Attendu au printemps dernier, le rapport sur l’état de la lutte contre les abus dans l’Église catholique sera dévoilé le 29 octobre 2024, indique le Bureau de presse du Saint-Siège. Le pape avait demandé en 2022 à la commission pontificale pour la Protection des mineurs de «fournir un compte-rendu fiable de ce qui se fait actuellement et de ce qui doit changer, afin que les autorités compétentes puissent agir». Pour cette première année, le rapport ne sera pas exhaustif.
À la suite de Benoît XVI, le pape François a engagé un processus pour lutter contre les abus sexuels commis au sein de l’Église catholique. Près d’un an après son élection en 2013, il avait mis en place une commission pour la protection des mineurs et des adultes vulnérables composée de spécialistes – laïcs, clercs ou religieux. Trois ans après le grand sommet de 2019 sur les abus organisés au Vatican, le pape a mandaté la commission pour créer un rapport annuel sur l’état des procédures et leur mise en pratique dans les diocèses du monde.
Parmi ceux qui présenteront ce premier rapport lors d’une conférence de presse organisée au Vatican figurent le cardinal Seán Patrick O’Malley, président de la commission, et la juriste Maud De Boer Buquicchio, responsable du rapport. La Néerlandaise fut de 2014 à 2020 rapporteur spécial pour les Nations unies sur la vente et l’exploitation sexuelle des enfants et présidente d’ECPAT, une association luttant contre la pornographie infantile, la prostitution et le trafic des enfants.
Élaborer un rapport annuel
«Notre objectif est d’élaborer un rapport annuel avec un engagement en faveur de la transparence et de la responsabilité, en solidarité avec les victimes et les survivants du monde entier», explique sur le site de la commission le cardinal Seán Patrick O’Malley, grand artisan de la protection des mineurs sous le pontificat de François. Le document devrait mettre en lumière les procédures qui existent déjà dans les Églises locales, pointer les lacunes et, enfin, formuler des recommandations.
Le rapport sera divisé en 4 parties, peut-on lire sur le site de la commission. La première se concentrera sur les procédures mises en place dans 17 Églises locales seulement. Mais les auteurs évaluent qu’ils auront examiné l’ensemble de l’Église catholique en «cinq à six rapports annuels».
La seconde partie du document se penchera sur la mission de protection au niveau continental. La troisième portera sur les procédures de protection produites par la Curie romaine au service des diocèses, avec une évaluation des différents dicastères. Enfin, la quatrième montrera comment le travail de protection dans l’Église peut aider à lutter contre les abus dans la société en général. Le rapport examinera cette année le cas particulier de Caritas Internationalis, confédération d’organisations catholiques à but caritatif et présente dans le monde entier.
«Manque de données disponibles»
Selon une source proche du dossier, l’un des objectifs de cet instrument annuel qui devrait s’enrichir d’année en année est de provoquer un électrochoc au sein des Églises qui n’auraient pas encore mis en place les procédures suffisantes pour lutter contre les abus, notamment en Afrique et en Asie.
«Nous avons pu observer de nombreuses préoccupations concernant le manque de données disponibles», confie par exemple Maud De Boer Buquicchio, qui a piloté l’élaboration du rapport. Elle voit dans ce document «un outil pour promouvoir un changement de mentalité dans l’Église» qui intègre la responsabilité et la transparence. «Le rapport annuel est un outil pour promouvoir ce processus de conversion pastorale», explique-t-elle sur le site de la commission.
En mars dernier, dans un discours aux membres de la commission, le pape François avait souhaité que ce rapport puisse «aider à mieux comprendre le travail qu’il nous reste à accomplir». Il avait assuré que tous les chrétiens sont appelés – et «surtout» les autorités ecclésiastiques – à «connaître directement l’impact des abus» dans l’Église et à se laisser «secouer par la souffrance des victimes, en écoutant directement leur voix». (cath.ch/imedia/hl/gr)