Les signes provenant du Moyen-Orient, notamment "l'élévation de la tension entre l'Iran et les Etats-Unis", sont particulièrement préoccupants, a considéré le pape François lors de son discours devant le corps diplomatique accrédité près le Saint-Siège, le 9 janvier 2020. Dans la Salle Royale du Palais apostolique, le pontife a réaffirmé sa volonté de mettre la diplomatie du Saint-Siège au service de la paix et du développement intégral.
"Le lent processus de reconstruction de l’Irak"
est menacé par les récentes tensions entre l’Iran et les Etats-Unis, a déclaré
le pape. Le risque que cela provoque un conflit à plus grande échelle doit
pousser les protagonistes à maintenir allumée "la flamme du dialogue".
Plus largement, le pape François a défendu l’urgence d’un
"engagement plus assidu et efficace de la part de la communauté
internationale" au Moyen-Orient. Il a dénoncé la "chape de
silence" couvrant la situation en Syrie, et demandé des solutions adéquates.
Le successeur de Pierre s’est également dit préoccupé par la situation au Liban
et au Yémen.
Echec du multilatéralisme
Faisant le constat de l’échec du multilatéralisme dans la
société actuelle, il a demandé que les Nations travaillent à une réforme
générale du système multilatéral, à partir du système onusien. Cette réforme
doit ainsi permettre de trouver un ancrage objectif qui prend ses racines
"dans la nature même de l’être humain". Il a une nouvelle fois
dénoncé le trafic humain organisé en Libye par "de vraies mafias". La
mer Méditerranée reste un "grand cimetière", a-t-il ainsi déploré,
demandant que les Etats prennent sur eux la responsabilité de trouver des
solutions durables à cette crise.
Le pape François a en outre rappelé la signature avec le
grand imam d’Al-Azhar du Document sur la
fraternité humaine pour la paix mondiale et la coexistence commune à Abu
Dhabi (Emirats arabes unis) le 4 février 2020. Visant à faciliter le dialogue
entre chrétiens et musulmans, ce document rappelle l’importance du
"concept de citoyenneté" et renonce à "l’utilisation
discriminatoire" du terme "minoritaire".
Notre-Dame, symbole de la fragilité européenne
L’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris dans la nuit
du 15 au 16 avril 2019 a montré combien il est "fragile et facile" de
détruire même ce qui semble être solide, a également déclaré le pape. En
faisant de la cathédrale française un symbole des valeurs et racines de
l’Europe, il a indiqué que le Vieux continent ne devait pas perdre de vue son
histoire qui s’inscrit "dans la 'pietas' romaine et dans la 'caritas'
chrétienne".
Le 30e anniversaire de la chute du Mur de Berlin, exemple
"emblématique d’une culture de la division", doit pousser l’Europe à
promouvoir des ponts. Le pontife a salué de manière très particulière
l’héritage du père fondateur de la construction européenne, le Français Robert
Schuman, notamment dans sa volonté de mettre la paix au cœur du processus
européen.
Face à la permanence de conflits en Europe de l’Est, le pape
François a demandé à ce que le dialogue soit au cœur des solutions recherchées
en Ukraine et en Géorgie. Il a donné en exemple les accords d’Helsinki de 1973
qui avaient permis une désescalade de l’armement entre Est et Ouest dans un
contexte de Guerre froide.
Abus sexuels sur mineurs
Un certain nombre d’adultes, y compris certains membres du
clergé, a encore déploré le pontife argentin, se sont rendus coupables de
délits très graves contre la dignité des jeunes en violant leur innocence et
leur intimité. Pour le pontife, il s’agit-là de "crimes qui offensent
Dieu". Ils causent selon lui des dommages physiques, psychologiques et
spirituels aux victimes et portent atteinte à la vie des communautés entières.
