulement

    de l'épidémie. Mais le fait est que le pauvre pape, altruiste ou non, mourût

    lui aussi de la peste.

    Le remède miraculeux de Grégoire XIII

    Les époques changeant, l'attention portée à la

    santé du pape par le Saint-Siège a de fait énormément varié, comme le montre le

    cas de la guérison miraculeuse de Grégoire XIII en 1581. Ce dernier affirme un

    beau jour avoir un mal "au côté" - probablement une simple

    indigestion. Pendant des jours, tous ses médecins personnels défilent et

    tentent de le soigner, sans succès. Il faut dire qu'à l'époque les "mires"

    et "physiciens" pratiquent souvent des saignées ou encore des

    lavements très toxiques... et aggravent parfois l'état de santé de leur

    patient.

    Le pape Grégoire XIII va échapper aux mains de ces

    charlatans grâce à l'arrivée d'un émissaire espagnol en provenance du Pérou. Il

    est venu avec quelques produits du Nouveau monde, notamment un "simple

    miraculeux" qui, dit-il, une fois appliquée sur la zone douloureuse,

    soulage de nombreux maux. L'évêque de Rome s'en fait appliquer, et guérit

    miraculeusement. Il demande alors à son sauveur le nom du remède. Et ce dernier

    de lui répondre "Au Pérou, votre Sainteté, ils appellent ça du tabac

    !"

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