Le pape envisage un voyage au Kosovo
L’idée d’un voyage au Kosovo est le principal élément nouveau d’un long entretien que le pape Fançois a accordé au magazine catholique espagnol Vida Nueva.
Voyage à Marseille, et non en France, déplacements possibles en Argentine et au Kosovo, tractations diplomatiques au sujet de l’Ukraine oudu Nicaragua… Le pape François offre un long entretien au magazine espagnol Vida Nueva à l’occasion de son 65e anniversaire, le 4 août 2023. Le pape François évoque par ailleurs le Synode sur la synodalité et assure que l’Église catholique n’a aujourd’hui pas besoin d’un Concile Vatican III.
Le cardinal Zuppi bientôt à Pékin pour l’Ukraine
Interrogé sur la mission de paix du cardinal Matteo Zuppi, envoyé du pape à Kiev, Moscou et Washington au début de l’été, le pontife confirme que l’archevêque de Bologne et président de la Conférence des évêques d’Italie pourrait se rendre bientôt à Pékin, en Chine.
«Après la visite du cardinal Zuppi à Washington, la prochaine escale prévue est Pékin, car les deux détiennent également la clé pour faire baisser la tension du conflit», explique-t-il, résumant les nombreuses actions menées récemment comme une «offensive de paix».
Lors de son premier discours au Portugal, le 2 août, le pontife a lancé un énième appel à l’Europe pour chercher des perspectives de paix en Ukraine.
Au cours de l’entretien, le pontife argentin concède que le cardinal Zuppi a rencontré à Kiev une diplomatie qui «maintient l’idée de la victoire sans opter pour la médiation». En revanche, en Russie, le cardinal italien «a trouvé une attitude que l’on pourrait qualifier de diplomatique».
Le pape François rapporte que l’avancée la plus significative concerne le retour d’enfants ukrainiens dans leur pays. «Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour que chaque membre de famille réclamant le retour de ses enfants puisse le faire», assure-t-il. Le 13 mai dernier, en venant à Rome rencontrer le pape François, le président Zelensky avait demandé au Vatican «de s’unir aux efforts de l’Ukraine pour faire revenir les enfants ukrainiens amenés illégalement et de force en Russie».
Dans l’entretien, le pape dit songer à nommer un représentant permanent qui servirait de «pont» entre les autorités russes et ukrainiennes.
Le pontife annonce aussi qu’une réunion de paix avec des chefs religieux à Abou Dabi est en préparation. Elle se tiendrait avant la tenue du sommet des Nations Unies sur le climat à Dubaï (du 30 novembre au 12 décembre). C’est le cardinal Pietro Parolin, le secrétaire d’État du Saint-Siège, qui coordonne cette rencontre. Un rendez-vous qui, selon le pape, cherche à se dérouler hors du Vatican, «dans un territoire neutre».
Le pape à Marseille mais pas en France
« Même si je vais à Marseille, je ne vais pas en France». À quelques semaines de sa venue dans la capitale phocéenne les 22 et 23 septembre à l’occasion des Rencontres Méditerranéennes, le pape François redit qu’il ne considère pas ce voyage comme un déplacement en France. «Je n’irai dans aucun grand pays d’Europe avant d’avoir terminé les petits», insiste-t-il encore, écartant par la même occasion l’hypothèse d’un voyage en Espagne.
À Marseille, le programme délivré par le Saint-Siège prévoit toutefois que le pape François soit accueilli par le président de la République Emmanuel Macron à son arrivée. Il s’entretiendra aussi le lendemain en privé avec le chef de l’État.
En outre, le pape célébrera une grande messe dans le stade Vélodrome où des catholiques de toute la France seront présents.
Un voyage du pape au Kosovo?
Interrogé sur ses prochains voyages à l’étranger, le pape François explique qu’un voyage au Kosovo est à l’étude. «Mais ce n’est pas défini», nuance-t-il immédiatement. Ces dernières années, le Saint-Siège reste très attentif à la situation de paix dans la région des Balkans occidentaux. Bien qu’un délégué apostolique ait été nommé pour le Kosovo, le Saint-Siège ne reconnaît pas l’indépendance de ce pays qui a pris son autonomie de la Serbie en 2008.
