Le pape rend hommage au «tempérament énergique» de S. Berlusconi
Le pape François salue en Silvio Berlusconi un «protagoniste de la vie publique italienne», écrit le cardinal secrétaire d’État du Vatican Pietro Parolin. Il s’exprime dans un télégramme adressé le 12 juin 2023 à Maria Elvira Berlusconi, la fille de l’ancien chef du gouvernement italien, décédé dans la matinée à Milan.
Les funérailles d’État de Silvio Berlusconi seront célébrées le 14 juin à la cathédrale de Milan, en présence du président de la République, Sergio Mattarella. «Le pape François ayant été informé du décès de votre père bien-aimé, le sénateur Silvio Berlusconi, souhaite vous témoigner sa proximité, ainsi qu’à votre famille», est-il indiqué dans ce message sobre et court, conforme aux usages pour les décès d’hommes d’État. Le pape assure de sa «participation sincère au deuil d’un protagoniste de la vie politique italienne, qui a exercé des responsabilités publiques avec un tempérament énergique».
Condoléances et prières
Le pontife argentin «invoque du Seigneur la paix éternelle pour lui et la consolation du cœur pour ceux qui pleurent sa disparition», indique encore le cardinal Parolin. Il précise s’associer personnellement aux condoléances «avec un souvenir fervent dans la prière».
Silvio Berlusconi, qui fut chef du gouvernement à trois reprises (1994-1995, 2001-2006 et 2008-2011) a marqué de son empreinte la vie politique italienne. Il a été l’artisan d’une union des droites allant des nostalgiques du fascisme jusqu’à certains éléments provenant de la Démocratie chrétienne. Cette coalition a été disloquée au début des années 1990 dans le contexte de l’opération ›Mains propres’ qui avait mis en lumière les accointances entre certains de ses dirigeants et des responsables de la mafia.
En porte-à-faux avec Jean Paul II
Conformément à la tradition politique des droites européennes, Silvio Berlusconi a entretenu des relations cordiales avec l’Église catholique locale et avec les papes Jean Paul II et Benoît XVI. Il était en responsabilité au printemps 2005 lorsque Rome fut au centre de l’attention mondiale, durant l’agonie, le décès et les obsèques de Jean Paul II. L’accueil des visiteurs internationaux se fit alors en bonne intelligence entre le Saint-Siège, le gouvernement de droite et la mairie de Rome située alors à gauche.
Si le soutien politique et militaire de Silvio Berlusconi à l’offensive américaine en Irak en 2003 l’avait mis en porte-à-faux avec le pontife polonais, il avait en revanche affiché ses convergences avec lui sur le soutien à la famille chrétienne traditionnelle et sur la défense des racines chrétiennes de l’Europe. Le 14 novembre 2002, il avait accueilli Jean Paul II pour son discours historique au Parlement italien.
Un personnage provocateur
Le troisième mandat de Silvio Berlusconi, de 2008 à 2011, avait donné lieu à des relations plus tendues entre le chef du gouvernement et l’Église catholique, gênée par ses frasques et par certains choix diplomatiques contestés. Le malaise fut notamment perceptible avec la visite de Mouammar Kadhafi à Rome, en 2010, durant laquelle le dirigeant libyen avait déclaré que «l’islam devrait devenir la religion de toute l’Europe». En 2009, le feu vert donné à la commercialisation de la pilule abortive fut aussi un point de friction entre les autorités italiennes et le Saint-Siège.
Néanmoins, ses relations avec Benoît XVI demeurèrent cordiales. Lors du décès du pape émérite, le 31 décembre 2022, Silvio Berlusconi avait salué le «témoignage de profonde spiritualité, de culture raffinée, de sérénité dans la souffrance» offertes par le pontife allemand. Il avait expliqué avoir mené avec lui, durant ses années comme chef du gouvernement, un «dialogue étroit et fécond».
Le cardinal Camillo Ruini, vicaire général du diocèse de Rome et président de l’épiscopat italien dans les années 1990 et 2000, était un ami du Cavaliere. Le cardinal italien a assuré qu’il célèbrerait personnellement, le 13 juin, une messe à l’intention de l’ancien dirigeant. Aujourd’hui âgé de 92 ans, il a dit sa «grande douleur» pour la mort d’une «personne de grande intelligence et générosité» qui a eu «des mérites historiques pour l’Italie, surtout en ayant empêché le Parti ex-communiste d’arriver au pouvoir en 1994.»
Hospitalisations médiatiques
De nombreux observateurs de la vie politique italienne estiment que dans les années 1990, sans l’entrée en politique de l’homme d’affaires, alors surtout connu pour ses investissements dans le monde immobilier, sportif et médiatique, les communistes auraient pu arriver au pouvoir par défaut, profitant de l’effondrement des partis traditionnels.
Le pape François et Silvio Berlusconi, tous deux nés en 1936, ne s’étaient pour leur part jamais rencontrés, le pontife argentin ayant été élu après le dernier mandat gouvernemental de l’homme politique italien. Silvio Berlusconi avait été interrogé sur sa perception du pape François en 2014 dans une émission télévisée. «À quelqu’un qui m’a fait remarquer que nous avons le même âge, j’ai répliqué: ›mais moi, les années, je les porte mieux’», avait-il lancé, avec son sens habituel de la provocation.
Ironie de l’histoire, leurs hospitalisations respectives ont fait la une des médias italiens ces dernières semaines, mais la santé du pontife argentin s’est finalement avérée plus solide que celle de l’ancien chef du gouvernement italien. Silvio Berlusconi était hospitalisé depuis le 9 juin. (cath.ch/imedia/cv/rz)