Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • no_image
    Le Burkinabè Souleymane Ouédraogo évoque l'extension du terrorisme au Burkina Faso © Jacques Berset.

    Le terrorisme ravage le Burkina Faso, témoigne Souleymane Ouédraogo

    Au Burkina Faso, en proie à des attaques terroristes toujours plus fréquentes, près de 500'000 personnes sont déplacées, dépourvues des soins élémentaires, tandis que 2'000 écoles sont fermées. "Le pays fait face à une crise humanitaire sans précédent", alerte le militant burkinabè Souleymane Ouédraogo.

    "Dans certaines

    régions, sous couvre-feu, il est interdit de circuler à moto entre 18h30 et 6h

    du matin: c'est le véhicule préféré des djihadistes" confie à cath.ch Souleymane

    Ouédraogo, invité par l’association romande E-Changer

    (*), engagée depuis 60 ans dans la coopération par l'échange de personnes. "Le

    pays est fragilisé, déstabilisé, en proie à une situation insurrectionnelle

    larvée, mais il peut se relever", lance, un brin optimiste, l'artiste et

    musicien rap burkinabè.

    Les civils sont les premières victimes

    Souleymane Ouédraogo est membre

    de la Coordination nationale du Balai

    citoyen, en partenariat avec E-Changer

    depuis 2018. Ce mouvement de la société civile burkinabè, fondé en 2013 par

    deux artistes militants, Sam’s K Le Jah et Serge Bambara, dit "Smockey",

    a contribué, avec d'autres organisations, à la chute du dictateur Blaise

    Compaoré en 2014.

    Pays d'Afrique de l'Ouest  comptant 20 millions d'habitants, le Burkina Faso peine à faire face aux incursions terroristes d'Ansarul Islam, du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM) et du groupe Etat islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Ces attaques ont fait près de 700 morts depuis 2015, et l'armée nationale, appuyée par les forces françaises de l'Opération Barkhane, actives dans la région du Sahel, a subi des lourdes pertes.

    Narcotrafiquants et bandes criminelles

    Depuis cette date, ce pays

    de 274'400 km2, peuplé de 60% de musulmans, de 25 % de chrétiens (dont près de

    20% de catholiques), et d'adeptes des religions traditionnelles, subit des attaques

    récurrentes dont les civils sont les premières victimes. La violence touche les

    régions du Sahel, du Nord, du Centre-Nord, et de la Boucle du Mouhoun, au Nord-Ouest.

    Dans ces régions, la

    société est paralysée, les activités économiques fortement réduites, la

    population cherche refuge en dehors des zones "contaminées". Des bandes

    criminelles et des  narcotrafiquants sont

    également très actifs dans la région Est du pays, sur lesquels peuvent se

    greffer des djihadistes.

    La tombe de Sankara, le 'Che Guevara' du Burkina Faso
    La tombe de Sankara, le 'Che Guevara' du Burkina Faso @ Jacques Berset

    Leleitmotiv du Balai citoyen:l'éducation citoyenne  

    Le Balai citoyen, qui s'inspire de l'élan émancipateur du président socialiste Thomas Sankara - "un phare pour nous" dixit Souleymane Ouédraogo – a lutté pour faire tomber Blaise Compaoré, qui avait pris le pouvoir en octobre le 15 octobre 1987 à la suite de l'assassinat de Sankara.

    Ce mouvement de la

    société civile, qui ne veut pas s'affilier à un parti politique, vise à

    développer l'éducation citoyenne et la participation de la population à la

    gestion des affaires publiques. Il est implanté dans 10 des 13 régions du pays,

    sauf au Sahel, dans la Boucle du Mouhoun et au Centre Sud. "Nous invitons

    nos concitoyens à demander des comptes à nos représentants politiques, pour en

    finir avec la corruption, et à suivre de près le travail des conseils

    municipaux".

    "Le premier souci, c'est la sécurité, pas les droits humains !"

