Le Père Ernesto Cardenal, ministre de la culture du gouvernement sandiniste du Nicaragua de 1979 à 1987, est décédé dimanche 1er mars 2020 à l'âge de 95 ans. Trois jours de deuil national ont été décrétés dans ce pays d'Amérique centrale par le président Daniel Ortega, avec lequel le religieux s'était brouillé en raison de la dérive autoritaire de l'ancien guérillero.
Ernesto Cardenal, hospitalisé depuis le 27 février, a succombé à un arrêt cardiaque. Le poète et ancien révolutionnaire avait abandonné le champ politique en 1994. En désaccord avec la ligne de Daniel Ortega, il avait quitté le Front sandiniste de libération nationale (FSLN).
Tenté un temps par la vie monastique
Né le 20 janvier 1925 à Granada, à une quarantaine de kilomètres de la capitale Managua, Ernesto Cardenal avait été ordonné prêtre en 1965, après des études de philosophie et de littérature aux Etats-Unis et au Mexique. Il avait été un temps moine trappiste à l'abbaye de Gethsémani, dans l'Etat américain du Kentucky, où il avait fait son noviciat sous la direction de Thomas Merton, écrivain spirituel, poète et militant social.
De retour au Nicaragua, il s'installe pour un temps sur les îles Solentiname, au sud du lac Nicaragua, près de la frontière du Costa Rica, où il fonde une communauté monastique utopique.
Sévèrement sanctionné par le Vatican
Le prêtre très charismatique, au
sempiternel béret noir vissé sur la tête, connu bien au-delà du Nicaragua pour
ses écrits et ses poèmes (comme Psaumes ou El
Evangelio de Solentiname, ou
encoreses ouvrages
poétiques comme L’Heure zéro ou Prière pour Marilyn Monroe), fut en butte à la vive hostilité de certains
milieux conservateurs bien en cour à l’époque au Vatican.
Ernesto Cardenal, qui avait
participé avec son frère jésuite Fernando (qui sera lui-même ministre de
l’Education dans le gouvernement de Daniel Ortega) à l’insurrection sandiniste
ayant provoqué en juillet 1979 la chute du dictateur Anastasio Somoza, se
voyait infliger une très sévère sanction romaine.
Le prêtre, apôtre de la
théologie de la libération, avait été publiquement réprimandé par Jean Paul II
lors de sa visite pastorale au Nicaragua en 1983. Le pape polonais, qui avait
refusé la main tendue du prêtre-ministre agenouillé sur le tarmac de l’aéroport
de Managua, avait alors ordonné au Père Cardenal de respecter les prescriptions
canoniques.
Le pape François abolit toutes les censures canoniques
Le religieux était sommé de démissionner de son poste gouvernemental, au moment même où le Nicaragua était soumis à la sanglante agression des ‘contras’ financés et dirigés par les Etats-Unis. Face à son refus de quitter son poste, en janvier 1985, il était suspendu a divinis par la Congrégation pour la doctrine de la foi. Pendant 34 ans, le Père Cardenal fut interdit de dire la messe ou de célébrer les sacrements.
Le pape François avait, en février 2019, décidé "avec bienveillance, d’abolir toutes les censures canoniques" pesant sur le religieux, indiquait alors un communiqué de la nonciature apostolique à Managua. C’est Mgr Waldemar Sommertag, nonce apostolique au Nicaragua, qui avait apporté le message annonçant la décision du pape François de lever la censure contre le Père Cardenal, à l’Hôpital Vivian Pellas de Managua, où le vieux prêtre était hospitalisé depuis le 4 février 2019 pour une infection rénale.
Mgr Sommertag avait concélébré avec lui la messe à l’hôpital le dimanche 17 février. Depuis son lit d’hôpital, le Père Ernesto avait fait part au nonce apostolique de sa gratitude envers le pape François. Cette décision du pontife argentin faisait suite à une demande du prêtre, qui est décédé d'une crise cardiaque dimanche après-midi 1er mars, après quatre jours d'hospitalisation pour des problèmes respiratoires. Son enterrement aura lieu samedi 7 mars à Solentiname. (cath.ch/be)