Quinze mois après sa précédente visite à Moscou en juin 2023, le cardinal Matteo Zuppi, envoyé spécial du pape François pour la paix en Ukraine, s’est rendu une seconde fois dans la capitale russe, du 14 au 16 octobre 2024. Il a cette fois-ci pu s’entretenir avec le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Le rapatriement des enfants ukrainiens déportés en Russie demeure un axe central de la délicate médiation assumée par le cardinal italien.
Le panel des rencontres du cardinal Zuppi a été plus élargi que lors de sa première visite. Outre Youri Ouchakov, conseiller du président Poutine pour les affaires de politique extérieure, et Maria Lvova-Belova, commissaire présidentielle pour les droits de l’enfant, le cardinal a cette fois-ci aussi rencontré le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, et la commissaire présidentielle aux droits humains Tatiana Moskalkova.
Les discussions « ont permis d’évaluer ce qui a été fait jusqu’à présent pour le regroupement familial des mineurs et l’échange de prisonniers, de blessés et de dépouilles mortelles », indique le communiqué du Saint-Siège, dans lequel n’apparaît jamais le mot « Ukraine », probablement par prudence diplomatique.
Contrairement à sa visite de juin 2023, le cardinal Zuppi n’a cette fois-ci pas été directement reçu par le patriarche Cyrille de Moscou, mais il a rencontré le métropolite Antoine de Volokolamsk, responsable des relations extérieures du Patriarcat de Moscou.
Dans son propre communiqué diffusé sur le site mospat.ru, l’Église orthodoxe russe a précisé que cette réunion, tenue en présence du nonce apostolique en Russie, Mgr Giovanni d’Agnello, a permis d’aborder «problèmes humanitaires liés au conflit en Ukraine, ainsi que d’autres questions d’intérêt mutuel». Ces contacts à la fois religieux et politiques peuvent ainsi constituer des occasions de stabiliser l’activité des paroisses catholiques en Russie et les visas des missionnaires étrangers.
L’Ukraine compte sur l’aide du Saint-Siège
La mission du cardinal Zuppi s’est conceentrée essentiellement sur la question du rapatriement des enfants. Selon les autorités ukrainiennes, plus de 20’000 mineurs ukrainiens auraient été transférés de force en Russie, ce qui a valu au président Vladimir Poutine mais aussi à sa commissaire pour les droits de l’enfant, Maria Lvova-Bolova de faire l’objet de mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale.
L’attention de Moscou pour les positions du pape François
Du côté russe, le pape fait partie des derniers interlocuteurs considérés comme légitime en dehors de la sphère d’influence traditionnelle de la Russie. «Il y a une estime de Moscou pour ce pape, qui est direct. Il est écouté et il est lu », indique une source locale à I.MEDIA.
Après la rencontre de Sergueï Lavrov avec le cardinal Zuppi, le ministère russe des Affaires étrangères a évoqué « le développement constructif du dialogue entre la Russie et le Vatican ». Un diplomate du Saint-Siège indique pour sa part qu’une partie importante du clergé orthodoxe russe s’intéresse aux documents du pape et du Saint-Siège, et considère l’Église catholique comme un interlocuteur indispensable. La diabolisation du «pape de Rome» n’est plus un marqueur au sein de l’orthodoxie russe comme ce le fut dans l’histoire, à l’époque soviétique comme à l’époque tsariste. (cath.ch/imedia/cv/mp)