Le président de Cuba reçu au Vatican par le pape François
Le président cubain Miguel Diaz-Canel, qui a succédé à Raúl Castro en 2018, a été reçu par le pape François le 20 juin 2023. Cuba recherche depuis plusieurs décennies l’appui du Saint-Siège pour sortir de son isolement, et le pape François s’est rendu à La Havane à deux reprises depuis le début de son pontificat.
Premier chef d’État reçu par le pape François depuis son hospitalisation – avant, le 21 juin, le Brésilien Lula, autre figure de la gauche latino-américaine – Miguel Diaz-Canel s’est entretenu durant une quarantaine de minutes avec le pontife argentin. Il lui a offert deux recueils de poèmes, ainsi qu’une sculpture en argent, en bronze et en bois, intitulée Le Lecteur. Comme il le fait habituellement avec les dirigeants politiques, le pape lui a pour sa part offert une œuvre en bronze représentant une colombe portant un rameau d’olivier, ainsi que son Message pour la paix de cette année 2023, le Document sur la fraternité humaine et le livre sur la Statio orbis du 27 mars 2020.
Le communiqué officiel du Saint-Siège précise que le président cubain a ensuite été reçu par le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin, accompagné par Mgr Daniel Pacho, sous-secrétaire pour le secteur multilatéral au sein de la section pour les relations avec les États et les organisations internationales.
Cette réunion a été l’occasion de rappeler « l’importance des relations diplomatiques entre Cuba et le Saint-Siège », dans le contexte du 25e anniversaire de « la visite historique de Jean-Paul II en 1998 », est-il précisé. Les deux parties ont également évoqué la situation sociale du pays et « la contribution que l’Église offre, spécialement dans le domaine de la charité ». « Des thèmes internationaux d’intérêt réciproque » ont également été abordés, en soulignant « l’engagement pour favoriser toujours le bien commun ».
Aucun pays spécifique n’est mentionné, mais Cuba pourrait servir au Saint-Siège de point de contact pour maintenir des canaux avec le Nicaragua, pays allié du gouvernement cubain, où le président Daniel Ortega a développé une politique violemment répressive envers l’Église catholique, allant jusqu’à expulser le nonce apostolique. Cuba joue également un rôle important, depuis plus d’une décennie, dans les négociations entre le gouvernement colombien et les guérillas marxistes.
Les autorités cubaines recherchent l’appui du Saint-Siège
Miguel Diaz-Canel, 63 ans, a succédé à Raúl Castro comme chef de l’État en 2018 et comme Premier secrétaire du Parti communiste cubain en 2021. Encore peu connu sur la scène internationale, ce dirigeant attaché à la doctrine marxiste s’est montré relativement pragmatique dans sa politique économique. Il s’est également montré ouvert au dialogue avec les évêques locaux, qu’il a reçu le 26 avril dernier.
Le journal Granma précise que cette première visite au Vatican du président cubain dans l’exercice de son mandat actuel constitue la quatrième rencontre entre le dirigeant cubain et le pontife argentin. Miguel Diaz-Canel, alors vice-président du Conseil d’État et du Conseil des ministres, avait en effet représenté Cuba lors de la messe d’installation du pape François, le 19 mars 2013, et il l’avait également salué lors de ses venues à Cuba, en 2015 et 2016.
Ce média lié au Parti communiste cubain souligne les points de convergence du gouvernement de La Havane avec le Saint-Siège, notamment sur la dénonciation de « l’embargo économique, commercial et financier » imposé par les États-Unis, une politique de Washington constamment dénoncée par les papes successifs et les diplomates du Saint-Siège aux Nations unies. Il salue également les positions du pape François concernant « la défense de la paix internationale, le désarmement nucléaire, la justice, la solidarité, la protection de l’environnement et la lutte contre l’exclusion sociale, les inégalités et la pauvreté ».
Le cardinal Beniamino Stella, qui fut nonce apostolique à Cuba dans les années 1990, s’était rendu en visite sur l’île en février dernier, appelant notamment à la libération de jeunes opposants au régime, emprisonnés après les manifestations anti-gouvernementales de l’été 2021. Le président avait assuré au cardinal italien qu’il chercherait des chemins pour répondre aux « attentes des deux parties », exprimant le désir de faire progresser « les relations avec le Saint-Siège et aussi avec l’Église catholique à Cuba ».
Cuba, un territoire stratégique pour les papes
Au début de son pontificat, le pape François s’est personnellement impliqué dans le rétablissement des relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis, annoncé le 17 décembre 2014 par les présidents des deux pays à l’époque, Raul Castro et Barack Obama, qui remercièrent alors le pontife nommément dans leurs discours.
Le pontife argentin s’est ensuite rendu à Cuba en septembre 2015 pour une visite pastorale, avant de rejoindre les États-Unis pour la Rencontre mondiale des familles organisée à Philadelphie. Il est revenu à La Havane le 12 février 2016 – cette fois-ci sur le chemin du Mexique -, pour sa rencontre historique avec le patriarche de Moscou, Kirill. Lors de ces deux visites, François avait été accueilli par Raul Castro, qu’il avait lui-même reçu au Vatican en mai 2015.
Le dirigeant historique Fidel Castro, après plusieurs décennies d’alignement sur l’URSS, s’était rendu au Vatican en 1996 afin de rompre son isolement international consécutif à la chute du mur de Berlin. Il avait ensuite assoupli la surveillance du régime vis-à-vis des activités de l’Église catholique après plusieurs décennies de restrictions, durant lesquelles les relations avec le Saint-Siège ne furent toutefois jamais formellement interrompues.
Le pontife polonais effectua à Cuba un voyage historique en 1998, manifestant, pour sa dernière visite dans un pays communiste, une étonnante décontraction dans sa relation avec le dirigeant cubain. Fidel Castro, malade et en retrait du pouvoir de 2006 jusqu’à son décès en 2016, a ensuite cordialement salué ses deux successeurs, Benoît XVI et François, lors de leurs visites respectives de 2012 et 2015 sur l’île. (cath.ch/imedia/cv/mp)