Abiy Ahmed, Premier ministre d'Ethiopie, a reçu le Prix Nobel de la Paix le 11 octobre 2019, pour avoir mis fin à la guerre avec l'Erythrée voisine. Dans son pays, il a également joué un rôle important dans le règlement des différends religieux. Son régime entretient en effet des relations apaisées avec la plupart des grandes confessions d'Ethiopie.
L'un des faits les plus marquants de l'action d'Abiy Ahmed a
été son succès indéniable dans le règlement de la crise qui a longtemps divisé l’Eglise
orthodoxe éthiopienne. Grâce à sa médiation, les clans opposés se sont
retrouvés autour d’une seule autorité.
L'Eglise orthodoxe réunifiée
Jusqu’au milieu du XXe siècle, l’Eglise orthodoxe d’Ethiopie
faisait partie de l’Eglise copte orthodoxe d’Egypte. Mais en 1959, les
Ethiopiens ont décidé de nommer leur propre patriarche. Le premier a été Abune
Merkorios. Il a été contraint d’abdiquer en 1991, après le renversement du
régime communiste de Mengistu Haile Mariam par le Front démocratique
révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF). Il était accusé d’être trop
étroitement lié au régime déchu. Il s’est alors exilé aux Etats-Unis où il a
créé une Eglise dissidente. L’Eglise orthodoxe d’Ethiopie non-exilée a alors
nommé ses propres patriarches à partir de 1992. Abune Mathias est devenu le
chef de cette communauté en 2013.
En août 2018, un accord de réunification des deux Eglises a
été signé. Abune Merkorios, après 27 ans d’exil, a repris sa place de chef
spirituel, mais Abune Mathias a conservé son titre de patriarche, chargé du
domaine de l’administration.
Protection du patrimoine religieux
Le Premier ministre nobélisé a également entrepris un projet
de protection d’églises classées dans la région de Lalibela, au nord du pays.
Le site fait partie des douze premiers lieux de culte orthodoxes, classés au
Patrimoine mondial de l’humanité par l'Unesco en 1978. Ces édifices religieux creusés
à même la roche ont été construits vers le 13e siècle. Ils sont un haut lieu du
christianisme éthiopien et une importante destination de pèlerinages.
En mars dernier, Abiy Ahmed a profité d’une visite
officielle du président français Emmanuel Macron pour solliciter l’aide de ce
pays dans la réhabilitation de ces onze églises menacées par l'érosion. Le chef
d'Etat a promis une aide financière et technique pour la réalisation de ce
projet.
A noter que les relations entre l’Eglise catholique, à laquelle appartiennent 0,7% des 108 millions d’Ethiopiens, et le régime du Premier ministre Ahmed sont largement positives. Elles ont été renforcées par la visite au Vatican, le 21 janvier 2019, du chef du gouvernement éthiopien. En novembre 2018, la ministre éthiopienne de la Paix, Muferiat Kamil, avait rendu hommage à l’Eglise catholique pour sa contribution à la paix et au développement du pays, notamment par le biais des écoles.
Méfiance musulmane
Les relations avec la communauté musulmane sont toutefois
plus compliquées. Elles sont empreintes de méfiance, les leaders et les
organisations islamiques accusant le gouvernement de s’ingérer dans leurs
affaires internes. Des difficultés qui sont cependant antérieures à l’arrivée
d'Abiy Ahmed au pouvoir. En 2012 déjà, des milliers de musulmans avaient
manifesté à la grande mosquée Anwar d'Addis-Abeba, la capitale, pour dénoncer la
répression policière prétendument exercée sur leur communauté.
Abiy Ahmed est un chrétien protestant, de père musulman et
de mère chrétienne orthodoxe. (cath.ch/ibc/ag/rz)