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    Noël est re-fêté à Genève depuis le 18e siècle © Patrick Nouhailler/Flickr/CC BY-SA 2.0

    Quand Genève interdisait Noël

    Si Noël, aujourd’hui, cumule tous les excès, cette fête a été boudée pendant près de deux siècles, à Genève. Le réformateur Jean Calvin en avait proscrit la célébration.

    Laurence Villoz, Protestinfo

    Décorations flamboyantes, magasins bondés, vin chaud et

    course aux cadeaux, impossible de manquer l’effervescence de Noël. Et pourtant,

    pendant près de deux siècles, Genève n’a pas célébré cette fête. Le réformateur

    Jean Calvin l’avait interdite. Dans un sermon du 25 décembre 1550, il va même

    jusqu’à réprimander ses ouailles, venues particulièrement nombreuses ce

    jour-là. "Je vois aujourd’hui plus de peuple que d’habitude au sermon. Et

    pourquoi? C’est le jour de Noël, allez-vous dire. Et qui vous l’a dit? C’est ce

    que croient les pauvres bêtes, car voilà comment il faut appeler tous ces gens

    qui sont venus aujourd’hui au sermon pour l’honneur de la fête de Noël",

    tonne le réformateur Jean Calvin.

    "Calvin enguirlande ses paroissiens, car, pour lui,

    célébrer des fêtes qui ne sont pas fixées par la Bible, c’est adhérer à la

    superstition des papistes", explique Michel Grandjean, professeur

    d’histoire du christianisme à l'Université de Genève. "Si vous pensez que

    Jésus-Christ serait né aujourd’hui, vous êtes des bêtes, je dirais même plus,

    des bêtes enragées", fulmine Calvin. "En effet, du point de vue

    historique, rien ne permet d’établir la date de la naissance de Jésus",

    précise le professeur. La fête du 25 décembre a des origines païennes, elle

    célébrait le soleil invaincu. Au IVe siècle, les chrétiens s’en emparent et en

    font le jour de naissance de Jésus.

    Dieu blasphémé

    Mais pour Calvin, "aucun jour n’est meilleur que

    l’autre" pour célébrer Dieu. "Si nous nous laissons misérablement

    aller à vouloir établir un culte à Dieu selon notre propre fantaisie, eh bien,

    c’est Dieu qui est blasphémé", ajoute-t-il encore dans son sermon. De 1550

    au début du XVIIIe siècle, Genève ne célébrait pas Noël. "Le contexte de

    Calvin était particulier et répondait à des objectifs missionnaires

    spécifiques", souligne le pasteur Emmanuel Fuchs, président de l’Église

    protestante de Genève qui a présidé le culte du 25 décembre 2019, à la

    cathédrale Saint-Pierre.

    La position de Calvin est dans la droite ligne des changements

    instaurés à la Réforme. "Les protestants suppriment toutes les fêtes liées

    aux saints et au calendrier liturgique traditionnel célébrées par les

    catholiques, comme l’Immaculée Conception", ajoute Michel Grandjean.

    "Reste seulement le dimanche, jour consacré à l’instruction par le

    sermon", précise Christian Grosse, professeur d’histoire et

    d’anthropologie des christianismes modernes. Une façon de désacraliser le

    calendrier? "Non, les réformateurs n’ont pas désenchanté le temps

    religieux, mais plutôt consacré l’ensemble du temps à l’approfondissement de la

    foi", souligne encore le professeur.

    Une "Genferei"

    Pourtant, à la même période, le reste de la Suisse, protestants

    y compris, fêtait Noël. "Les Églises de tradition zwingliennes, comme

    Berne et ses conquêtes vaudoises célébraient cette fête. Genève était isolée, à

    tel point que cela va poser des problèmes tout au long du XVIIe siècle. Les

    protestants de Berne, Bâle et Zurich s’étonnaient de ces Genevois qui fêtaient

    la délivrance temporelle avec le culte de l’Escalade (ndlr. la victoire de

    Genève sur les troupes du duc de Savoie), mais ne faisaient rien pour la

    délivrance de toute l’humanité par Dieu", explique Michel Grandjean.

    Au début du XVIIIe siècle, l’interdiction tombe sous la

    pression du Conseil de Genève, l’ancêtre du Conseil d’État. "Noël est une

    fête que l’on veut célébrer", affirme Michel Grandjean. Selon le

    professeur, il s’agit d’un message qui touche tout un chacun. "On fête la

    fragilité de Dieu qui vient tel un enfant dans le monde. Tous les humains et

    même tous les mammifères protègent leurs petits, car ils sont fragiles et en

    même temps, rien n’est plus précieux. Ce paradoxe touche tout le monde. Le

    message de l’Évangile selon lequel Dieu se fait le plus fragile rejoint quelque

    chose qui fait vibrer tout le monde", explique Michel Grandjean. "L’incarnation

    est la particularité du christianisme. Ce message préfigure tout

    l’Évangile", ajoute Emmanuel Fuchs. D’ailleurs, le mystère de la Nativité

    continue d’attirer grand nombre de personnes. Près de cinq siècles après

    Calvin, et malgré la sécularisation de la société, les églises font toujours le

    plein à Noël. (cath.ch/protestinfo/lv/rz)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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