Les chrétiens de Syrie ont commencé la nouvelle année 2020 ensemble à Alep, exprimant leur détermination à être des semences de réconciliation, de miséricorde et de fraternité, a déclaré sur Vatican NewsMgr Antoine Audo, évêque de rite chaldéen d'Alep, la métropole du nord de la Syrie.
L'année 2020 s'est ouverte
à Alep avec la célébration d'une messe pour la paix qui a réuni, le soir du 1er
janvier, les évêques catholiques de Syrie et des représentants orthodoxes. La
liturgie s'est déroulée dans la cathédrale arménienne reconstruite au cœur de l'ancien
poumon économique de la Syrie, dévastée par la guerre et libérée des
djihadistes fin 2016. La cérémonie répondait à l'invitation du pape François,
dans son Message pour la 53ème Journée Mondiale de la Paix, à "construire
la paix comme un chemin d'espérance".
"Construire des ponts, pas des murs"
Mgr Audo, un religieux jésuite
aleppin de 74 ans, a relevé que la cérémonie du jour de l'an était un
"très beau témoignage", prouvant, comme selon l'expression du pape François,
"que nous voulons construire des ponts, pas des murs". Il s'agit de "créer
une dynamique de communion et non une dynamique de séparation et de haine".
Dans cette ville mutilée,
la majorité des 150'00 chrétiens d'avant la guerre ont cherché refuge ailleurs,
en Syrie, dans les pays voisins et également sur d'autres continents, en Europe
ou en Amérique du Nord et du Sud. Les 25'000 chrétiens qui sont restés -
latins, syriaques, chaldéens, arméniens, catholiques et orthodoxes - cherchent
à survivre et participent selon leurs moyens à la reconstruction des
infrastructures en ruines.
Les partis-pris occidentaux
Interrogé sur les combats
nord-ouest de la Syrie, dans la région d'Idleb toujours aux mains de groupes islamistes
et djihadistes, qui auraient touché des hôpitaux et des écoles, faisant des
victimes civiles, Mgr Audo affirme n'avoir pas de nouvelles précises.
"Il nous est
difficile de savoir ce qui se passe sur le terrain au niveau militaire. Chaque
fois que l'armée syrienne fait des progrès - par exemple vers Idleb, Maarat -
et le fait pour récupérer des terres syriennes pour les enlever à Daech [les
terroristes de l'Etat islamique, ndlr], alors les médias disent que l'armée
syrienne attaque des hôpitaux pour tuer des enfants, des femmes, des médecins".
De telles informations intéressent beaucoup l'Occident, souligne-t-il, toujours
méfiant de la lecture médiatique occidentale des réalités moyen-orientales complexes.
Mais Mgr Audo se veut
tout de même positif: "avec la guerre, l'Eglise a été capable d'être
présente dans les régions détruites par des musulmans sunnites. A Alep et en
général, les gens ont découvert la véritable attitude de l'Eglise, comme aide
aux pauvres, comme respect..."
Le dialogue de la vie avec les musulmans
L'évêque chaldéen d'Alep affirme
que cette attitude est basée sur le dialogue de la vie [qui n'est pas un
dialogue doctrinal, ndlr] avec les populations musulmanes: "C'est une
chose très positive et belle malgré la guerre. Les chrétiens ont cette vocation
de vivre une dynamique de communion avec réalisme et charité, et de ne pas
avoir une attitude de peur et de séparation qui les conduit à fuir et à quitter
le pays. Il faut créer cette dynamique de communion qui demande force, foi
spirituelle, espérance. C'est une nouvelle lecture de la réalité, pour que nous
puissions rester et vivre les choses positives et riches de notre pays".
(cath.ch/vaticannews/be)