Angelo Becciu est le premier cardinal jugé par le Vatican | © IMEDIA images
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Pourquoi ce réquisitoire de 7 ans de prison contre le cardinal Becciu?

Deux ans après le début du procès dit ‘de l’immeuble de Londres’, le promoteur de justice Alessandro Diddi a requis sept ans et trois mois de réclusion contre le cardinal Angelo Becciu, ancien substitut de la secrétairerie d’État. L’agence I.MEDIA revient sur les aspects les plus importants du réquisitoire.

Alessandro Diddi a formulé ses réquisitions à l’encontre des 10 accusés lors de la 67e audience qui s’est tenue au Vatican le 26 juillet 2023. Pour l’Italien Angelo Becciu, premier cardinal à être jugé, le promoteur a requis sept ans et trois mois de réclusion. Lors des cinq audiences précédentes, Alessandro Diddi avait détaillé les affaires qui selon lui seraient à la base des crimes de détournement de fonds, d’abus de pouvoir et de subornation qu’aurait commis le prélat sarde.

Outre la peine de prison, le réquisitoire du promoteur de justice à l’encontre du cardinal Becciu prévoit aussi une interdiction perpétuelle de l’exercice de la charge publique, 10’329 euros d’amende et une confiscation de plus de 14,7 millions d’euros.

Le rôle du cardinal Becciu dans l’affaire de l’immeuble de Londres

Pour le promoteur de justice, les actes les plus graves commis par le cardinal Becciu concernent son rôle, comme substitut de la secrétairerie d’État de 2011 à 2018, dans un investissement de cet organe dans l’immeuble situé au 60, Sloane Avenue, à Londres. Les chefs d’accusation de détournement de fonds et d’abus de pouvoir dans cette affaire représentent une peine de cinq ans et cinq mois, sur la durée totale d’emprisonnement demandée pour le prélat.

Selon le promoteur de justice, le Saint-Siège a perdu entre 139 et 189 millions d’euros dans l’investissement de la secrétairerie d’État dans cet immeuble à partir de 2014. Alessandro Diddi accuse le cardinal Angelo Becciu, substitut de la secrétairerie d’État à l’époque, de détournement de fonds et d’abus de pouvoir pour avoir autorisé cet investissement et pour la façon dont il a été géré. Il souligne que l’investissement dans l’immeuble de Londres a été décidé après qu’un autre investissement dans le secteur pétrolier proposé par le cardinal Becciu en 2012, ait avorté. Le promoteur affirme que cet investissement initial faisait partie d’un «projet unique» du prélat italien, qui aurait été le «protagoniste de cette situation» et que l’affaire de Londres aurait été «son opération».

Alessandro Diddi soutient que l’investissement dans le bâtiment en 2014 a été réalisé avec des fonds de la secrétairerie d’État qui étaient destinés aux initiatives caritatives du Vatican et au soutien de la Curie romaine. L’initiative n’a donc pas respecté les normes du droit canonique et de l’ancienne constitution apostolique Pastor Bonus. En outre, d’autres accusés du procès, chargés de gérer l’investissement, auraient ensuite utilisé l’argent pour d’autres opérations financières, au détriment du Saint-Siège. Alessandro Diddi affirme que le cardinal Becciu était parfaitement au courant de la manière dont l’investissement était géré pendant son mandat comme substitut jusqu’en 2018.

Les autres accusations concernant le cardinal Becciu

Les autres accusations de détournement de fonds et d’abus de pouvoir à l’encontre du cardinal Becciu qui constituent le reste du réquisitoire du promoteur concernent: une somme de 125’000 euros de la secrétairerie d’État envoyée par le cardinal à une coopérative caritative en Sardaigne dirigée par son frère; une somme de 575’000 euros de la secrétairerie d’État envoyée à une autre accusée, Cecilia Marogna, pour la libération d’une religieuse enlevée; et une mauvaise gestion d’autres fonds de la secrétairerie d’État.

Enfin, le cardinal est également accusé de subornation pour avoir apparemment tenté d’exercer des pressions sur Mgr Alberto Perlasca, fonctionnaire de la secrétairerie d’État et témoin important dans le procès, en faisant appel au cardinal Oscar Cantoni, évêque de Côme et donc supérieur de Mgr Perlasca.

«Même un seul jour serait une peine injuste»

«Même un seul jour [de prison] serait une peine injuste», affirment les avocats qui défendent le cardinal Becciu en réagissant au réquisitoire, dans une déclaration publiée peu après l’audience. Ils estiment que le promoteur continue à «plaider une cause qui n’était pas étayée par des preuves», sur «la base de théories qui ont été réfutées de manière retentissante au cours du procès».

«Seule la reconnaissance de l’innocence absolue et l’acquittement total [du cardinal] reflètent ce qui a été établi très clairement», ajoutent-ils. Ils soulignent que le cardinal a toujours été un «fidèle serviteur de l’Église» qui s’est défendu et a «souffert en silence».

Le raisonnement du bureau du promoteur de justice

Lors de l’audience, le promoteur a expliqué que les peines encourues pour les délits pouvaient varier d’une à plusieurs années de réclusion en fonction de la nature du délit. Il a expliqué que le bureau du promoteur s’était efforcé de s’en tenir à la «partie inférieure» de l’échelle des peines en élaborant les réquisitions contre les accusés.

Cependant, il a admis que le cardinal Becciu, dont la «peine de base» est plus élevée que celle des autres accusés, avait fait l’objet d’un traitement à part. Alessandro Diddi a déclaré que cette différence d’approche s’expliquait par la «position qu’assume le cardinal Becciu dans ce procès». (cath.ch/imedia/ic/rz)

Angelo Becciu est le premier cardinal jugé par le Vatican | © IMEDIA images
27 juillet 2023 | 10:05
par I.MEDIA
Temps de lecture : env. 4  min.
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