Avec l'objectif que la lumière soit faite sur ces abus et
que la protection des mineurs soit assurée, le successeur de Pierre avait
convoqué au Vatican tous les présidents des conférences épiscopales du 21 au 24
février 2019. Dans le prolongement de ce sommet, un large éventail de normes a
été adopté permettant de faire face à de tels cas dans le domaine du droit
canonique et à travers la collaboration avec les autorités civiles, au niveau
local et international.
Pour l'évêque de Rome, il apparaît "encore plus
urgent" que les adultes ne renoncent pas au devoir d’éducation qui leur
revient. Mieux, ces derniers doivent assumer cet engagement "avec un zèle
plus grand" encore afin de conduire les jeunes à la maturité spirituelle,
humaine et sociale. C'est pourquoi le pape souhaite reconstruire le pacte
éducatif mondial. Une rencontre mondiale sera organisée à Rome le 14 mai 2020
sur ce thème.
Il est plus que jamais nécessaire d’unir les efforts de tous
dans une "vaste alliance éducative" pour former des personnes mûres
et capables de surmonter les morcellements et les oppositions, a ajouté le pape
François. L'époque actuelle demande que soit constitué "un village de
l’éducation" et créé un "réseau de relations humaines et
ouvertes". Ce village, a-t-il suggéré, doit mettre au centre la personne,
favoriser la créativité et la responsabilité pour former des personnes
disponibles à se mettre au service de la communauté.
L'urgence de la "conversion écologique"
Beaucoup de jeunes s’engagent pour sensibiliser les
responsables politiques sur la question des changements climatiques, a par
ailleurs salué le pontife. "La préservation de notre maison commune doit
être une préoccupation de tous et non l’objet d’oppositions idéologiques entre
les différentes visions de la réalité", a-t-il rappelé. La protection de
la planète est un défi urgent qui ne doit ni être négligé ni se réduire à une
"problématique élitiste".
Une "conversion écologique" comprise de manière
"intégrale" est désormais urgente. Il s'agit de transformer les
relations avec tous les êtres vivants, avec la Création et avec le Créateur à
l’origine de toute vie, a précisé l'auteur de l'encyclique Laudato si' (2015).
"Malheureusement, a-t-il déploré, l’urgence de cette
conversion écologique ne semble pas être acquise dans la politique
internationale". La 25e Conférence des Parties de la Convention-cadre des
Nations unies sur les changements climatiques (COP25) de décembre dernier
représente une "sérieuse sonnette d’alarme concernant la volonté de la
communauté internationale d’affronter avec sagesse et efficacité le phénomène
du réchauffement". Celui-ci demande pourtant une réponse collective
capable de faire prévaloir le bien commun sur les intérêts particuliers.
L'utilisation "immorale" de l'arme atomique
Revenant sur son récent voyage au Japon, du 23 au 26
novembre 2019, le pape François a confié avoir "touché du doigt la
souffrance et l’horreur" que les hommes sont capables de s'infliger, en
faisant référence aux bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki en
1945. "On ne peut pas construire une véritable paix sur la menace d’un
possible anéantissement total de l’humanité provoqué par les armes
nucléaires", a-t-il une fois de plus rappelé face aux diplomates
accrédités près le Saint-Siège.
Leur utilisation est "immorale", a-t-il encore
affirmé, et représente un crime contre l’homme et contre l'avenir de la
planète. Or, un monde sans armes nucléaires est "possible et
nécessaire", selon le successeur de Pierre, et il est temps que tous ceux
qui ont des responsabilités politiques en deviennent pleinement conscients.
L'année 2020 offre une opportunité importante dans cette
direction, s'est réjoui le pontife, avec la 10e conférence d’examen du Traité
de non-prolifération des armes nucléaires. Ce dernier se tiendra du 27 avril au
22 mai à New York. Cette occasion doit permettre à la communauté internationale
de trouver un "consensus final et proactif" sur les manières
d’actualiser cet instrument juridique international, a-t-il souhaité. (cath.ch/imedia/cd/pad/rz)