Mossoul, après le cauchemar de l'occupation par les djihadistes de l'Etat islamique (Daech) entre 2014 et 2017, se relève péniblement. Les chrétiens hésitent cependant à revenir dans la grande métropole sunnite, car beaucoup de chrétiens ont perdu confiance en leurs voisins, relève le dominicain Najeeb Michaeel, archevêque chaldéen de Mossoul depuis décembre 2018.
A près de 400 km au nord
de la capitale irakienne Bagdad, Mossoul grouille de monde. Moins d'un quart
des bâtiments ont été détruits dans les bombardements sur la rive gauche du fleuve
Tigre, qui partage la ville en deux. "C’est redevenu vraiment un lieu
vivant", confie Mgr Najeeb Michaeel à Vatican News.
Perte d'un héritage culturel mondial
Mais son centre historique, sur la rive droite, est détruit à 95%, et c'est "une ville morte... tout est par terre, les églises, les bâtiments, c'est un désastre complet, la perte d'un héritage culturel mondial!"
"Les gens restent
inquiets car la situation du pays en général n’est pas stable sur le plan
politique", commente le religieux dominicain. "Il n’y pas de justice, il n’y pas de
loi, il y a de la corruption" partout dans le pays.
Pas de messes de minuit à Bagdad
L’Eglise "ne peut
pas se taire" et essaie de protéger les chrétiens qui restent en Irak, car
ils n’ont pas tous quitté leur terre, poursuit l'archevêque chaldéen de Mossoul.
Dans la Plaine de Ninive, près de Mossoul, à Erbil, au Kurdistan irakien, les
églises étaient pleines au moment de Noël. "C’est un symbole d’espoir pour
l’avenir", note Mgr Najeeb Michaeel. Mais le retour des chrétiens à
Mossoul même est "très timide", car "le terrain est un peu
volcanique" pour le moment, reconnaît l'archevêque.
Les chrétiens préfèrent attendre
le retour d’une paix durable et "la stabilité politique de la région",
beaucoup craignant que les tensions croissantes entre les Etats-Unis et l’Iran
ne transforment le pays en terrain d’une guerre par procuration.
Par ailleurs, souligne l’archevêque
chaldéen, la citoyenneté irakienne doit être renforcée contre le sectarisme.
"La violence existe, mais on ne peut la combattre que par l’éducation, par
l’ouverture, par un esprit qui accepte la différence". Mgr Najeeb constate
cependant que beaucoup de musulmans, en particulier les jeunes générations, ont
tendance à rompre avec le fondamentalisme.
Les chrétiens font profil bas
Face au mouvement de contestation populaire, "on a beaucoup d’espoir", assure le prélat irakien, expliquant aussi que les chrétiens préfèrent le vivre dans la discrétion, sans former un groupe à part, par crainte de représailles… ce qui est aussi le cas des yézidis ou des musulmans sunnites, dans un pays à majorité musulmane chiite.
L'archevêque chaldéen
déplore en outre que les Irakiens, qui aspirent au changement, sont confrontés
à des dirigeants qui ne cherchent pas "des gens intellectuels, des gens
qui aiment le pays" pour participer à la vie politique, d’où les
difficultés actuelles. Pour 2020, l’archevêque chaldéen de Mossoul souhaite avant
tout la paix, et aussi "l’égalité des chances", en particulier pour
les jeunes, trop souvent sans emploi malgré leurs diplômes.
"Si nous voulons que
les chrétiens restent en Irak, il faut les aider à rester chez eux", ce
qui suppose de leur garantir la sécurité, un logement et un travail. Le chemin
de la reconstruction s’annonce long et difficile, mais aujourd’hui, assure Mgr
Najeeb, "la foi des chrétiens en Irak est beaucoup plus forte qu’hier".
(cath.ch/vaticannews/be)
L'arrivée de Daech a signifié la fin des chrétiens de Mossoul
A Mossoul 4 monastères – dont certains remontent aux Vème-VIème siècle – et 14 églises ont été complètement détruits. Seules deux églises ont été restaurées, Saint-Paul des chaldéens et l'église des syriens catholiques. Elles sont prêtes à accueillir les chrétiens de Mossoul, mais sur la rive droite du fleuve Tigre, dans le centre historique de la ville, les quartiers pratiquement rasés par les bombardements, ne sont plus qu'amas de ruines.
Mossoul comptait plus de quarante églises et monastères
L’arrivée de Daech, en juin 2014, a signifié la fin des chrétiens dans cette ville qui comptait 2,7 millions d’habitants avant l’invasion américaine de l’Irak en 2003. A Mossoul cohabitaient, aux côtés d’une majorité sunnite, des minorités chrétiennes, shabaks, yézidis, kurdes, assyriennes, arméniennes et turkmènes. Mossoul dénombrait alors plus de quarante églises et monastères. Dans les années 2000, la ville comptait quelque 50’000 chrétiens, mais sitôt après la disparition du régime baathiste, après l'invasion américaine de l'Irak, la persécution des chrétiens s’est déchaînée.
Seule une poignée de chrétiens sont revenus
"Moins d'une quarantaine de familles chrétiennes sont revenues... la majeure partie sont des employés de l'Université de Mossoul, et ils préfèrent rentrer le soir à Erbil, au Kurdistan, ou dans les villages chrétiens de la Plaine de Ninive. Ils ne veulent pas dormir sur place, car ils ont perdu confiance dans leurs voisins musulmans... On ne sait jamais si la violence ne va pas ressurgir!"Région peuplée de chrétiens depuis les premiers siècles.La métropole de Mossoul, au riche passé abrite dans ses faubourgs les ruines de l’ancienne ville assyrienne de Ninive. Peuplée de chrétiens depuis les premiers siècles, siège de deux archevêchés catholiques (chaldéen et syriaque) et d’un archevêché syro-orthodoxe, elle est surnommée « la ville des Prophètes», de Jonas – Nabi Younès – en particulier. Le tombeau de ce prophète des trois religions monothéistes a été dynamité dès les premières semaines de la conquête de la ville par les djihadistes. JB