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    Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient © www.oeuvre-orient.fr

    Mgr Gollnisch: au Proche-Orient, la jeunesse entre colère et espérance

    Propos recueillis à Rome, par Paul-Ambroise de

    Dinechin

    "Si nous poussons une population à la désespérance, nous la poussons à la violence", affirme Mgr Pascal Gollnisch, directeur général de l’Œuvre d’Orient, une organisation d'entraide chrétienne basée à Paris.

    "Au Proche-Orient, il y a vraiment une prise de conscience chez cette nouvelle génération d'adultes de la nécessité que leurs pays bougent" a-t-il déclaré dans une interview à l'agence de presse romaine I.Media.

    Depuis

    plus de 160 ans, l’Œuvre d’Orient est

    engagée auprès des chrétiens d’Orient dans 23 pays au Moyen-Orient, dans la

    Corne de l’Afrique, en Europe Orientale et en Inde.

    Lors de leur rencontre à Rome le 17 janvier 2020, les membres de la Réunion des organisations d'aide aux chrétiens d'Orient (ROACO) ont porté leur regard sur la "prise de conscience" des nouvelles générations sur la situation du Proche-Orient.

    Quel est l'objectif des rencontres de la ROACO ?

    P.G.:

    Cette réunion est courte et restreinte. Les organisations qui s'y retrouvent

    sont en quelque sorte les 'collaborateurs du Saint-Père' chargés de suivre les

    questions relatives aux Eglises orientales catholiques. Nous nous connaissons

    bien, sommes amis et travaillons parfois sur des projets communs. Elle permet

    un échange fructueux sur les différentes perceptions de la réalité du terrain.

    Nous

    cherchons à faire le point sur les pays en crise et à replacer tout cela dans

    la situation globale des pays du Proche-Orient. Lors de ce rassemblement, nous

    nous retrouvons sous l'autorité de la Congrégation pour les Eglises orientales.

    C'est notamment l'occasion de rencontrer son préfet, le cardinal Leonardo

    Sandri. Nous essayons également d'entendre des nonces apostoliques ainsi que

    des patriarches, de manière à écouter les besoins des chrétiens tels que

    l'Eglise les perçoit.

    Vous vous êtes concentrés sur le thème de la jeunesse. Pourquoi ce choix en particulier ?

    P.G.:

    Dans la situation du Proche-Orient, nous observons que la jeunesse hésite entre

    découragement, colère et espérance. Beaucoup de jeunes adultes sont dans la

    rue, aussi bien en Iran qu'en Irak ou au Liban. On sent bien que quelque chose

    se passe, certainement favorisé par internet mais qui ne se ramène pas

    uniquement à une simple problématique des réseaux sociaux.

    Il

    y a vraiment une prise de conscience chez cette nouvelle génération d'adultes

    de la nécessité que leurs pays bougent, qu'ils avancent, correspondent à ce

    qu'ils attendent pour qu'ils puissent y construire leur vie. Si nous poussons

    une population à la désespérance, nous la poussons à la violence. Il est par

    conséquent extrêmement important de répondre à ces attentes. On n'a pas su

    répondre aux espérances des nouvelles générations.

    Comment expliquer que les jeunes n'aient pas encore eu de réponses à leurs attentes ?

    P.G.:

    Peut-être que les Occidentaux ont trop longtemps cru que ces populations

    pouvaient se contenter de pouvoirs corrompus ou dictatoriaux, dans une absence

    de pluralisme religieux. En réalité, aucun pays n'est fait pour rester au bord

    de la route. La colère des peuples se rappelle à nous et montre que cette

    région du monde doit progresser. Les problèmes n'y sont pas réglés et la

    communauté internationale a sa part de responsabilité.

    Daech en Irak, conséquence de l'invasion américaine

    L'intervention

    américaine en Irak pour renverser le président Saddam Hussein s'est par exemple

    accompagnée d'une dévastation de l'Etat irakien et de son armée. Cela a rendu

    possible l'arrivée de 'Daech'. Par conséquent, rien n'a été réglé dans le pays.

    Il est grand temps que nous réglions en profondeur les problèmes de cette

    région et que les jeunes adultes reprennent confiance dans leur pays.

    Les chrétiens sont-ils les seules victimes de cette situation ?

    P.G.:

    Les chrétiens souffrent bien entendu de discriminations et de violences. Mais,

    il s'agit aussi du problème de l'ensemble de cette région du monde. Celle-ci se

    trouve être une région carrefour: on y retrouve l'Asie, l'Afrique, l'Europe et

    la mer Méditerranée. Ce carrefour ne peut pas rester continuellement embrasé et

    sans solution viable sur le long terme.

    Les Occidentaux "courtermistes"

    Bien-sûr

    les pays occidentaux recherchent leurs intérêts, comme tous les gouvernements

    du monde. Mais, le problème parfois des Occidentaux a été de rechercher leurs

    intérêts dans le court terme. Or, dans le court terme, on ne construit

    rien.

    En

    particulier, on ne construit pas de valeurs de fond qui permettent aux sociétés

    de tenir debout. Il faut donc rechercher des solutions à moyen terme voire si

    possible à long terme. Il ne s'agit pas pour nous seulement de savoir à qui

    l'on envoie un chèque. La ROACO n'est pas qu'une réunion de crise: c'est une

    réunion qui pose la question de nos relations entre Eglises. Nous avons une

    démarche ecclésiale, ce qui est tout à fait essentiel. (cath.ch/imedia/pad/be)

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