Alors que le mouvement de contestation contre le pouvoir mobilise depuis le 17 octobre 2019 des dizaines de milliers de Libanais et ne s'essouffle pas, tous les chefs religieux libanais, à l’exception de ceux de la communauté chiite, ont salué le soulèvement populaire qui demande la fin de la corruption.
Banques, écoles et universités sont
fermées jusqu’à nouvel ordre.
Les Eglises chrétiennes catholiques, orthodoxes et
évangéliques, Dar el-Fatwa, la plus haute instance sunnite du pays, et le
cheikh Akl, chef religieux de la communauté druze, ont appelé le 23 octobre l’Etat
libanais à répondre aux revendications des manifestants. Loin de faiblir malgré l’annonce de
réformes par le gouvernement Hariri, le mouvement semble parti pour durer avec
une occupation toujours aussi forte de la rue et des voies de communication.
Clientélisme, vol et corruption
Réunis en séance extraordinaire au siège du
patriarcat maronite à Bkerké, les patriarches et évêques catholiques du Liban ont
dénoncé les "dérives vers la corruption" qui ont provoqué le
soulèvement populaire. "Nous comprenons votre cri, ont affirmé ces
derniers" à l'issue de leur séance extraordinaire à Bkerké.
"Si nous n’avons pas usé explicitement du mot 'remaniement', [du gouvernement, ndlr] , nous l’avons sous-entendu en décrivant l’état d’un pouvoir et d’une administration minés par le clientélisme, le vol et la corruption".
"Renaissance de la patrie libanaise"
"Ce que vous avez réalisé est plus qu’un
soulèvement, c’est la renaissance de la patrie libanaise", ont-ils laissé
entendre.
Parlant au nom des prélats catholiques, le cardinal
Béchara Boutros Raï, patriarche maronite, a affirmé mercredi 23 octobre que
l'Eglise s'est toujours tenue aux côtés du peuple et de ses besoins. Il a salué
le soulèvement pacifique de la population et exprimé la solidarité des prélats "qui
comprennent parfaitement les raisons du mécontentement populaire",
relevant que le peuple libanais est plus uni que ses chefs.
Un soulèvement "historique et exceptionnel"
Le patriarche maronite précisé que l'objectif de la
réunion était de plancher sur la situation nationale, afin d'empêcher le glissement
du Liban "vers des voies périlleuses". Pour le chef de l'Eglise
maronite libanaise, le soulèvement populaire en cours est "historique et
exceptionnel", ce qui nécessite la prise de mesures exceptionnelles, sérieuses
et courageuses de la part du gouvernement pour sauver le pays.
Il a exhorté le président de la République à
entamer des concertations avec les leaders politiques et les dignitaires religieux
pour prendre les décisions nécessaires sur les revendications populaires, afin
d'épargner au pays davantage de crises économiques et financières. "Il est
temps que l'Etat réponde aux revendications justes et rétablisse la vie normale",
a-t-il affirmé.
"Le facteur confiance est perdu"
Les prélats libanais relèvent qu'au sein de la
population libanaise, "le facteur confiance est perdu", rapporte le
24 octobre 2019 le quotidien libanais "L'Orient-Le Jour" qui cite des
sources anonymes venant de Bkerké.
"Nous reconnaissons bien que le soulèvement
est une formidable leçon de civisme inculquée à toute une génération dont la
parole a été libérée et que c’est un formidable réquisitoire contre le chômage
et la pauvreté. Mais nous disons aussi à la société civile: 'Il est temps de
choisir entre vous quelques-uns qui s’exprimeront en votre nom. Le temps de la
réflexion est venu. Un durcissement du mouvement ne vous rendra pas service. Le
pays doit continuer à vivre, l’économie à tourner'”.
Le communiqué de Bkerké a des mots très sévères
pour la classe politique, affirmant que "ce soulèvement ne s’est produit
que quand la douleur est devenue insupportable. Ce cri de souffrance n’est pas
fils de l’instant, il est apparu progressivement, sans que l’Etat ne le prenne
au sérieux. Au contraire, il a persisté dans ses déviations et sa corruption,
jusqu’à ce que l’explosion ait finalement en lieu". (cath.ch/ani/orj/be)