Face à la contestation grandissante dans le pays, la hiérarchie de l’Eglise catholique a reconnu la nécessité d’une nouvelle Constitution, tout en posant comme condition que cette dernière ne légalise pas l’avortement.
Marqué par une profonde défiance de la part de la population, l’Eglise catholique chilienne tente de reprendre une place dans le débat public. Soutenant les manifestations populaires réclamant depuis plusieurs semaines une nouvelle Constitution, l’institution s’est dite favorable elle aussi à la convocation d'une assemblée constituante qui reposerait sur une large participation de la population. Cette nouvelle Constitution serait suivie d’un référendum de ratification, comme l’a précisé le 10 novembre 2019 Gonzalo Blumel, nouveau ministre de l'Intérieur.
Une Constitution datant de la dictature de Pinochet
Dans un
entretien publié la veille par le quotidien El
Mercurio, le président Sebastian Piñera avait finalement accédé à la
demande de 75% des Chiliens en se disant d'accord pour ouvrir la voie à une
nouvelle Constitution via une assemblée constituante. Rappelant que
l'actuelle Constitution, en vigueur depuis 1980, durant la dictature de
Pinochet, avait subi plus de 200 modifications sur plus de 40 articles,
le président avait néanmoins indiqué préparer un projet de modification de
cette Constitution.
Parmi
les modifications envisagées figurent une meilleure définition des droits de la
personne et les modalités pour faire respecter ces droits. Les amendements
prévus précisent également "les obligations de l'Etat" et établissent
"de meilleurs mécanismes de participation" citoyenne, a ajouté le
président.
Non au maquillage
"Si
des changements profonds ne sont pas apportés, nous pourrions parler de
maquillage et nous retournerions à la
même histoire, avec le risque d’une explosion de la rue aussi forte ou même
plus importante", a souligné dans un communiqué Mgr Celestino Aós Braco,
administrateur apostolique de Santiago. L’Eglise chilienne invitait déjà fin
octobre le gouvernement à "comprendre le profond malaise" de la
population face aux profondes inégalités sociales.
Le
capucin d'origine espagnole relève pour sa part que "la société et ceux
qui souffrent sont vigilants et ne vont pas tolérer quelque chose qui n’a pas
de cohérence".
Respecter la liberté religieuse
Alors
que de nombreux acteurs de la société civile et des partis de gauche espèrent
que la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse sera inscrite
dans la nouvelle Constitution, Mgr Celestino Aós Braco a réaffirmé sa vive
opposition. Il avait déjà condamné la loi du 14 septembre 2017 qui autorise
l’IVG lorsque le fœtus n’est pas viable, si la vie de la mère est en danger et
si la grossesse est la conséquence d’un viol, a réaffirmé son profond désaccord
avec cette hypothèse.
"J’aurais
du mal à comprendre que, si la future Constitution commence par affirmer que
toutes les personnes ont le droit de vivre, on légalise la mort à travers
l’avortement", a indiqué le prélat. Le religieux a également tenu à
souligner qu’il était fondamental de respecter les libertés d’expression et de
culte. "Nous avons le droit à ce que soit respecté notre expression de la
foi. L’actuelle Constitution le stipule et la prochaine devra le
redire". JCG
Eglises attaquées et profanées
Le Comité permanent de la Conférence épiscopale du Chili, a exprimé le 9 novembre 2019 sa solidarité à l’Administrateur apostolique de Santiago, Mgr Celestino Aós Braco, et à tous les fidèles de l’archidiocèse de Santiago après le saccage et la profanation de l’église de la paroisse de l’Assomption de Marie. Le Comité a également dénoncé les agressions visant "d’autres églises et lieux de prières de différents cultes qui ont été attaqués dans de nombreuses villes" et exprimé sa solidarité avec les pasteurs et les fidèles des communautés victimes d'actes de vandalisme.
Manifestations violentes et incontrôlées
Des manifestants cagoulés ont fait irruption dans l’église de l’Assomption de Marie, qui est proche du point de rassemblement des manifestants s’opposant au gouvernement chilien et dénonçant l’inégalité sociale. Après avoir sorti les bancs, les statues et les images sacrées, ils les ont incendiés en constituant avec eux des barricades contre la police. La crise politique et sociale qui a éclaté depuis quelques semaines au Chili est l’expression de l’accumulation du malaise et de la disparité de traitement au sein de la population. Elle s’accompagne désormais de manifestations violentes et incontrôlées. Ainsi, la cathédrale de Valparaiso avait été prise pour cible par un groupe de manifestants qui avait cherché à incendier son portail de bois et qui, après être entré, a détruit les bancs et plusieurs images sacrées.
Invoquant par la prière le pardon de Dieu pour ces profanations, les évêques ajoutent: "Avec de nombreux Chiliens et Chiliennes, nous sommes radicalement contre l’injustice et la violence. Nous les condamnons sous toutes leurs formes et nous nous attendons à ce que les tribunaux identifient les responsables et les punissent. Les violents nous empêchent de regarder avec l’attention qui leur est due les justes requêtes de la majorité de la population chilienne qui désire des solutions réelles et pacifiques (...) Les personnes ne sont pas seulement lasses de l’injustice mais également de la violence et la très grande majorité attend avec impatience le dialogue visant à reconstruire le tissu social". (cath.ch/fides/jcg/be)