Musées du Vatican: sanction pour les activistes à la main collée
La justice vaticane a condamné à plus de 29.000 euros de dommages et intérêts et 9 mois de prison avec sursis pour deux activistes italiens: c’est la sanction infligée le 12 juin 2023 aux militants climatiques qui s’étaient collés la main à une célèbre statue des Musées du Vatican, le Laocoon en août dernier. La partie civile dénonçait la «volonté» et la «conscience » des accusés d’endommager la sculpture.
Pas d’indulgence pour les militants du climat. Telle est la décision rendue par la justice du plus petit Etat du monde. Le 18 août 2022, deux activistes italiens de l’association «Ultima Generazione” avaient collé leur main sur la statue du Laocoon – datant probablement du premier siècle avant ou après Jésus-Christ – redécouverte au XVIe siècle et conservée dans les Musées du Vatican. Ils voulaient protester contre le manque d’investissement du gouvernement italien dans les énergies durables.
Guido Viero et Ester Goffi ont donc été poursuivis par la justice vaticane qui leur reprochait des dommages sur «monument public de valeur historico-artistique inestimable» à l’aide d’un adhésif «tenace et corrosif». Une troisième personne, Laura Zorzini – qui avait photographié le «happening» – était pour sa part accusée de transgression «d’un ordre légalement donné par l’autorité compétente», pour avoir refusé d’être accompagnée au poste de la Gendarmerie vaticane. Les trois Italiens avaient été entendus lors d’une précédente audience le 24 mai dernier.
Volonté d’endommager
Lors d’une ultime audience, l’avocate de la partie civile, Floriana Gigli, a fait valoir que les accusés n’avaient pas exprimé de remords pour les dommages causés, mais avaient au contraire banalisé leur acte. Ils auraient ainsi utilisé «la visibilité» du Vatican pour leur «propagande», faisant fi de l’engagement connu du pape pour l’environnement. L’avocate a pointé du doigt la «volonté» et la «conscience» des accusés d’endommager la sculpture d’époque romaine, de désobéir aux ordres et de créer du désordre. La base, sur laquelle les activistes ont collé leurs mains, faisant partie intégrante du Laocoon et ayant subi un dommage permanent, a dû être restaurée pour un montant de 3’148 euros: la juriste a donc requis au minimum le paiement des frais engagés.
De son côté, le promoteur de Justice du Vatican a demandé 2 ans et 5 jours de réclusion pour Guido Viero, 2 ans pour Ester Goffi, 3’000 euros d’amende pour chacun d’eux, et un mois de prison pour Laura Zorzini. La magistrate a enfin requis que si la peine devait être commuée, elle soit subordonnée au paiement des dommages infligés.
Pour sa part, la défense a souligné le comportement «pacifique» des trois accusés, leur volonté expresse de ne pas endommager l’œuvre d’art, et a appelé les juges à ne pas faire de ce procès «un procès pour l’exemple», mais à se baser sur des preuves formelles.
La sentence du Vatican
Le collège de trois juges n’a pas suivi les arguments des défenseurs des activistes. Verdict: Guido Viero et Ester Goffi ont été chacun condamnés à diverses amendes de 1.500 euros et 120 euros, et à 9 mois de prison avec sursis. Avec près de 25’000 euros de dommages et intérêts estimés par les juges, ils devront payer au Vatican au total plus de 28’000 euros. Ils devront aussi s’acquitter de 1000 euros de frais de justice pour la partie civile. Laura Zorzini a été quant à elle condamnée à 120 euros. Les trois devront enfin payer les frais du procès.
Lors de la dernière audience en mai, Guido Viero avait expliqué avoir choisi «symboliquement» le Laocoon pour renvoyer au mythe de celui « qui chercha à avertir ses concitoyens des malheurs à venir ». La sculpture, qui est l’un des emblèmes des Musées, représente le prêtre troyen qui tenta de démasquer la ruse du Cheval de Troie dans l’Iliade. Sa restauration, estimée lors d’un premier devis à plus de 15.000 euros, a finalement coûté cinq fois moins. Les Musées ont souhaité « un travail rapide » pour éviter de priver longtemps les touristes de cette œuvre mondialement connue, avait expliqué le restaurateur (cath.ch/imedia/ak/bl).