Le pape a pu échanger avec les représentants de onze religions présentes en Mongolie | © Vatican Media
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Mongolie: le pape invite à la «convivialité harmonieuse»

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Le dialogue entre croyants «n’aplatit pas les différences, mais aide leur permet de se confronter pour un enrichissement franc et réciproque», a affirmé le pape François lors d’une rencontre interreligieuse organisée au Théâtre Hun d’Oulan-Bator, le 3 septembre 2023.

Par Camille Dalmas, I.Media, à Oulan-Bator

Sous le «ger» du Théâtre Hun, une salle de conférence ayant la forme de la yourte traditionnelle, le pape François a pu échanger avec les représentants de onze religions présentes en Mongolie. Il a notamment écouté le discours de Kamba Nomun Khan, abbé du monastère bouddhiste de Gandan, qui l’a chaleureusement accueilli avec un châle de soie bleue.

Une référence indirecte au Dalaï-Lama

Le leader bouddhiste a évoqué les persécutions dont ses coreligionnaires ont été et sont victimes, en prenant soin de ne pas citer les acteurs de cette persécution, que ce soit le régime communiste au pouvoir dans le passé en Mongolie, alors pays satellite de l’URSS, ou la répression actuelle menée par Pékin ces dernières années.

Kamba Nomun Khan a ensuite décrit comme signe de leur résilience la découverte, en 2016, de la 10e réincarnation du Bogd par le Dalaï-Lama. Cet événement, essentiel pour la communauté bouddhiste tibétaine de Mongolie parce qu’elle désigne son plus important leader, avait été vivement critiqué par la Chine.

L’abbé du monastère de Daschischoiling à Oulan-Bator, Dambajav Choijiljav, a défendu, dans son discours, une approche religieuse fondée sur la paix et l’harmonie, des valeurs qui peuvent apparaître comme une «simple absence de conflit, mais sont en fait les conditions positives qui rendent possible la culture de l’esprit».

Un représentant du chamanisme, culte des «Cieux éternels» et des glorieux ancêtres, en particulier de Gengis Khan, a pour sa part défendu la tolérance traditionnelle des Mongols comme une vision de la cohabitation religieuse. Le père Antoine Gusev, recteur de la seule paroisse orthodoxe russe de Mongolie, a rappelé combien la Mongolie avait été porteuse de saints – Pierre d’Orda, Jean de Ustyug, Paphnutius de Borovsk – pour son Église.

Le pape a ensuite entendu des représentants des communautés juive, baha’ie, musulmane, hindou, évangélique, adventiste, et témoins de Jéhovah.

Une humanité entre ciel et terre

Dernier à s’exprimer, le pape François s’est adressé aux leaders des autres religions «comme frère dans la foi avec les croyants en Christ et comme frère pour vous tous, au nom de la quête religieuse commune et de l’appartenance à la même humanité», le pape François a situé son voyage dans la continuité de l’expédition du franciscain flamand Guillaume de Rubrouck, envoyé en Mongolie par saint Louis au XIIIe siècle, qui avait affirmer voyager en ces terres «sans rien voir d’autre que le ciel et la terre».

«Le ciel, si limpide et bleu, étreint ici la terre vaste et imposante, évoquant les deux dimensions fondamentales de la vie humaine: la dimension terrestre, faite de relations avec les autres, et la dimension céleste, faite de la recherche de l’Autre, qui nous transcende», a insisté le pape François.

«La valeur sociale de notre religiosité se mesure à la manière dont nous parvenons à nous harmoniser avec les autres pèlerins sur terre, et à la manière dont nous parvenons à répandre l’harmonie là où nous vivons», a expliqué François, sensible à la quête asiatique de l’harmonie. «En revanche, la fermeture, l’imposition unilatérale, le fondamentalisme et la contrainte idéologique ruinent la fraternité, alimentent les tensions et sapent la paix», a-t-il averti, mettant aussi en garde contre les dérives sectaires et contre les persécutions – évoquant notamment celles contre le bouddhisme.

La responsabilité commune vis-à-vis de l’humanité

Comme il l’avait affirmé avec force dans son encyclique Fratelli tutti (2020), le pape a déclaré que les religions ont une responsabilité commune vis-à-vis de l’humanité. En effet, quand celle-ci est «tournée uniquement vers les intérêts terrestres, elle finit par ruiner la terre elle-même, confondant progrès et régression, comme le montrent tant d’injustices, tant de conflits, tant de dévastations environnementales, tant de persécutions, tant de rejet de la vie humaine».

Exprimant son admiration pour le sens de l’hospitalité mongole, le pape a évoqué «l’expérience des missionnaires catholiques, provenant d’autres pays, qui sont accueillis ici comme pèlerins et hôtes, et qui entrent sur la pointe des pieds dans ce monde culturel, pour offrir l’humble témoignage de l’Évangile de Jésus-Christ». Il a expliqué que le ger, l’habitat traditionnel des nomades, exprime une «convivialité harmonieuse ouverte à la transcendance, où l’engagement pour la justice et la paix trouve inspiration et fondement dans la relation avec le divin».

L’engagement interreligieux de l’’Église catholique

Le pape a rappelé l’engagement œcuménique et interreligieux de l’Église catholique, qui «est fondée sur le dialogue éternel entre Dieu et l’humanité, incarné dans la personne de Jésus-Christ», a précisé le pape. «Nous avons une origine commune, qui confère à tous la même dignité, et un chemin commun, que nous ne pouvons parcourir qu’ensemble, en demeurant sous le même ciel qui nous enveloppe et nous illumine», a précisé le pontife. 

Il a conclu en citant le philosophe danois Søren Kierkegaard – «Chacun fut grand selon ce qu’il a espéré. L’un fut grand en espérant le possible, un autre en espérant l’éternel, mais celui qui espéra l’impossible fut le plus grand de tous» –  et a invité tous ses interlocuteurs à oser promouvoir ensemble une «habitation harmonieuse du monde». (cath.ch/imedia/cd/gr)

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