La région montagneuse de Tampakan, sur l'île de Minanao aux Philippines (photo DR)
International

Philippines: la police cible les militants «communistes»

La pratique du «red tagging», c’est-à-dire l’étiquetage d’une personne comme «communiste» ou «partisan de groupes communistes ou de terroristes armés», continue d’affecter les religieux, les missionnaires, les coopérants, ou les personnes qui se dévouent pour les groupes vulnérables dans le centre et le sud des Philippines.

Fin juin 2023, la police de la province de Sultan Kudarat, sur l’île de Mindanao, a arrêté Aileen Manipol Villarosa, 41 ans, employée d’une organisation affiliée aux Missionnaires ruraux des Philippines, pour «financement du terrorisme», rapporte l’agence vaticane Fides. Les Missionnaires ruraux des Philippines (RMP) sont une organisation catholique nationale, intercongrégationnelle et interdiocésaine, créée en 1969 et composée de religieux et de religieuses, de prêtres et de laïcs, qui vivent aux côtés des paysans, des agriculteurs, des pêcheurs et des populations indigènes. Les avoirs des Missionnaires ruraux des Philippines et de l’Église unie du Christ dans le sud et le centre des Philippines ont été gelés en vertu de la loi sur la prévention du financement du terrorisme.

Le «marquage rouge»

L’organisation dénonce la poursuite de la pratique du ” marquage rouge «. Depuis août 2022, le Département de la Justice a inculpé 16 personnes liées à l’organisation, dont cinq religieuses, pour financement présumé du terrorisme, sur la base d’accusations de transfert de fonds à la Nouvelle Armée du Peuple, un groupe armé d’inspiration communiste en conflit avec l’État.

En novembre 2022, le révérend Edwin Egar, prêtre de l’»Église unie du Christ aux Philippines», et son épouse, Julieta Egar, ont été accusés de soutenir le terrorisme, de même que 71 autres personnes, dont des syndicalistes et des travailleurs humanitaires, qui nient tous les chefs d’accusation.

Selon le Conseil national des Églises des Philippines (NCCP), le «marquage rouge» se produit indépendamment des croyances ou des affiliations politiques et constitue «une incitation à la répression et à la persécution à l’encontre de ceux qui critiquent le gouvernement». Des lois telles que la loi antiterroriste de 2020 et la loi sur la prévention et la suppression du financement du terrorisme de 2012 aggravent la menace du «marquage rouge».

Ce système a été utilisé par le gouvernement philippin dans le cadre de la campagne militarisée contre l’insurrection déjà sous le gouvernement de l’ancien président Rodrigo Duterte. Il se poursuit sous l’administration de l’actuel président Ferdinand Marcos Jr. Il en résulte une militarisation des zones rurales et des contraintes croissantes pour les citoyens, note le NCCP.

Contre l’exploitation des multinationales

«Ceux qui défendent la terre, souvent la propriété ancestrale des peuples indigènes, contre le développement de mines et de barrages sont confrontés à l’armée philippine, qui utilise son pouvoir pour protéger les intérêts des sociétés multinationales. Les agriculteurs, qui cherchent des moyens de subsistance justes, décents et durables pour leurs familles et leurs communautés, sont souvent emprisonnés ou tués, tandis que les avocats qui tentent de les représenter sont agressés ou arrêtés», note le Conseil.

Le Conseil a présenté ces demandes lors de la réunion du Comité central du Conseil œcuménique des Eglises (COE) tenue à Genève ces derniers jours. Le COE a condamné les graves violations des droits de l’homme commises aux Philippines et invite le gouvernement philippin à prendre des mesures pour y mettre fin. Il appelle le gouvernement et les groupes communistes à reprendre les négociations de paix et à s’attaquer aux causes profondes du conflit armé. (cath.ch/fides/mp)

La région montagneuse de Tampakan, sur l'île de Minanao aux Philippines (photo DR)
4 juillet 2023 | 14:36
par Maurice Page
Temps de lecture : env. 2  min.
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