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    Le président Porochenko à la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev avec les évêques de la nouvelle Eglise orthodoxe ukrainienne autocéphale, pour laquelle il s'est beaucoup engagé politiquement © www.president.gov.ua

    La nouvelle Eglise ukrainienne non canonique reste très minoritaire

    Un an après le "Concile d’unification" de l’Eglise orthodoxe ukrainienne du 15 décembre 2018 – une opération visant à la séparer de ses liens avec le Patriarcat de Moscou – la nouvelle Eglise autocéphale d’Ukraine (EOAU) n'a réussi à rallier qu'une infime minorité de paroisses.

    Moins de 1% de toutes les

    paroisses de l'Eglise orthodoxe ukrainienne canonique (EOU-Patriarcat de Moscou)

    ont rejoint la nouvelle entité autoproclamée, qualifiée de schismatique par une

    grande partie des orthodoxes, affirme le métropolite Antoine Pakanitch,

    chancelier de l’EOU-PM.

    220 paroisses sur 12'000

    Lors d'un entretien relayé

    par la chaîne de télévision Rossiya-24,

    le chancelier de l'Eglise orthodoxe d’Ukraine a déclaré que depuis décembre 2018,

    date de la création de l'Eglise non canonique (EOAU – rattachée au Patriarcat

    de Constantinople), une centaine d'églises appartenant à l'Eglise orthodoxe canonique

    d’Ukraine ont été saisies.

    "220 paroisses [de l'EOU-PM]

    se sont réenregistrées illégalement et environ 78 ont changé de camp

    volontairement". En fait, affirme le métropolite Antoine, c'est très peu

    si l'on tient compte que l'Eglise canonique compte quelque 12'000 paroisses et

    que plusieurs de celles qui avaient fait défection sont revenues depuis dans

    l'Eglise canonique.

    "Dans ces moments-là, [l'Eglise] se purifie elle-même. Parce que, qui nous a quittés ? Ceux qui ont fomenté diverses histoires et querelles au sein de l'Eglise, qui avaient une trop haute opinion d'eux-mêmes.... Les gens qui sont restés  [au sein de l'Eglise canonique] sont fidèles à Dieu, à l'Eglise, fidèles à leur serment, comme prêtres et comme archevêques, ce sont ceux qui vivent pour le Christ et en Christ", insiste le métropolite Antoine dans son intervention sur Rossiya-24.

    Division au sein de l'Eglise grecque

    Dans une lettre adressée à tous

    les primats des Eglises orthodoxes autocéphales, quatre métropolites de l’Eglise

    orthodoxe de Grèce - les métropolites Séraphim du Pirée, Séraphim de Cythères,

    Cosmas d’Etolie et Arcananie, et André de Dryinoupolis, Pogoniani et Konitsa -  demandent la convocation d’un concile

    panorthodoxe afin de débattre de la question ukrainienne.

    Ils soulignent que la création

    de "l’Eglise orthodoxe autocéphale d’Ukraine" (EOAU-PC) "par l’introduction de schismatiques non

    repentis, défroqués, anathématisés et non ordonnés ne trouve pas de

    justification canonique et n’a fait que créer des divisions plus nombreuses et

    profondes dans l’Eglise".

    Une Eglise "sans succession apostolique"

    Mentionnant de nombreux canons

    et décisions conciliaires, les métropolites écrivent que la succession

    apostolique est nécessaire pour tout sacrement, tandis que la nouvelle Eglise

    autocéphale ukrainienne en est dépourvue.

    "Aussi, les décisions de

    rétablissement canonique des défroqués, anathématisés et dépourvus

    d’ordinations des deux structures schismatiques d’Ukraine, lesquelles ont

    précédé l’octroi du tomos [décret] d’autocéphalie,

    sont de toute évidence invalides ainsi que, par voie de conséquence, la

    décision d’octroi de l’autocéphalie à une Eglise canoniquement inexistante,

    constituée de laïcs… Tout cela doit être désapprouvé par un concile panorthodoxe".

    Nécessité d'un concile panorthodoxe

    Ils estiment que c'est aussi "sans

    justification que le document de 1686 transférant la métropole de Kiev à l’Eglise

    orthodoxe russe a été soudain révoqué, alors que même le patriarche Bartholomée

    avait toujours reconnu l’Ukraine en tant que territoire de l’Eglise russe et ce

    jusqu’à l’an dernier".

    De son côté, le métropolite

    Nicéphore de Kykkos et de Tyllérie, de l'Eglise orthodoxe de Chypre, a constaté

    avec regret que les évènements actuels "rappellent le prélude du grand

    schisme de 1054, qui divisa le christianisme universel en catholiques

    occidentaux et orthodoxes orientaux".

    Dans son discours d’accueil devant

    les participants de la Conférence internationale sur le monachisme et le monde

    contemporain, qui a débuté le 28 novembre 2019 à Nicosie (Chypre), il a affirmé

    qu'un schisme menace l’orthodoxie universelle depuis que les primats des Eglises

    d’Alexandrie et de Grèce se sont ralliés à la décision du patriarche

    œcuménique.

    La "tragédie du schisme"

    Le métropolite Nicéphore a

    déploré "la douloureuse crise que traverse aujourd’hui notre Eglise

    orthodoxe en raison de la décision non-canonique du patriarche œcuménique

    Bartholomée de Constantinople de reconnaître l’Eglise schismatique de Kiev et

    de lui accorder une prétendue autocéphalie, en dépit de la tradition canonique

    unanime et de la pratique de l’Eglise depuis des siècles (...)  Cette

    tragédie du schisme de notre communauté en Christ menace de déchirer le corps

    de l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique".

    Face à la reconnaissance de la

    nouvelle Eglise ukrainienne non canonique, les Eglises orthodoxes locales sont

    divisées. L’Eglise orthodoxe bulgare n’a pour l’instant pas franchi le pas, même

    si dans une liturgie, Nikolaj Sevastianov, évêque de Plovdiv, a rejoint ceux

    qui commémorent le nom d'Epiphane Doumenko, "primat" de la nouvelle

    Eglise orthodoxe autocéphale d’Ukraine. Ce qui signifie par conséquent une

    reconnaissance de cette Eglise non canonique.

    Le patriarche de Jérusalem veut maintenir l'unité panorthodoxe

    Au sein du Patriarcat bulgare,

    la frange russophile est par contre fortement présente et la sympathie "pro-russe"

    est historique. Le Saint Synode de l’Eglise orthodoxe bulgare et le patriarche

    Néophyte ne s'en cachent pas, même s'il existe une aile méfiante à l’égard de

    Moscou, notamment de la part d'intellectuels orthodoxes bulgares qui ont adopté

    une position pro-ukrainienne.

    De son côté, le patriarche de

    Jérusalem Théophile III, qui ne reconnaît que l'Eglise orthodoxe canonique dirigée

    par le métropolite Onuphre, se dit inquiet de la situation en Ukraine. Il a par

    conséquent proposé une rencontre des responsables des Eglises locales à Amman,

    en Jordanie, afin de maintenir l'unité panorthodoxe. Comme l'actuelle majorité

    des Eglises locales, il refuse lui aussi de reconnaître "l’entité non

    canonique instituée en 2018 par le patriarche Bartholomée".  (cath.ch/orthodoxie.com/interfax/mospat/romfea/be)

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