«Notre foi est ainsi: elle est joyeuse, 'dansante’», a déclaré le pape François aux membres de la communauté catholique du Luxembourg rassemblés dans la cathédrale Notre-Dame de Luxembourg le 26 septembre 2024. À quelques jours de la phase conclusive du Synode sur la synodalité à Rome, le pontife a souligné l’importance du partage des responsabilités et des ministères dans l’Église et a plaidé pour des communautés chrétiennes ouvertes à tous.
Hugues Lefevre au Luxembourg, I.MEDIA
Après une matinée consacrée aux rencontres protocolaires et à une adresse aux autorités du pays, puis un temps à la maison de l’archevêque pendant lequel le pape a pu déjeuner et se reposer, il a été accueilli aux alentours de 16h30 dans la cathédrale Notre-Dame de Luxembourg au son de l’orgue puis d’un chant entonné en anglais par cette assemblée où se mélangeaient de nombreuses nationalités.
Dans son discours de bienvenue, le cardinal Jean-Claude Hollerich, archevêque de Luxembourg, a reconnu que l’Église du pays devait faire face à une « société fortement sécularisée, avec ses souffrances et ses difficultés », mais qu’elle était aussi une « Église de toutes les nations qui s’engage sur le chemin de la conversion synodale », faisant référence à la forte diversité qui caractérise le diocèse.
Le pontife a ensuite assisté à un spectacle de danse intitulé « Laudato si’ », inspiré par son encyclique et la vie de saint François d’Assise, puis a écouté les témoignages de trois personnes engagées dans la vie de l’Église locale.
L’une d’entre elles, Christine Busshardt, vice-présidente du Conseil pastoral diocésain, a reconnu un certain «découragement» des membres de son diocèse qui ne se sentent pas toujours « traités sur un pied d’égalité ». Elle a cependant affirmé voir germer un « renouveau nécessaire » dans le Synode sur la synodalité qui doit se conclure avec la session romaine d’octobre.
Ce processus lancé par le pape François en 2021 dans les paroisses du monde entier est censé rendre l’Église catholique plus inclusive et participative. Le cardinal Hollerich tient un rôle essentiel dans ce synode en tant que rapporteur. La venue du pape François dans son pays a été perçue par beaucoup comme un signe de soutien.
Reconnaissant la sécularisation à l’œuvre au Luxembourg, François a souhaité que l’Église «ne se replie pas sur elle-même, triste, résignée, rancunière ». Au contraire, elle doit être « prête à évoluer », en partageant par exemple «les responsabilités et les ministères». Le pape a ainsi condensé dans son discours l’un des enjeux du Synode en cours dans le monde, un processus qui vise à donner plus de place aux laïcs et aux femmes en particulier.
Une Europe non seulement des marchandises et des biens
Le pape François a insisté sur l’importance pour l’Église de ne pas être triste. « Notre foi est ainsi : elle est joyeuse, “dansante”, parce qu’elle nous dit que nous sommes les enfants d’un Dieu ami de l’homme, qui nous veut heureux et unis, et ne peut être davantage réjoui que par notre salut », s’est-il exclamé, faisant référence à la célèbre procession dansante d’Echternach, une festivité catholique luxembourgeoise qui fait partie de la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
Après avoir entendu deux témoignages de catholiques portugais, appartenant à la principale communauté migrante au Luxembourg, le pape est sorti de son texte pour remercier le peuple et le gouvernement luxembourgeois pour leur attention pour les migrants, les encourageant à continuer.
Le pontife a enfin rappelé les mots prononcés par Jean Paul II en 1985 devant la jeunesse luxembourgeoise, invitée à tracer le chemin pour « une Europe non seulement des marchandises et des biens, mais des valeurs, des hommes et des cœurs ». Au cœur de ces racines chrétiennes, le pape argentin a insisté sur la défense de l’accueil du prochain, considérant qu’il s’agissait plus d’« un devoir de justice que de charité ».
Une rose d’or pour la Consolatrice des Affligés
Avant de partir le pape s’est recueilli devant la Consolatrice des Affligés, représentation de la Vierge Marie devenue la patronne du pays en 1666. Une des plus grandes fêtes religieuses du Luxembourg, l’Octave, est directement liée à la vénération de cette Madone et a été lancée en 1624 par jésuite Jacques Brocquart.
Le pontife a ouvert solennellement le Jubilé marial qui célèbre les 400 ans de cet événement par une prière, puis a déposé une rose d’or au pied de la statue. Il s’agit d’un ornement par lequel le pape honorait à l’origine des souverains catholiques, l’archiduchesse Charlotte du Luxembourg étant la dernière récipiendaire en 1956, et depuis lors essentiellement des sanctuaires ou lieux de vénération mariaux.
À la fin de l’audience, le cardinal Hollerich a annoncé que suite à une collecte dans le diocèse, les fidèles avaient récolté 176'000 euros pour en faire don à l’œuvre de charité du pape François. Ce dernier a ensuite décidé de donner à son tour cette somme à la Caritas locale, qui a récemment été victime d’une escroquerie financière et a perdu une grande partie de ses ressources.
Un haut lieu spirituel du Luxembourg
La cathédrale Notre-Dame du Luxembourg, qui se trouve en plein centre de la ville, est à l’origine une église baroque construite par les jésuites en 1613, consacrée et dédiée dans le même temps à l’Immaculée Conception en 1621. En 1794, le bâtiment a accueilli la statue miraculeuse de la Consolatrice des Affligés.
L’église a été élevée au statut de cathédrale en 1870 par le pape Pie IX, et restaurée dans les années 1930 puis 1960 dans un style gothique tardif avant d’être reconsacrée en 1963. C’est dans la crypte de cet édifice que reposent les dépouilles des grands-ducs du Luxembourg. (cath.ch/imedia/hl/mp)