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    Procession d'une communauté péruvienne à Zurich © DR

    L’accueil des migrants chrétiens en Suisse, un défi pastoral

    Comment s’intègrent les migrants chrétiens en Suisse? Le choc culturel est souvent si fort que l’insertion est plus aisée dans les communautés constituées d’anciens migrants. Le 5 décembre 2019, l’Institut de sociologie pastorale (SPI) de Saint-Gall a présenté deux nouvelles publications sur ce thème délicat.

    Par Barbara Ludwig, kath.ch traduction et adaptation Bernard Litzler

    Le double rapport n’a été publié qu’en allemand, mais il concerne aussi la

    Suisse romande. Les nouvelles études de l’Institut de sociologie pastorale (SPI)

    de Saint-Gall éclairent, en effet, la migration des chrétiens en Suisse. En

    2013, le SPI avait déjà creusé ce thème.

    En 2016, une étude sur les Eglises et les communautés de migrants (Kirchen in Bewegung. Christliche

    Migrationsgemeinden in der Schweiz) l’avait

    approfondi. Pour Oliver Wäckerlig, collaborateur scientifique du SPI, les

    nouvelles publications y ajoutent «une pierre décisive». Le double travail d’Eva

    Baumann-Neuhaus et de Simon Foppa, réalisé avec le soutien du Fonds National

    Suisse, a été présenté le 5 décembre 2019 à Saint-Gall.

    Arrive une majorité de chrétiens

    Jusqu’à présent, indique l’ethnologue Eva Bauman-Neuhaus, la sociologie

    s’est beaucoup intéressée aux religions étrangères à la Suisse, notamment

    l’islam. Mais on a oublié que la majorité des migrants arrivant en Suisse sont

    chrétiens. Ainsi des «chrétientés différentes» entrent dans notre pays. «La

    migration chrétienne ne modifie pas seulement le paysage religieux de la

    Suisse, mais également le visage des Eglises chrétiennes, et respectivement des

    communautés religieuses», estime la chercheuse.

    "On a oublié que la majorité des migrants arrivant en Suisse sont chrétiens".

    Eva Baumann-Neuhaus et Simon Foppa ont voulu savoir quelle signification

    la religion avait pour ces migrants. Leurs recherches ont porté à la fois sur

    la religiosité individuelle et sur la religiosité collective, donc sur la foi

    individuelle et sur la dimension collective d’appartenance à un groupe

    religieux.

    La foi, une ressource

    Les deux chercheurs ont mené des interviews avec des migrants

    originaires d’Espagne et d’Amérique latine. Avec des témoignages du type: «Je

    suis triste, car ma foi n’est pas vécue ici comme je le pensais. L’échange avec

    des gens qui sont croyants comme moi me manque».

    Par ce travail de contacts, Eva Baumann-Neuhaus est parvenue à la conclusion que la foi peut constituer, pour les migrants, une ressource pour s'adapter à ces expériences de rupture. La religiosité personnelle «peut précisément en ces périodes de changements, d’insécurité et d’incertitudes, constituer une force stabilisante, ordonnée et donnant de l’énergie», dit la chercheuse.

    La nostalgie, puissant moteur

    En bonne chercheuse, elle a classifié les personnes rencontrées selon

    une grille de lecture. Il existe d’abord le «type transformatif», à savoir des

    personnes pour lesquelles une expérience de conversion est centrale. Ces

    personnes considèrent le changement comme un nouveau départ. «Elles font une

    expérience de Dieu comme celui qui favorise les déplacements, qui rend possible

    les nouveaux démarrages». Dans un parcours de ce type, le processus de

    changement est accompagné de la présence divine: «Ces gens ont confiance et

    pensent que Dieu a un plan pour leur vie».

    "Ces croyants vivent fortement leur appartenance à une communauté, qui leur assure un 'territoire sûr' dans un monde en voie de sécularisation".

    A l’inverse, le «type restitutif» considère les ruptures, dont la migration, comme pénibles. Ces personnes émanent souvent d’un milieu imprégné de foi chrétienne. Et elles se souviennent de la période précédant leur départ comme d'"un temps où le religieux et le quotidien étaient étroitement liés". La nostalgie constitue, chez elles, un moteur puissant. En Suisse, elles sont heureuses de retrouver un certain ordre dans la protection que confèrent les communautés religieuses. Ces croyants vivent fortement leur appartenance à une communauté, qui leur assure un «territoire sûr» dans un monde en voie de sécularisation.

    Les défis de l'arrivée en Suisse

    Le chercheur Simon Foppa a déterminé, de son côté, que la plupart des

    migrants interrogés vivent leur arrivée en Suisse comme un défi. Cela tient au

    fait, entre autres, qu’ils ne peuvent pas retrouver, dans notre pays, l’environnement

    social précédent. Du coup, les relations interpersonnelles sont d’autant plus

    importantes.

    Les arrivants sont immédiatement confrontés à une multitude de défis,

    linguistiques, culturels, mais aussi matériels, psychologiques et religieux.

    C’est pourquoi, ils sont à la recherche d’un environnement social qui les aide

    à faire face à ces défis, précise Simon Foppa.

    Les communautés religieuses constituées de migrants «sont souvent précisément orientées vers ces besoins», dit le chercheur. Ces communautés assurent, sous des formes diverses, un réel soutien aux migrants: aide matérielle, informations de tous ordres, soutien spirituel, sens communautaire. Car elles sont elles-mêmes constituées de personnes ayant émigré en Suisse et qui ont vécu des expériences similaires.

    Ouvreurs et récepteurs sociaux

    Simon Foppa a distingué deux types de personnes, qui favorisent ce

    processus d’intégration. Il y a, d’un côté, les «ouvreurs de portes», actifs

    dans le premier contact des arrivants avec une communauté. Ces «ouvreurs» sont

    plus faciles à croiser dans les communautés de migrants que dans beaucoup de

    communautés suisses.

    Car, estime le sociologue, les Suisses vivent l’amitié «de manière

    plutôt passive». «Nous laissons volontiers aux autres leur espace personnel»,

    dit Simon Foppa. Beaucoup de migrants, au contraire, viennent de pays dans

    lesquels l’amitié est comprise comme active. Cela signifie que l’hôte «va être

    actif envers les nouvelles personnes, pour qu’elles se sentent accueillies».

    Autre catégorie de personnes importantes pour les migrants, les «récepteurs

    sociaux», des personnes ouvertes pour créer des relations sociales. Car des «relations

    qualitativement riches» manquent à beaucoup de personnes arrivant en Suisse.

    Vision du monde semblable

    Cependant, pour que les personnes s’intègrent dans les communautés, il

    faut davantage que des ‘ouvreurs’ et des ‘récepteurs sociaux’, estime Simon

    Foppa. Il leur faut un arrière-plan socio-culturel semblable et une vision du

    monde proche de la leur.

    Les chrétiens de langue espagnole interrogés pour l’enquête du SPI sont pourtant de nature hétérogène. Mais leur intégration dans des communautés constituées de migrants a été toujours meilleure que dans les communautés suisses. Car les différences sur les plans de la culture et de la vision du monde y sont plus réduites. C’est là que réside «la grande force» des communautés de migrants. (cath.ch/kath.ch/bal/bl)

    Eva Baumann-Neuhaus, Glaube

    in Migration. Religion als Ressource in Biographien christlicher Migrantinnen

    und Migranten, SPI, 2019.

    Simon Foppa, Kirche

    und Gemeinschaft in Migration. Soziale Unterstützung in christlichen

    Migrationsgemeinden, SPI, 2019.

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