    "La situation sécuritaire complique notre travail, et le sentiment dominant dans la société est que le Burkina est en guerre, et quand on est en guerre, le premier souci, c'est la sécurité ! Certains pensent même qu'il y a dans le pays trop de droits démocratiques pour pouvoir lutter efficacement contre le terrorisme..."

    Le désespoir pousse les

    gens à délaisser les droits humains et les garanties constitutionnelles,

    déplore-t-il. Le Balai citoyenréclame que la nécessaire lutte contre les djihadistes respecte le cadre

    démocratique et les droits humains, et refuse notamment les exécutions

    extra-judiciaires.

    L'armée burkinabé est engagée dans la lutte contre les djihadistes
    L'armée burkinabé est engagée dans la lutte contre les djihadistes @ Jacques Berset

    Le terrorisme se nourrit de tous les trafics

    Souleymane Ouédraogo

    relève que le terrorisme se nourrit de tous les trafics. Djibo, ville de la

    province du Soum, proche de la frontière avec le Mali, dans le nord du pays – dont

    le député-maire Oumarou Dicko a été tué dans une embuscade le 3 novembre 2019 –

    "a toujours été le siège des narcotrafiquants et des contrebandiers, qui y

    font transiter toutes sortes de marchandises, notamment de la drogue, des carburants,

    des armes et des véhicules".

    Tout le trafic du Niger,

    du Bénin, du Togo, du Nigeria y passe vers les zones du Mali, assure-t-il.

    "Le gouvernement de Compaoré a toléré ce trafic, et son régiment

    présidentiel l'accompagnait. Maintenant, les fonctionnaires, menacés, ont pris

    la fuite, c'est devenu une zone de non droit".

    Le prédicateur islamiste Ibrahim Malam Dicko

    Djibo était le fief du prédicateur islamiste Ibrahim Malam Dicko, formé en Arabie Saoudite et au Mali. "Il était très aimé et avait un discours révolutionnaire, il défendait la région et mettait en cause la toute-puissance des chefferies coutumières et le monopole de l’autorité religieuse détenu par les familles maraboutiques. Il les accusait de s’enrichir aux dépens des populations.   Malam Dicko avait de l'influence, il prêchait dans une mosquée et utilisait la radio locale. Il a chauffé la population et a profité du laxisme des autorités du temps de Compaoré".

    Malam Dicko a décidé de

    passer à l'insurrection armée, après avoir vu des paysans, des musulmans peulhs,

    subir des humiliations publiques de la part des militaires. Le djihadiste serait

    mort en 2017.

    Le drame de Yirgou et ses représailles

    Le gouvernement a malheureusement

    tâtonné dans le règlement de ce conflit, ce qui a provoqué un appel d'air et permis

    le recrutement de nombreux Peulhs par les groupes terroristes. Les 1erjanvier 2019, une attaque terroriste à Yirgou, au Centre-Nord, qui a coûté la

    vie au chef du village à son fils et à d'autres civils, va immédiatement entraîner

    des représailles de la part des miliciens Koglweogo

    appartenant à la communauté des Mossis, l'ethnie majoritaire au Burkina

    Faso. Cette la milice rurale d'autodéfense va alors s'en prendre aux éleveurs peulhs,

    accusés de complicité avec les djihadistes..

    Des campements sont attaqués et une cinquantaine d'entre eux sont massacrés.

    Appel du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux à protéger les lieux de culte. Mosquée dans un village du Burkina Faso  ©  Jacques Berset
    Appel du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux à protéger les lieux de culte. Mosquée dans un village du Burkina Faso © Jacques Berset

    "Un massacre

    précurseur, lâche Souleymane Ouédraogo, qui assure qu'avant le drame de Yirgou,

    on ne notait pas d'attaques systématiques de villages, même s'il y avait déjà

    sous Compaoré, notamment à l’Est, des 'coupeurs de route', des bandits et

    toutes sortes de délinquants. Les Koglweogoétaient à l'origine des organisations citoyennes qui protégeaient les villages,

    mais ils sont devenus des groupes d'autodéfense armés".

