Le collège électeur ne compte plus que 13 cardinaux italiens
Le cardinal Angelo Comastri, archiprêtre émérite de la basilique Saint-Pierre, célèbre ses 80 ans ce 17 septembre 2023, synonyme de perte, dès la fin de cette journée, de ses prérogatives de cardinal électeur en cas de conclave. Le collège des cardinaux, qui sera renforcé de 21 cardinaux (dont 18 cardinaux électeurs) lors d’un consistoire le 30 septembre prochain, compte désormais 119 cardinaux électeurs et 102 cardinaux non électeurs.
Pour la première fois depuis le consistoire d’août 2022, le nombre de cardinaux passe donc en dessous du seuil des 120 cardinaux – limite théorique du nombre d’électeurs qui a cependant maintes fois été dépassée ces dernières années. De plus, avec l’anniversaire du cardinal Comastri, le collège des cardinaux ne compte désormais plus que 13 cardinaux électeurs italiens, soit moins de 11% des cardinaux appelés à choisir un éventuel pape.
Baisse constante des Italiens
Ne sont pas comptabilisés les cardinaux Angelo Becciu, mis en cause dans un procès financier et qui a perdu ses droits d’électeurs en 2020, et Giorgio Marengo, préfet apostolique d’Oulan-Bator, comptabilisé par le Vatican comme appartenant à la Mongolie.
Avec le consistoire du 30 septembre et l’arrivée de deux nouveaux cardinaux Italiens – Mgr Claudio Gugerotti, préfet du dicastère pour les Églises orientales et Mgr Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem – ils seront 15 cardinaux électeurs italiens, soit toujours un peu moins de 11%. Lors du conclave de 2013, ils étaient 28 Italiens (24%) à prendre part aux votes ; lors de celui de 2005, ils étaient 20 Italiens (17%) ; enfin, lors du conclave qui mit Jean Paul II sur le trône de Pierre, en 1978, ils étaient 26 cardinaux italiens (23%).
Le cardinal Comastri, une figure spirituelle de l’Église en Italie
Né dans une famille catholique installée sur les collines toscanes, Angelo Comastri rejoint très jeune le séminaire. Après avoir étudié la théologie à l’Université du Latran, il est ordonné prêtre en 1967 et est nommé vice-directeur du séminaire diocésain de Pitigliano. L’année suivante, il est appelé à travailler à la Congrégation pour les évêques. Il garde cependant une charge pastorale, étant père spirituel du petit séminaire romain et assistant de l’aumônier d’une prison de la capitale italienne. De son expérience, il écrit un livre intitulé J’étais en prison!, une de ses très nombreuses publications.
En 1971, il quitte Rome pour diriger durant huit ans le séminaire de son diocèse de Pitigliano Sovana Orbetello, qui connaît alors une floraison de vocations. Puis il est nommé curé de Porto Santo Stefano, sur la mer Tyrrhénienne, pendant onze ans. Une période dont il se souvient avec émotion, et où sa mémoire est cultivée comme «l’homme au sourire consolateur.» C’est dans cette paroisse qu’il découvre les écrits de la vénérable laïque italienne Benedetta Bianchi Porro, qu’il voit comme «une bénédiction» dans sa vie. Le cardinal a soutenu son procès en canonisation.
Sa devise épiscopale «Deus caritas est», est d’ailleurs inspirée de la vie de la jeune femme. Angelo Comastri se dit aussi inspiré de saints tels que Mère Teresa, dont il se veut le «fils spirituel», et de Padre Pio.
En 1990, il est nommé évêque de Massa Marittima-Piombino, sur la côte toscane. Il y fait venir en visite Mère Teresa, avec laquelle le cardinal entretient des liens d’amitié. Son anneau épiscopal contient encastrée la médaille miraculeuse que la sainte de Calcutta lui offrit.
Une santé fragile
Quatre ans plus tard, il doit interrompre sa charge à cause d’une maladie cardiaque. Il devient alors président du Centre national italien pour les vocations et du Comité national italien pour le grand Jubilé de l’an 2000. Une fois rétabli de sa maladie, il est nommé en 1996 archevêque du sanctuaire marial de Lorette – où selon la tradition la maison de la Vierge Marie a été rapportée de Nazareth. Dans ce lieu de pèlerinage, il accueille et prêche pour de nombreux malades, tout en continuant à publier de nombreux livres de spiritualité, notamment sur les saints. Jean Paul II – dont il était proche – demande en 2003 à ce prédicateur apprécié d’animer la retraite de carême de la Curie romaine. En 2006, Benoît XVI lui confie les méditations du Chemin de croix du Colisée.
Entre-temps, en 2005, le prélat – de plus en plus renommé au sein de l’Église italienne – est nommé vicaire général pour la Cité du Vatican, président de la Fabrique de Saint-Pierre et archiprêtre de la basilique Saint-Pierre. Des rôles qu’il assure jusqu’en février 2021. C’est Benoît XVI qui le crée cardinal en 2007. Pendant la période du Covid-19, le prélat préside tous les jours le chapelet en direct vidéo de la basilique Saint-Pierre, et ce même après sa démission.
Mentionné dans quelques affaires
Son nom apparaît au milieu d’un scandale financier lié à l’administration de la Fabrique de Saint-Pierre dont il était chargé, et que le pape François – qui l’a maintenu en poste pendant huit ans – finit par décider de mettre sous tutelle en 2020. Il est aussi cité dans une affaire d’abus au petit séminaire Pie X, qui révéla des pratiques problématiques – même si l’ancien pensionnaire, devenu prêtre entre temps, qui était accusé de viol par un de ses anciens camarades, fut finalement mis hors de cause. Il est remplacé à son poste par le cardinal Gambetti en 2021.
Il est considéré par les observateurs comme un cardinal aux positions conservatrices – notamment sur la famille – pas exactement sur la ligne de François, auquel il ne s’est cependant jamais confronté. Certains médias italiens le voyaient comme papabile en 2013, mais il n’aurait reçu aucun vote lors du scrutin, selon l’enquête du vaticaniste Gerard O’Connell. (cath.ch/imedia/cd/rz)