Le pape François confirme par ailleurs qu’un voyage en Argentine est «au programme». «Nous verrons s’il est possible de le faire, une fois l’année électorale terminée», argue-t-il. L’élection présidentielle en Argentine se tient en octobre prochain. Il s’agirait d’une première pour le pontife argentin qui n’est pas rentré dans son pays depuis son élection sur le trône de Pierre en 2013.
Dans le passé, le pape François avait planifié un voyage dans son pays en 2017, à l’occasion d’un déplacement couplé avec le Chili et l’Uruguay, mais avait dû le repousser en raison de la tenue d’élections au Chili. Lorsqu’il était revenu en Amérique latine pour un déplacement au Chili et au Pérou en 2018, un déplacement en Argentine n’était alors plus possible. À Vida Nueva, le pape dit cette fois ne penser «qu’à l’Argentine» et «peut-être à l’Uruguay».
Sur le Nicaragua et Mgr Rolando Álvarez
«Nous continuons, nous essayons de négocier». C’est ce que répond le pape François interrogé sur la situation de Mgr Rolando Álvarez cet évêque du Nicaragua emprisonné pour s’être opposé au président Daniel Ortega. Sans donner plus de détails, il acquiesce simplement lorsque les journalistes lui demandent s’il a sollicité le président brésilien Lula da Silva pour intercéder auprès de Daniel Ortega afin de libérer l’évêque.
Mgr Rolando Alvarez, évêque de Matagalpa, a été incarcéré et a subi un procès accéléré après son refus de monter à bord de l’avion qui devait l’expulser vers les États-Unis avec 220 prisonniers politiques privés de leur citoyenneté. Il a été condamné à 26 ans de prison en février dernier.
Pas de Concile Vatican III en perspective
«Les choses ne sont pas mûres pour un Concile Vatican III», assure le pape dans les colonnes de l’hebdomadaire espagnol. Pour lui, cela ne serait pas nécessaire en ce moment puisque Vatican II n’a pas encore été mis en œuvre.
Depuis le début de son pontificat, le pape rappelle qu’il faut du temps pour «absorber» un concile et que Vatican II prendrait un siècle à être intégré.
Dans l’entretien, le pape dénonce cette «peur» qui s’est propagée dans l’Église concernant l’acceptation du concile, faisant référence aux «vieux catholiques» qui, lors du Concile Vatican I, se sont proclamés «dépositaires de la vraie foi».
Le pape François s’exprime aussi largement sur le Synode sur la synodalité dont la première session romaine s’ouvrira en octobre. Il insiste sur le climat de prière nécessaire à sa réussite : «Le protagoniste est l’Esprit Saint. Celui qui ne croit pas en Lui et ne prie pas pendant le Synode, ne peut aller nulle part. […] Il en sortira une idéologie, une position politique, mais rien de vrai sans un climat de prière». Et de garantir : «Si nous sommes fidèles, l’Esprit Saint nous poussera là où nous ne pouvons même pas l’imaginer».
Il revient en outre sur les précédents synodes durant lesquels des thématiques avaient défrayé la chronique, telle que l’ordination d’hommes mariés à l’occasion du Synode sur l’Amazonie, en 2019. «Ils ont parlé des ›viri probati’, oui, mais aussi d’autres choses importantes, comme le travail des catéchistes, des diacres permanents, des séminaires régionaux ou l’implication des prêtres dans les territoires. C’étaient des avancées qui venaient de l’intérieur et, finalement, la question des ›viri probati’ en est restée là».
Dans l’entretien, le pape François fustige une nouvelle fois la «rigidité» de certains prêtres et séminaristes. Elle est pour lui une armure qui cache une «peur» mais aussi «beaucoup de pourriture».
«Derrière ce traditionalisme, explique le pape, nous avons découvert des problèmes moraux et des vices graves, des doubles vies. Nous connaissons tous des évêques qui, ayant besoin de prêtres, ont utilisé des personnes qui avaient été chassées d’autres séminaires pour immoralité». (cath.ch/imedia/hl/mp)