    Communautarisme et conflits interethniques

    "Depuis un an

    malheureusement, on assiste à une montée du communautarisme et des conflits

    interethniques, du fait que certaines régions sont accusées d’être des

    complices du terrorisme. Aucune communauté ne devrait être tenue pour

    responsable et punie pour des faits commis par un ou plusieurs de ses membres. Mais

    dans ces régions conflictuelles, les djihadistes ont réussi à diviser la

    société et à dresser les communautés les unes contre les autres, déstabilisant

    toute la société".

    Depuis que la France a lancé l'Opération Barkhane, tout comme le volet militaire du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad), la situation n'a fait que se dégrader, estime le responsable du Balai citoyen. "Ce qu'il faut avant tout, ce sont des opérations de police. Des hommes sur le terrain, au contact des populations, c'est plus efficace que des opérations purement militaires. D'autant plus que la société burkinabè se méfie de l'emprise grandissante de la France dans ce conflit. Elle craint de rester indéfiniment dans le giron de l'ancienne puissance colonisatrice, qui maintient un contingent militaire sur notre territoire dans le cadre de la lutte contre le terrorisme". (cath.ch/be)

    Au départ, renforcer le travail missionnaire en Afrique
    E-Changer, anciennement "Frères sans Frontières" (Fsf), cette organisation à but non lucratif travaille depuis 1959 en partenariat étroit avec des organisations et des communautés locales en Afrique et en Amérique latine. Les organisations avec lesquelles E-Changer développe des partenariats au Burkina Faso luttent pour améliorer la souveraineté alimentaire et la promotion des droits des personnes en situation de vulnérabilité. Ces partenaires sont appuyés par des coopér-acteurs/trices suisses ou nationaux, qui mettent à disposition leurs compétences, dans le but de renforcer l'organisation et les actions auprès des bénéficiaires.

    Née en Valais, en 1959
    L’association FsF est née en Valais, en 1959, dans l’idée de renforcer le travail missionnaire en Afrique: le but était d’envoyer des laïcs, souvent des artisans (menuisiers, électriciens, fromagers) ou soignants, pour donner corps au travail social de l’Eglise et apporter ainsi, dans la vision paternaliste de l’époque, aux populations de ce continent, les outils du "développement".

    Au lendemain de mai 68
    Assez vite, des volontaires ont été envoyés aussi en Amérique Latine. Dix ans plus tard, au lendemain de mai 68, E-Changer, prenant en compte les réalités décrites par les coopérants revenus au pays, prend des engagements plus socio-politiques, convaincue déjà à ce moment, que la misère rencontrée là-bas a quelque chose à voir avec la politique menée chez nous dans le Nord. E-Changer soutient ainsi la création des Magasins du Monde, la Déclaration de Berne, la lutte contre l’apartheid (en demandant en particulier avec d’autres aux banques suisses de ne plus investir en Afrique du Sud), et voit d’un bon œil les mouvements de libération en Afrique ou en Amérique latine.
    Dès ce moment, l'ONG pointe aussi les injustices en Suisse et participe activement à la défense des objecteurs de conscience et en faveur notamment de l’instauration d’un Service civil national. E-Changer s’impliquera également dans les Forum sociaux mondiaux, dont le premier s’est tenu en 2001 à Porto Alegre, au Brésil. C’est aussi avec cette expérience que les échanges de personnes se sont faits du Nord au Sud et aussi dans l’autre sens. Et que E-Changer a commencé à travailler avec des coopér-acteurs nationaux. Pendant toutes ces années, l'ONG a pu compter sur le soutien de la Confédération, mais celui-ci s’est érodé. S’il représentait 80% du budget dans les années 80, il ne sera que de 40% dès 2021. (JB)

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus