Les évêques japonais protestent contre les rejets d'eau de Fukushima
Dans une note publiée par la Commission Justice et Paix de la Conférence épiscopale du Japon, l’Église catholique a réitéré son opposition à la décision des autorités de déverser dans l’océan l’eau utilisée pour refroidir le cœur de la centrale nucléaire de Fukushima, devenue incontrôlable après l’accident de 2011.
L’opération, annoncée de longue date, a débuté le 24 août 2023. Malgré les assurances du gouvernement de Tokyo, soutenues par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), le processus suscite de vives protestations dans une grande partie de la région Asie-Pacifique, rapporte le site Asia News.
Le 25 août, TEPCO, la société qui exploite la centrale, a publié les premières données concernant des échantillons d’eau prélevés en dix endroits différents dans un rayon de trois kilomètres autour de la centrale de Fukushima. Les prélèvements n’ont pas révélé de quantités significatives de tritium, un élément radioactif qui ne peut être éliminé, même après le traitement de l’eau de refroidissement de la centrale. TEPCO rendra ces résultats publics chaque jour pendant environ un mois. D’autres résultats similaires seront publiés par le ministère de l’environnement à Tokyo chaque semaine pendant environ trois mois.
Contestation de la société civile
Ces assurances sont vivement contestées par certaines voix de la société civile japonaise, dont l’Église catholique, qui s’était déjà prononcée sur la question il y a deux ans, dans un document commun signé avec les évêques sud-coréens.
Citant les mots d’un passage biblique du prophète Ezéchiel 27: 2-3, «Écoute, fils d’homme, entonne une complainte sur Tyr. Tu diras à la ville de Tyr: Toi qui habites aux portes de la mer, toi qui fais du commerce avec les peuples, avec les îles nombreuses, ainsi parle le Seigneur Dieu: Tyr, toi qui disais: ‘Je suis d’une beauté parfaite’», les évêques expriment leur «ferme protestation» contre la décision de rejeter de «l’eau soi-disant traitée».
«Le gouvernement devrait humblement écouter les protestations des résidents locaux, des pêcheurs, des habitants de l’Asie de l’Est, des îles du Pacifique et d’autres personnes dans le pays et à l’étranger», écrivent-ils, en détaillant également les questions soulevées.
Pas assez de garanties
«Le gouvernement, poursuit la note, affirme que le tritium, un élément radioactif contenu dans l’eau traitée de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi de TEPCO, existe dans la nature et est émis par toutes les centrales nucléaires en activité, et pas seulement par la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. Toutefois, il a été souligné que le tritium qui pénètre dans le corps des organismes vivants est absorbé par les cellules sur une longue période. Il s’accumule et se concentre dans la chaîne alimentaire. C’est pourquoi le tritium ne doit plus être rejeté dans l’océan pour quelque raison que ce soit».
Quant à l’argument également avancé par l’AIEA selon lequel les matières radioactives résiduelles dans l’eau traitée de la centrale TEPCO sont suffisamment diluées, la Commission Justice et Paix répond que «ce n’est pas seulement la concentration qui compte. Il s’agit de savoir combien de temps l’eau sera rejetée dans l’océan, quelle quantité de matières radioactives sera finalement libérée et quelle sera l’ampleur de la pollution».
«De plus, soulignent-ils, la quantité d’eau contaminée à Fukushima continue d’augmenter: l’eau de refroidissement est nécessaire tant que l’enlèvement des débris de combustible n’est pas achevé, une opération dont le travail est considérablement retardé, et même la méthode de construction n’a pas encore été finalisée. Nous n’avons même pas réussi à stopper l’infiltration des eaux souterraines et des eaux de pluie, qui sont les principales causes de la contamination de l’eau.» (cath.ch/asianews/bh)