Loin d’être une méthode, la ”mystérieuse fécondité de la mission” naît du ”vertige que l’on éprouve en présence des paroles de Jésus”, déclare le pape François dans un ouvrage intitulé : ‘Sans Jésus, nous ne pouvons rien faire’, sorti ce 8 janvier 2020 aux éditions Bayard. Dans ce livre entretien conduit par le journaliste italien Gianni Valente, le pontife s’élève contre toutes les attitudes conduisant à travestir la mission.
”L’Eglise en sortie n’est pas une expression à la
mode de mon invention”, elle est un ”commandement du Christ”, déclare le
pontife dès les premières pages. Pour celui qui se rêvait missionnaire au
Japon, ”soit l’Eglise est en sortie, soit elle n’est pas Eglise”. Une Eglise
qui ne sort pas court le risque de se réduire à une ”association spirituelle”,
rien de moins qu’une ”multinationale” destinée à lancer des messages éthiques
et religieux, lance-t-il.
Pour autant, annoncer le Christ n’a rien à voir
avec un ”projet d’entreprise bien rodé” ni un ”spectacle organisé” où il s’agit
de compter le nombre de personnes y prenant part, fustige le pape. L’Esprit Saint
agit ”comme il le veut, quand il le veut et où il le veut”. Ainsi ”la
mystérieuse fécondité” de la mission ne dépend pas de nos ”intentions”,
”méthodes” ou ”initiatives” mais demeure liée au ”vertige que l’on éprouve en
présence des paroles de Jésus”, souligne le pontife.
Le véritable missionnaire suscite l'étonnement
En réalité, c’est bien par l’attraction et par le
témoignage que l'on devient missionnaire, martèle l'évêque de Rome. Lorsque le
Christ ”agit directement dans la vie et au cœur des gens”, c'est source
”d’étonnement” et ”d’admiration”, explique le pontife romain en citant
allégrement sainte Thérèse de Lisieux. Le véritable témoin montre ce que
”l’œuvre du Christ (...) a vraiment accompli dans sa vie”. Sans étonnement, ”le
mal” que se donne le missionnaire est vain et se résume à une tentative pour
”masquer les peurs”.
"Le chrétien court le risque de se transformer en petit imprésario de la vie ecclésiale"
Le véritable protagoniste de la mission, rappelle
encore le pontife n’est autre que l’Esprit-Saint. Sans lui, ”la mission devient
autre chose (…) une conquête religieuse, ou peut-être idéologique”. En oubliant
sa présence, le chrétien court le risque de se transformer en ”petit imprésario
de la vie ecclésiale où tout arrive selon un programme établi et où il suffit
de suivre les instructions”, fustige-t-il.
Le pape ne manque ici pas l’occasion de rappeler
aux fidèles les dangers du prosélytisme dont on se rapproche dès lors qu’on
veut se passer de ”l’attraction du Christ et de l’œuvre de l’Esprit”. Loin
d’appartenir au passé ou à l’époque du colonialisme, le prosélytisme peut
exister ”aujourd’hui au sein des paroisses, des communautés, des mouvements ou
encore des congrégations religieuses”, met-il en garde.
Eloge de la tendresse
”Annoncer l’Evangile à haute voix ne consiste pas à
assiéger les autres à l’aide de discours apologétiques, à hurler rageusement à
l’adresse des autres la Vérité de la Révélation”, dénonce encore l’évêque de
Rome. Lorsqu’on en vient à lancer, telles des pierres, des formules
doctrinales, c’est le signe que les paroles chrétiennes ”sont passées à travers
un alambic et se sont transformées en idéologies”.
Selon le pape, la ”répétition littérale” de
l’annonce de l’Evangile n’a pas ”d’efficacité en elle-même“ et peut tomber dans
le vide si les personnes à qui elle s’adresse n’ont pas l’occasion de goûter à
la ”tendresse de Dieu”. Ce n’est pas en ”martelant ce qu’est le christianisme”
ou en prêchant sur le bien et le mal que l’on convertit mais bien avec des
”gestes et des paroles” révélant le Christ. L’expérience de la conversion est
ainsi assimilable à celle d’un enfant observant les gestes d’amour de ses
parents : avant de savoir ce qu’est l’amour, il l’observe.
Faciliter la foi et non la contrôler
Un autre trait distinctif caractéristique du
missionnaire consiste à ”faciliter la foi et non à la contrôler”, explique le
pape. Il s’élève ainsi contre la tentation de vouloir ériger des ”douanes
pastorales” en se ”tenant sur le pas de la porte” pour ”contrôler” les
”qualités nécessaires”. Dans ce passage, le Souverain pontife s’élève contre
ceux qui se présentent comme des ”éclairés” divisant le monde entre
civilisation et barbarie. Ces personnes développent un ”mépris” pour les
peuples considérés de “second ordre”, dénonce-t-il.
"Le baptême suffit pour être missionnaire"
En ce sens, personne n’a de ”compétence exclusive”
pour la mission, rappelle encore le chef de l'Eglise catholique. ”Personne ne
peut revendiquer la compétence de maintenir en vie l’esprit missionnaire
de l’Eglise”. Le baptême suffit pour être missionnaire. A ce titre, la formule
'laïc engagé' n’a aucun sens pour le pape car si vous êtes un laïc baptisé,
vous êtes dès lors déjà engagé.
La tentation de l'animation missionnaire
Dans la dernière partie de cet ouvrage, François
rappelle encore la nécessité de l’inculturation. Il s’agit de ”tenir compte des
rythmes quotidiens et des événements ordinaires des lieux et des communautés
humaines”. En effet, ”la foi n’est pas une espèce de transplantation de
l’organisation d’un pays dans un autre”. Le successeur de Pierre s’élève
également contre la tentation de vouloir faire de ”l’animation missionnaire un
métier”. Celui qui part en mission dans un pays étranger doit se laisser
”modeler dans la patience”, se fondre dans le quotidien d’un peuple.
Le pontife argentin s’exprime enfin sur le lien
entre mission et argent. Moyen concret pour aider à l’action missionnaire,
celui-ci n’est pas fécond ni ”source de vie” en soi. Oublier cette réalité peut
conduire à évangéliser comme s'il s'agissait d'une activité d’entreprise. De
même, les médias sociaux doivent rester selon le pape des ”instruments”. (cath.ch/imedia/cg/mp)