Une veillée de pénitence a été organisée dans la basilique Saint-Pierre, le 1er octobre 2024, la veille du lancement du Synode sur la synodalité. Les participants ont demandé pardon à Dieu pour les «grands péchés» commis dans l’Église catholique, tels les abus sexuels, la complicité historique vis-à-vis de l’esclavage et du colonialisme ainsi que l’attrait pour le pouvoir.
Lors de cette cérémonie au format inédit, les participants ont demandé pardon à Dieu pour les «grands péchés» commis dans l’Église catholique. «Nous devons nous interroger sur notre responsabilité lorsque nous ne parvenons pas à arrêter le mal par le bien», a affirmé le pape François lors de la veillée. Il a enjoint tous les membres et participants à un «repentir sincère».
Le pape a jugé nécessaire, pour soigner les «relations malades» qui séparent les chrétiens au sein de l’Église catholique, de désigner ses «grands péchés par leur nom», afin que cela ne «ralentisse» pas la «marche» de l’Église. Du 2 au 27 octobre se tient en effet à Rome la seconde assemblée du Synode sur la synodalité, ce vaste chantier lancé en 2021 censé rendre l’Église plus participative et moins cléricale.
Dans cette perspective, le pontife et l’assemblée ont écouté trois témoignages, notamment celui de Laurence Gien, un baryton sud-africain victime d’abus dans son enfance [voir encadré]. Ont aussi parlé Sara Vatteroni, responsable régionale de la fondation Migrantes, accompagnée d’une migrante venue de Côte d’Ivoire et rescapée des réseaux de migrations vers l’Europe, puis Sœur Deema, une religieuse syrienne proche du père Jacques Mourad qui a raconté les horreurs de la guerre.
Sept cardinaux expriment honte et repentis
Comme pour répondre à leurs douloureux récits, le pape avait rédigé sept méditations thématiques qu’il a fait lire à sept cardinaux, pour la plupart hauts-responsables de la Curie romaine, chacun exprimant la «honte» de l’Église.
Devant l’assemblée, le cardinal Oswald Gracias, archevêque de Bombay et membre du “Conseil des cardinaux”, a demandé pardon «à ceux qui naissent aujourd’hui et qui naîtront après nous», pour le «manque […] du courage nécessaire dans la recherche de la paix entre les peuples et les nations».
Le cardinal Sean O’Malley, archevêque métropolitain émérite de Boston et président de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, a demandé pardon pour les abus sexuels commis «diaboliquement» par les membres du clergé.
Le cardinal Michael Czerny, préfet du Dicastère pour le Service du développement humain intégral, a pour sa part demandé pardon pour les atteintes à l’environnement, au droit et à la dignité de chaque personne humaine, «pour les moments où nous avons été complices de systèmes qui ont favorisé l’esclavage et le colonialisme» et pour «la mondialisation de l’indifférence».
Le cardinal Kevin Joseph Farrell, préfet du Dicastère pour les Laïcs, la famille et la vie, a demandé pardon «pour toutes les fois où nous avons jugé et condamné avant de prendre soin des fragilités et des blessures de la famille» et, «en particulier» de la part des hommes, pour «toutes les fois où nous n’avons pas reconnu et défendu la dignité des femmes». Il a aussi demandé pardon pour l’usage de la peine de mort.
Le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du dicastère pour la Doctrine de la foi, a demandé pardon pour toutes les fois où on a «endoctriné» l’Évangile, en risquant «de le réduire à un tas de pierres mortes à jeter sur les autres». Il s’est aussi repenti «pour toutes les fois où nous avons donné une justification doctrinale à des traitements inhumains».
Le cardinal Cristóbal López Romero, archevêque de Rabat, a regretté que l’Église ait cédé «à la séduction du pouvoir et à la flatterie des premières places et des titres vaniteux» et qu’elle ait négligé «la mission dans les périphéries géographiques et existentielles».
Enfin, le cardinal autrichien Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, s’est excusé pour les atteintes à la «synodalité», déplorant les «opinions et idéologies qui blessent la communion» et la tentation de transformer «l’autorité en pouvoir».
Le pardon pour une «nouvelle concorde»
Le pape François, prenant à son tour la parole, a insisté sur l’importance de reconnaître les erreurs de l’Église des «pauvres et pécheurs» et de «guérir les blessures causées par nos péchés». Il s’est notamment tourné vers un groupe de jeunes venus assister à la célébration, regrettant devant eux de ne pas avoir été des témoins «crédibles».
«Nous devons nous interroger sur notre responsabilité lorsque nous ne parvenons pas à arrêter le mal par le bien», a aussi affirmé le pontife. «Le pardon, demandé et donné, engendre une nouvelle concorde dans laquelle les différences ne s’opposent pas», a-t-il finalement encouragé. (cath.ch/imedia/ak/cd/lb)
La voix d’une victime d’abus sexuels résonne dans la basilique Saint-Pierre
Le baryton sud-africain Laurence Gien s’est présenté devant le pape François et toute l’assemblée comme un survivant d’abus sexuels commis par un prêtre catholique. Laurence avait 11 ans lorsqu’un «prédateur» s’est intéressé à lui. «Pendant plusieurs mois, il a utilisé les éloges, les punitions physiques, la manipulation psychologique et tous les autres outils de son arsenal pour me manipuler et me préparer. Enfin, par un beau matin d’Afrique du Sud, il m’a emmené par la main dans un endroit sombre où, dans un silence criant, il m’a arraché ce qui ne devrait jamais être arraché à un enfant», a-t-il confié dans un silence poignant.
Se disant «condamné à marcher avec l’empreinte de cet agresseur sur [son] âme», Laurence a assuré que «ce moment, avec tous ses détails sordides» était gravé en lui tout aussi vif aujourd’hui qu’il y a 53 ans. Dans ce témoignage applaudi par l’assemblée, l’artiste, qui vit actuellement en Allemagne, a déploré l’anonymat des victimes qui «sert à protéger les auteurs». «Les visages des victimes sont trop souvent estompés, historiquement cachés derrière un voile de secret que l’Église, historiquement, a maintenu avec complicité», a-t-il souligné.
Le manque de transparence au sein de l’Église a des répercussions dans toute la société, a-t-il aussi averti: «Lorsqu’une institution aussi importante que l’Église catholique ne protège pas ses membres les plus vulnérables, elle envoie le message que la justice et la responsabilité sont négociables, alors qu’en réalité, elles devraient être fondamentales.» cath.ch/imedia